Une législature pour se préparer à un défi démographique inédit

Pierre-Yves Maillard

Nous avons demandé aux parlementaires romands, membres de la commission de la sécurité sociale et de la santé publique, de livrer leurs priorités en matière de santé pour la nouvelle législature. Ces opinions sont publiées gratuitement pour alimenter le débat public auxquels vous êtes, lectrices et lecteurs de Heidi.news, conviés. Réagissez, partagez, commentez.

Aujourd'hui, Pierre-Yves Maillard, conseiller national socialiste vaudois.

Le débat sur le système de santé va encore gagner en intensité lors de cette législature. Bien sûr, sous les arguties techniques et vaguement expertes, en gros, on continuera à discuter pouvoir et argent, dans ce domaine si sensible, traversé de tant d’intérêts.

Mais si nous prenons notre tâche au sérieux, la question simple à laquelle il faudra répondre est la suivante: comment préparer notre pays à répondre aux besoins de santé d’une population de plus de 75 ans qui va doubler en à peine plus de deux décennies? Et ceci dans un contexte où l’assurance-maladie obligatoire est déjà devenue insupportable financièrement pour une grande partie de la population.

Les enjeux. C’est dans ce contexte et face à cet enjeu crucial qu’il faudra répondre à quelques questions qui ont fait ou qui feront l’actualité.

Est-il acceptable, par exemple, de payer certains actes médicaux plus de 2000 francs de l’heure, en raison des aberrations d’un système tarifaire verrouillé par le corporatisme et l’indécence?

  • Peut-on laisser la densité de certains équipements et de certaines catégories de spécialistes dépasser le double des pays les mieux dotés après le nôtre?

  • Peut-on continuer à payer les médicaments deux à trois fois plus cher que dans nos pays voisins?

  • Est-il acceptable que régulièrement au long de cette dernière décennie le simple accroissement des réserves excédentaires des assureurs ait été supérieur aux dépenses de la Confédération pour la prévention des maladies et la promotion de la santé?

Le défi démographique qui est devant nous devrait nous conduire à une évidence: ces aberrations doivent être toutes corrigées rapidement et ce ne sera que le début de ce qu’il faudra faire.

Une histoire de milliards. Pour maintenir la croissance des coûts au niveau déjà trop élevé atteint ces dernières années, il faut réussir à dégager chaque année un gros milliard de francs de réduction des dépenses inutiles ou injustifiées parmi celles citées plus haut. Pour connaître, avec un tel développement démographique, une croissance des coûts inférieure à celle qu’on a connue, il faut dégager un autre milliard de francs par an de gain d’efficience.

Une action décidée contre les actes inutiles, les excès de densité, les tarifs indécents, les marges excessives des assureurs permettrait pendant quelques années d’atteindre ces objectifs.

Mais après quelques années, le potentiel sera épuisé. Et comme cette lutte doit se faire contre les lobbies les mieux armés en capacité de désinformation et de blocage, il faudra à l’évidence la conjuguer avec une recherche de financements nouveaux supportables par le plus grand nombre.

Les urgences. Durant les prochains mois, nous devrons prendre quatre décisions urgentes à Berne:

  1. nous aurons à approuver une clause du besoin efficace et durable pour l’installation de nouveaux cabinets et équipements,

  2. nous aurons à défendre et étendre la capacité des cantons à réguler l’offre hospitalière et ambulatoire dans le cadre du débat sur le financement uniforme des prestations dans ces deux secteurs,

  3. nous devrons entrer en matière sur les mesures de maîtrise des coûts du Conseil fédéral et soutenir notamment une obligation pour les partenaires tarifaires de se mettre d’accord non seulement sur les prix des prestations, mais aussi sur l’évolution de leur volume, sous la surveillance des autorités d’approbation des contrats tarifaires,

  4. nous devrons apporter une réponse satisfaisante à la demande de l’initiative du parti socialiste qui demande un plafonnement des primes à 10% du revenu des ménages.

Une fois réglées ces urgences, ou en même temps, il faudra créer dans l’assurance-maladie les conditions favorables au soins adéquats pour les malades chroniques et âgés, au développement de la prévention, de la promotion de la santé et du maintien à domicile.

Si les commissions de la santé du Conseil national et du Conseil des Etats savent se préserver de l’influence des milieux intéressés à la croissance de leurs chiffres d’affaires et de leurs bénéfices, alors nous aurons une chance de trouver les compromis et les stratégies innovantes qui nous rendront fiers d’avoir préparé notre pays à l’un des plus grands défis démographiques de son histoire.