La 5G nous exposera-t-elle à plus ou moins d'ondes?

La 5G prend ses quartiers en Suisse. Faut-il s'en inquiéter? | KEYSTONE/Ennio Leanza

Le déploiement de la 5G a débuté en Suisse. L’enjeu de ce nouveau réseau de téléphonie mobile, qui devrait être pleinement fonctionnel en 2020: des débits de télécommunications accrus (jusqu’à 1 000 fois ceux de la 4G), qui permettront de concevoir et commercialiser de nouveaux services (smart city, domotique…).

Pourquoi c’est polémique. Poussés par des citoyens s’inquiétant de ses effets sur la santé, des élus suisses ont demandé un moratoire, notamment dans les cantons de Genève et de Vaud. Le corps médical s’y oppose aussi: dans une interview accordée au Temps (FR), le vice-président de la Fédération des médecins suisses, avançait lui aussi le principe de précaution. Cette nouvelle technologie justifie-t-elle vraiment la controverse?

Hugo Lehmann, responsable technique en charge de l’accès mobile chez Swisscom, appelle à relativiser les choses.

«Prenez la qualité de l’air. Pourquoi accepte-t-on que les seuils limites d’exposition à l’ozone soient dépassés plusieurs dizaines de jours par an, et qui provoquent des maladies respiratoires bien documentées, mais se focalise-t-on sur les ondes électromagnétiques qui sont largement en dessous des limites préventives suisses, très strictes, et qui ne présentent d’après l’état actuel de la science aucun risque sanitaire?»

Qu’est-ce que la 5G? Le principe reste celui de télécommunications transmises par antennes-relais. La différence se situe dans les bandes de fréquences radio utilisées.

  • En Suisse, la plage de fréquences utilisée pour la 4G débute à 900 MHz et s’arrête à 2,6 GHz.

  • La 5G commence au-delà, et pourra s’étendre jusqu’à 29,5 GHz dans certains pays, par exemple la Corée du Sud. Mais en Suisse, ces fréquences resteront centrées dans un premier temps sur une bande à 3,5 GHz, proche de la 4G actuelle.

  • Les signaux de la 5G se propagent plus difficilement et moins loin que les générations précédentes. Cela impose de poser de nouvelles antennes et de densifier le réseau.

La réglementation des antennes-relais.

  • En Suisse, c’est l’une des plus sévères d’Europe : pour la 4G, la valeur maximale du champ émis par une antenne est de 5 V/m par installation, contre 61 V/m en France voisine.

  • Pour assurer le déploiement de la 5G dans les meilleures conditions, les opérateurs de télécoms de la Confédération ont demandé à relever les valeurs maximales, régies par l’ordonnance sur le rayonnement non-ionisant (ORNI).

Notre environnement est baigné d’ondes électromagnétiques.

  • La majeure partie de notre exposition est en fait due à nos propres téléphones.

«Le rayonnement émis par un portable dépend beaucoup de l’atténuation du signal, qui dépend de la distance à l’antenne-relais, mais aussi de l’environnement. Par exemple, si l’on cherche à isoler son logement avec de la peinture métallique, pour se protéger des ondes d’une antenne jugée trop proche, l’effet peut être contre-productif : le téléphone mobile va alors devoir émettre à puissance maximale pour passer un appel !»

  • En Europe, la limite pour le débit d’absorption spécifique (DAS) d’un appareil mobile est de 2 W/kg. Cet indice décrit la quantité d’énergie absorbée par les tissus humains lorsque l’appareil fonctionne à puissance maximale.

  • L’ORNI fixe un seuil différent pour les limites dites d’immissions, c’est-à-dire les valeurs mesurées en tout point du pays, fixée à 61 V/m, comme ailleurs en Europe. Le seuil de 5 V/m ne concerne aujourd’hui que les antennes.

«En Suisse, le débat s’est focalisé sur les antennes, alors que la plus large part de l’exposition des usagers provient de leurs propres téléphones, de ceux des autres usagers, sans parler des routeurs et appareils Wi-FI.»

Pourquoi relever les limites d’émission? Les antennes en Suisse romande sont proche de la saturation.

«Dans les régions urbaines comme Genève, elles utilisent déjà 90 % de la puissance maximale permettant de respecter les limites pour les installations suisses. Or, il n’est pour l’instant pas envisageable de remplacer les installations 3G et 4G, qui vont devoir coexister avec la 5G encore quelques années. D’après les prévisions du Ericsson Mobility Report, la 4G sera encore utilisée pour 75 % des télécommunications en 2024.»

Deux solutions se présentent alors pour aménager leurs installations.

  • Installer les émetteurs 5G sur les stations existantes. Comme celles-ci sont déjà proches de la saturation, les opérateurs souhaitent donc relever les seuils d’émission des stations.

  • Installer de nouvelles stations dédiées uniquement à la 5G. Mais l’installation de nouvelles antennes rencontre souvent une vive opposition de la part des riverains, relève Hugo Lehmann.

Notre exposition aux ondes va-t-elle changer? Difficile de répondre, car la 5G fonctionne de façon très différente.

«Si quelqu’un regarde une vidéo avec la 4G de son smartphone, les données sont envoyées en tout point de la cellule (zone couverte par l’antenne). Avec la 5G et ses antennes, le faisceau d’ondes est n’est envoyé que dans la direction géométrique de l’utilisateur. Cela permet d’abaisser l’exposition moyenne dans la cellule. Mais il se peut que les non-usagers soient davantage exposés au rayonnement des antennes»

  • Le portable émet moins d’ondes pour se connecter au réseau, mais il se peut que l’exposition due aux antennes devienne alors prédominante, selon une étude publiée en 2015 (EN).

Quel impact sur la santé?

  • Les bandes de fréquences qui seront utilisées dans un premier temps par la 5G sont très proches des générations précédentes. Or, les conclusions de la dernière étude d’ampleur INTERPHONE (FR) n’ont pas démontré de lien entre l’utilisation du téléphone et la survenue de cancer.

  • L’OMS considère toutefois que les ondes électromagnétiques sont «peut-être» cancérigènes. Une classification qui s’appuie sur le principe de précaution: il s’agit d’une catégorie où les preuves scientifiques sont insuffisantes (voir méthode de classement , FR)

  • Les fréquences élevées de la 5G pénètrent moins profondément dans les tissus.

  • En Suisse, deux groupes d’experts sont chargés d’étudier la littérature scientifique sur les effets de la 5G. D’abord le groupe BERENIS, constitué par l’OFEV en 2014. Ensuite, le groupe de travail mis sur pied fin 2018 par Doris Leuthard, toujours sous l’égide de l’OFEV, qui remettra en juin 2019 un rapport de recommandations sur le déploiement de la 5G. Juste à temps pour 2020.