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Variole du singe: l’inquiétude monte de plusieurs crans et la Suisse est à la traîne

Shutterstock / Marina Demidiuk

Un virus animal cousin de la variole, qui circule au sein de la communauté gay et progresse de façon exponentielle en Suisse et dans le monde occidental. C’est le scénario peu engageant en cours depuis la fin du printemps, avec l’émergence de l’épidémie de variole du singe (monkeypox) dans le Nord. Si la maladie reste heureusement plutôt bénigne, les experts en santé publique se disent de plus en plus inquiets. On vous dit pourquoi.

Pourquoi on vous en parle. La riposte sanitaire à l’épidémie en Suisse se limite pour l’heure à sensibiliser la communauté des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes, en isolant les malades et en prévenant les contacts à risque. Plusieurs pays européens, dont la France et l’Allemagne, ont pourtant décidé de prendre le problème à bras le corps en lançant des campagnes de vaccination.

La dynamique. La variole du singe est un virus issu du monde animal, responsable d’épidémies chez l’homme en Afrique depuis les années 80, sporadiques pour la plupart. A la faveur de quelques événements de transmission (sauna gay à Madrid, festival gay aux Canaries ou à Anvers), il a commencé à se diffuser en Europe puis en Amérique, depuis début mai 2022.

Il est aussi admis que le virus, peu adapté à l’homme, se diffuse a priori assez mal. Sur la base des données actuelles, l’OMS estime à 0,8 le R0 de la variole du singe en population générale. Autrement dit, un potentiel épidémique faible (inférieur à 1) — en l’état des données, très préliminaires, et qui n’ont pas valeur de prédiction.

Le mode de transmission préférentiel reste discuté. Le consensus actuel, fondé surtout sur les précédentes épidémies, admet une transmission par contact cutané direct, via des surfaces contaminées ou (de façon moins claire) par gouttelettes à proximité. Dans les faits, l’essentiel des transmissions semble pour l’heure se faire entre partenaires intimes.

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Le dernier décompte de l’OMS, en date du 12 juillet, fait état de près de 9300 cas dans le monde, dont plus de 3000 rapportés dans la semaine. En Suisse, l’OFSP dénombre à ce jour 165 cas confirmés en laboratoire – dont une trentaine à Genève et une vingtaine dans le canton de Vaud en fin de semaine dernière, selon les cantons respectifs.

En Suisse, on note un doublement du nombre de nouveaux cas toutes les deux semaines, comme l’illustre le graphe ci-dessous. C’est surtout dans les grandes villes connectées, Genève, Lausanne, Bâle, que se concentrent pour l’heure les nouvelles contaminations.

A l’évidence, la dynamique épidémique est installée, avec une progression exponentielle du nombre de nouveaux cas rapportés dans le monde. Le 1er juillet, constatant un triplement des cas en seulement deux semaines, l’OMS Europe a appelé les pays européens à intensifier «urgemment» leur réponse.

Le risque de débordement. Pour l’heure, le virus circule surtout au sein de la communauté des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH). «Cela concerne à 90% des personnes qui s’exposent à de nouveaux partenaires, eux-mêmes HSH», estime l’infectiologue Matthias Cavassini, qui dirige la consultation ambulatoire de maladies infectieuses du CHUV.

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