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Toute réforme doit se faire dans l’intérêt des patientes et des patients!

Léonore Porchet

Nous avons demandé aux parlementaires romands, membres de la commission de la sécurité sociale et de la santé publique, de livrer leurs priorités en matière de santé pour la nouvelle législature. Ces opinions sont publiées gratuitement pour alimenter le débat public auxquels vous êtes, lectrices et lecteurs de Heidi.news, conviés. Réagissez, partagez, commentez. Aujourd'hui, Léonore Porchet, conseillère nationale Les Verts vaudoise.

En Suisse, la qualité des soins est excellente et l’offre thérapeutique couvre très largement la population. Ce système est donc à bichonner, mais il arrive à un point de rupture. Le vieillissement de la population, les coûts de la santé, l’autoritarisme médical de plus en plus mal supporté, les conditions de travail difficiles des praticien·ne·s nous mettent face au devoir de repenser une politique de la santé gangrénée par les intérêts financiers et dépassée par les enjeux contemporains.

Placer le patient au centre. Et si nous consacrions notre temps de réflexion d’abord à la qualité humaine et technique des soins, avant de voir la santé comme un marché économique où il y a de l’argent à se faire et à économiser? Ainsi, la médecine de famille doit redevenir le socle de notre système de santé. Partenaires durables et empathiques des patient·e·s, considéré·e·s dans leur globalité et écouté·e·s dans leur individualité, les médecins de famille sont les gardien·ne·s du système de santé, ils et elles doivent avoir les moyens de faire de la prévention et de prescrire — ou non — le recours à une médecine spécialisée.

Cette voie doit donc être encouragée dès les études de médecine alors que la santé physique, mentale et sociale des généralistes doit être assurée par de nouveaux modèles de temps de travail et une diminution de la charge administrative, afin de consacrer du vrai temps aux patient·e·s.

Il s’agit aussi de donner plus de pouvoir direct aux patient·e·s, en s’assurant que leurs compétences et leurs volontés aient une vraie place dans les plans thérapeutiques. Le dossier électronique du patient (DEP) est notamment une formidable opportunité d’augmenter le pouvoir des patient·e·s, s’il est mis en place dans leur intérêt. Il doit être l’occasion de remettre la main sur les données sanitaires qui nous concernent et de monitorer notre santé en toute indépendance.

Prévenir plutôt que guérir. Les Suisses paient le plus cher au monde de leur poche pour leur santé et assument 52 milliards des 80 milliards des coûts annuels de la santé, tout en renonçant à des consultations: nous sommes bien loin de l’image du peuple d’irresponsables qui profite sans compter d’un système de santé trop accessible.

La qualité des soins en Suisse n’est pas un signe qu’il faut diminuer les moyens qui y sont alloués. Allons plutôt vers un système centré sur le maintien en santé plutôt que la réparation (prévention) et acceptons de mettre les moyens pour soigner efficacement lorsqu’il y a besoin (assurance solidaire).

La prévention évite la maladie ou l’accident, c’est ainsi la meilleure politique de santé publique possible, et la moins chère. Pourtant, trop peu d’importance y est accordée. Nous devons donc introduire une acceptation large des activités de prévention, les valoriser et les rémunérer en conséquence.

Mais nous ne sommes pas égaux face à la maladie. Nous avons donc besoin d’une assurance réellement solidaire, comprenant les soins dentaires, qui serait financée en fonction du revenu et qui soit débarrassée du monstre bureaucratique et sans bienveillance du système privé actuel (caisse unique, voire publique).

Répondre aux enjeux contemporains. Le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité mettent en péril notre santé (vagues de chaleur meurtrières, allergies, pollution des aliments par les pesticides, etc). La politique environnementale devient donc un enjeu de santé publique prioritaire: elle devra s’adapter à ces changements, mais aussi tenir un rôle pour les atténuer.

Mais d’autres enjeux fondamentaux sont également à aborder sans dogme afin d’y répondre efficacement: pour une politique des addictions cohérente et responsable, pour une santé sexuelle sans moralisme favorisant la santé, le respect et le plaisir, pour un système sanitaire sans discrimination et pour une vision plus humaine et moins mécanique de la fin de vie, qui donne une place à la finitude de l’humain.

En somme, je m’engagerai pour une santé humaine, accessible et responsable, qui vise la qualité de vie tout au long de l’existence!

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