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L'histoire du Safer, bombe flottante au large du Yémen

Le F.S.O. Safer est stationné au large de la côte ouest du Yémen, à quelque 250 kilomètres du détroit stratégique de Bab-El-Mandeb. | Keystone / AP Maxar / Ras Issa Jemen

Une bombe à retardement de 360 mètres de long. C’est ainsi que le New Yorker décrit le F.S.O. Safer, un supertanker en train de tomber en ruine au large du Yémen. Dans un article passionnant, le magazine relate l’histoire de ce navire converti en réservoir flottant en 1987, pour y stocker le pétrole en provenance des terres. Et qui n’attend plus, au choix, qu’à sombrer, prendre feu ou exploser, dans un pays en guerre civile depuis huit ans. Plus d’un million de barils (quatre fois l’Exxon Valdez) pourraient se déverser à tout moment dans la Mer rouge, bouleversant son écosystème aussi fragile qu’unique et perturbant une voie maritime cruciale, où transite une bonne part du commerce mondial – et notamment les hydrocarbures produits dans le Golfe.

Pourquoi c’est compliqué. En 2014, les rebelles chiites Houthis ont fait sécession et mis la main sur la côte donnant accès à la Mer rouge, prenant le contrôle du Safer. Le supertanker tombe en ruine depuis, faute d’entretien et d’équipage – la chaudière ne fonctionne plus depuis 2017, et le système de prévention des incendies est hors service. Plusieurs personnes font le parallèle avec l’entrepôt de Beyrouth, dont l’explosion a défiguré la capitale libanaise en 2020. Le groupe chiite, qui tient l’Ouest du pays face à des forces loyalistes divisées, a fait appel à l’Onu en 2018 pour gérer la menace du Safer, avant de faire marche arrière in extremis. Les négociations sont depuis engluées, entre les enjeux politiques locaux et le coût faramineux de l’opération visant à sécuriser – et remplacer – cette bombe flottante.

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A lire dans le New Yorker (EN)