| | Idées

Ma vaccination en carton

Alain Nicod

Investisseur dans les secteurs de la technologie, Alain Nicod est directeur de VI Partners, fonds spécialisé dans les jeunes entreprises suisses.

Vivons-nous dans un monde digital? Heureusement que la réponse est OUI en ce qui concerne nos entreprises de pointe. La pandémie qui nous use tous moralement et physiquement pourra par exemple être sérieusement enrayée, sinon stoppée, grâce aux vaccins.

Moderna, une des deux entreprises qui nous livrent des vaccins basés sur la technologie de l’ARN messager, a mis sept jours entre le moment où elle a reçu le code génétique du virus en janvier 2020 et la production de la première fiole de vaccin prête à être testée. La composition du vaccin entre la production pilote du jour sept et aujourd’hui est exactement la même. Cette performance hors du commun a été rendue possible par la numérisation de tous les processus de recherche, de développement, de conception et de fabrication de Moderna.

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance d’être vacciné. Je suis considéré comme «à risque» et j’ai de ce fait pu faire partie du premier lot de vaccinés. J’en suis très reconnaissant mais constate malheureusement que la réponse à la question «Vivons-nous dans un monde digital?» est NON en ce qui concerne les processus liés à la vaccination en Suisse.

Dans mon cas, le processus d’enregistrement s’est avéré infernal:

  • Une fois le questionnaire d’éligibilité passé en ligne, le choix m’était donné entre quatre centres de vaccination. J’ai choisi le premier, vu qu’il y a une place quelques jours plus tard, cliqué sur la date et constaté que le système me disait qu’il fallait que je m’enregistre dans le centre en question pour avoir un dossier. Quelques minutes plus tard, c’était chose faite mais le rendez-vous avait disparu. Même aventure avec le deuxième centre. Ce n’est qu’en ouvrant une multitude de fenêtres sur plusieurs ordinateurs et en répétant la démarche bien des fois en parallèle que je suis parvenu à avoir un rendez-vous.

  • Lors du rendez-vous, le délire kafkaïen continue, en version papier bien sûr (pour ne pas dire en carton): contrôle à l’entrée sur la base d’une liste imprimée. Petit coup de stabilo sur la liste pour confirmer que je suis là. Même stabilo, mais autre couleur, même liste pour la personne qui me donne une fiche écrite à la main me disant que je peux passer au poste suivant. Une piqûre plus loin, l’infirmière prend son plus beau stylo et écrit la date et heure de la vaccination sur sa feuille. Elle y colle un code-barres (première incursion technologique dans ce processus d’un autre temps) avec le numéro du lot. Contrôle à la sortie: un autre petit coup de stabilo (pas vu la couleur) et je me retrouve avec une note manuelle sur la fiche de vaccination avec l’heure du prochain rendez-vous…

Trois semaines plus tard, procédure identique sauf que je me marre à la sortie: je demande comment cela va être mis dans mon carnet de vaccination mesvaccins.ch. La réponse est «ne vous inquiétez pas, c’est automatique».

Malheureusement, l’automatisme est un peu lent. Malgré quelques relances auprès de la pharmacie qui a établi mon dossier sur le site, pas de progrès. Et cette semaine, qu’est-ce j’apprends? Le site mesvaccins.ch a été déconnecté en raison de ses failles de sécurité. Bienvenue au siècle passé...

Heidi.news sur Telegram, chaque fin de journée, recevez les articles les plus importants.
Inscrivez-vous!

Lire aussi