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Les cas avancés de la «maladie du foie gras» due à l'alcool ont triplé aux États-Unis

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Les formes avancées de stéatose hépatique liée aux abus d’alcool ont augmenté aux États-Unis. De 2001 à 2016, les cas de stade 2 de la maladie — où débute la fibrose du foie— ont presque triplé: de 0.6% à 1.5% de la population américaine. Les cas de stade 3, où la fibrose s’aggrave, ont doublé. Par contre, la prévalence de la maladie, tous stades confondus, est restée la même. Ces résultats sont publiés dans JAMA (EN).

Pourquoi c’est important. Le passage de la stéatose hépatique alcoolique à un stade ultérieur indique une évolution possible vers un cancer du foie, une cirrhose ou une hépatite alcoolique. Ces deux dernières maladies font environ 250 000 victimes par année aux États-Unis. En 2016, elles sont devenues la cause principale des transplantations de foie, devant l’hépatite C.

Comment la maladie progresse. La stéatose hépatique alcoolique compte plusieurs stades.

  • Stade 1: Chez plus de 90% des personnes, l’abus d’alcool entraîne une forme de la stéatose hépatique dite non compliquée. Généralement dénuée de symptômes évidents, elle se caractérise par une accumulation de graisses dans les cellules du foie – d’où le nom de «maladie du foie gras». Elle est réversible si le sujet s’abstient ou restreint sa consommation d’alcool.

  • Stade 2: C’est le début de la fibrose: soumis à des processus inflammatoires encore mal compris, le foie accumule des tissus cicatriciels fibreux qui entravent son fonctionnement.

  • Stade 3: La fibrose s’accentue.

  • Stade 4: La cirrhose s’installe. Les dommages sont généralement irréversibles.

Comment les scientifiques ont-ils établi ce constat. Les chercheurs du Highland Hospital d’Oakland ont tiré parti des données issues d’une vaste enquête (EN) du gouvernement fédéral sur la santé des Américains. Ils avaient accès à des informations telles que la consommation d’alcool et la présence de diverses molécules dans le sang des patients, qui servent de marqueur pour la stéatose hépatique ou sa progression en fibrose.

En tout, les chercheurs ont pu exploiter les données de plus de 34 000 personnes. Ils ont éliminé les informations des patients susceptibles de développer une stéatose hépatique, mais non liée à un abus d’alcool: individus obèses, atteints de syndrome métabolique ou souffrant d’hépatite B ou C.

Pourquoi y a-t-il plus de cas avancés? L’étude ne mentionne pas de raisons pouvant expliquer l’augmentation des cas de stades 2 et 3. Selon Nicolas Goossens, médecin chef de clinique au service de gastro-entérologie et hépatologie des Hôpitaux Universitaires de Genève, on ne peut que formuler des hypothèses:

«Il s’agit peut-être de changements dans les habitudes ou les modes de consommation d’alcool. Ces résultats pourraient aussi être dus en partie à des questions de méthode, par exemple s’il y a eu un changement de population chez les personnes analysées entre 2001 et 2015. Mais la qualité de la cohorte de patients utilisée et l’importance de la progression semblent indiquer que l’évolution est réelle.»

Où en est-on en Suisse? Nicolas Goossens n’a pas constaté de tendance comparable en Suisse. Ce n’est pas surprenant, l’épidémiologie des pathologies alcooliques variant beaucoup d’un pays à l’autre, précise-t-il:

«Aux Etats-Unis, on sait par exemple que la population d’origine sud-américaine est plus exposée aux maladies alcooliques du foie pour des raisons culturelles, économiques et génétiques. Mais même à l’intérieur de l’Europe, les différences culturelles peuvent induire d’importantes variations d’un pays à l’autre. J’ai travaillé au Royaume-Uni, où l’on connaît depuis longtemps de gros problèmes d’alcoolisme chez les jeunes. On voit parfois des patients d’à peine 30 ans avec des cirrhoses terminales. A Genève, c’est rarissime. Il n’empêche, chez nous aussi la consommation d’alcool reste la cause première de maladie chronique du foie.»

À ne pas confondre! La stéatose hépatique peut être de type non alcoolique. La maladie se présente de manière très similaire, mais son origine diffère. Cette affection est en forte augmentation, notamment dans les pays anglo-saxons. Elle a souvent pour cause un régime alimentaire trop gras et sucré. Les stéatoses non alcooliques touchent plus facilement les patients en surpoids ou présentant une résistance à l’insuline. Il semble également que certains groupes ethniques soient plus prédisposés que d’autres.

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Lire l'étude publiée dans le JAMA (EN)

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