A Chicago, les oncologues font le point sur les dernières avancées

Congrès 2019 de l'ASCO, Chicago | ASCO/Todd Buchanan 2019

Comme chaque année, les spécialistes du monde entier se sont donné rendez-vous à Chicago pour la grand-messe de l’oncologie, le congrès de l’ASCO. Si les résultats présentés sont moins «spectaculaires» que ceux des années précédentes, ils restent prometteurs. Deux experts Suisses romands commentent pour Heidi.news les résultats de deux des principaux essais révélés lors de cette édition.

Pourquoi c’est important. Le congrès annuel de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO) se tient chaque année à Chicago. Cet évènement attire les plus grands spécialistes mondiaux de l’oncologie. Cette année le congrès a annoncé la participation de plus de 40'000 personnes! C’est à l’ASCO que les résultats des principaux essais cliniques sur les thérapies innovantes sont présentés.


Une première dans le cancer du pancréas. Les résultats de l’essai POLO sont parmi ceux qui ont marqué l’édition 2019 de l’ASCO. Cet essai a évalué les bénéfices d’une molécule de la classe des inibiteurs de PARP, l’olaparib, chez des patients atteints d’un cancer du pancréas à un stade métastatique. Ce cancer, dont l’incidence est en augmentation en Suisse, est de très mauvais pronostic quand il est diagnostiqué à un stade avancé.

POLO a montré que, chez un sous-groupe de patients, l’administration d’olaparib après une chimiothérapie aux sels de platine, permet d’augmenter la survie sans progression. Elle passe de 3,8 mois dans le groupe placebo à 7,5 mois dans le groupe traité. Le Dr Thibaud Kössler, spécialistes des tumeurs digestives au service d’oncologie des Hôpitaux universitaires de Genève a assisté à la présentation de ces résultats.

«C’est la première fois depuis une dizaine d’année qu’il y a une vraie nouveauté pour ce cancer, donc cette étude qui a mobilisé plus d’une centaine de centres de soins dans le monde, fera date à n’en pas douter. Mais il est important d’en souligner les limites actuelles afin de ne pas donner de faux espoirs aux patients qui sont concernés.»

Thibaud Kössler pointe cependant quelques limites de cet essai:

  • Le traitement n’a été testé que chez les personnes présentant une mutation germinale (c’est-à-dire dans toutes leurs cellules) des gènes BRCA1/BRCA2. Cette mutation, mise en cause dans certains cancers du sein et de l’ovaire, n’est présente que chez 4 à 7% des patients atteints d’un cancer du pancréas

  • L’olaparib a été évalué en traitement de maintenance. Tous les patients ont au préalable été traités par chimiothérapie

  • Les données dont on dispose, et qui ne sont pas matures, ne montrent pas d’amélioration de la survie globale.

«Scientifiquement ces résultats sont majeurs car ils prouvent l’efficacité clinique de l’olaparib dans le cancer du pancréas et donc l’importance de la voie des PARP dans ce cancer. Ce traitement pourrait être une option pour certains patients tout en gardant en mémoire qu’il n’améliore que la survie sans progression, n’est pas exempt de toxicité, et coûte cher.»

Une efficacité qui se confirme pour le mélanome. Les essais COMBI-v et COMBI-d ont fait partie il y a quelques années des résultats «révolutionnaires» obtenus grâce à des traitements innovants dans un cancer jusqu’ici de très mauvais pronostic, le mélanome métastatique.

Les chercheurs ont présenté lors du congrès un suivi à 5 ans des patients ayant reçu une thérapie ciblée, l’association dabrafenib-trametinib. Ces patients présentaient tous la mutation BRAF V600, qui serait présente chez environ la moitié des personnes atteintes de mélanome.

Les résultats confirment les bénéfices de l’association avec une augmentation de la survie sans progression et de la survie globale. A cinq ans, 19% des patients avaient une maladie stabilisée et 34% étaient en vie. «Auparavant nous n’avions qu’un quart de nos patients en vie après un an», a commenté la Pr Caroline Robert, de l’Institut Gustave Roussy, co-auteure de ces travaux.

Pour le Pr Olivier Michielin, chef-adjoint du service d’immuno-oncologie du CHUV ces résultats confirment l’intérêt des thérapies ciblées dans la prise en charge du mélanome métastatique:

«On ne peut que se réjouir de voir des données aussi positives. Parler de rémission de longue durée au sujet d’un cancer pour lequel il n’y a encore que quelques années le pronostic était de quelques mois en moyenne, c’est très très encourageant. Les progrès apportés par les thérapies ciblés, comme cette association et les immunothérapies, sont incommensurables.»

Il faut cependant souligner qu’au cours de ce suivi, certains patients ont reçu des immunothérapies en traitement complémentaires.

«Ceci illustre bien l’évolution de la pratique clinique. On oppose souvent thérapies ciblés et immunothérapies, mais ce sont des outils distincts dont l’utilisation optimale seuls, donnés successivement ou en association nous permet d’augmenter encore plus les chances de nos patients.

Un autre point important de ces travaux, ce sont les analyses par sous-groupe qui indiquent que les bénéfices de l’association peuvent être plus importants pour certains patients.»