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Ce que l'on sait des effets secondaires des vaccins contre Covid-19

Image d'illustration | Pixabay/Triggermouse

Cet article a été initialement publié en allemand par notre partenaire éditorial Higgs.ch.

Même si les vaccins autorisés contre Covid-19 ont été évalués par des essais cliniques et jugés sûrs par les autorités, ils ne sont pas dénués d’effets indésirables, bénins pour la plupart — douleur à l’épaule, fatigue, maux de tête et courbatures. Parmi les effets secondaires rares, on note quelques réactions allergiques. On ne peut formellement exclure d’éventuels effets indésirables à long terme, mais les expert estiment que c’est peu probable.

Pourquoi c’est important. Plusieurs millions de personnes dans le monde ont déjà reçu un vaccin contre le coronavirus. Jusqu’à présent, ce sont surtout les vaccins à ARN messager des laboratoires Pfizer-BioNTech et Moderna qui ont été utilisés, ainsi que le vaccin à vecteur adénovirus d’Oxford-AstraZeneca. Dans cet article, Higgs.ch répond aux questions les plus fréquentes sur les effets secondaires de ces vaccins.

Comment sont répertoriés les effets secondaires?

Pendant les essais cliniques. Les essais cliniques permettent de savoir si des effets secondaires apparaissent après un vaccin, et lesquels. Dans ce cadre, le personnel médical interroge les personnes testées sur leurs éventuels effets secondaires. Parfois, ce sont les personnes testées elles-mêmes qui tiennent le journal en ligne de leurs éventuels effets secondaires.

Une fois sur le marché. Après l’autorisation d’un vaccin, ce sont les autorités de santé– en Suisse, Swissmedic – qui surveillent l’apparition d’effets indésirables. Les personnes vaccinées doivent signaler tout symptôme inhabituel consécutif à la vaccination à leur médecin ou leur pharmacien, qui transmettent à l’agence. Au 21 janvier 2021, 42 signalements ont été effectués auprès de Swissmedic, pour 170’000 personnes vaccinées. En outre, les laboratoires aussi doivent également tenir un registre de ces signalements.

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Et dans la durée? Tous les effets signalés sont ensuite évalués par les laboratoires dans le cadre d’études de suivi. Ces essais dits «de phase 4» durent généralement de deux à quatre ans – soit le temps de vacciner plusieurs millions de personnes. Ils permettent de vérifier si certains effets secondaires indésirables très rares mais graves se produisent, et de déterminer comment des groupes de personnes ou d'âges qui n'ont pas participé aux essais cliniques (les enfants ou les femmes enceintes, par exemple) réagissent au vaccin.

Attention toutefois. Tous les évènements qui se produisent après un vaccin ne peuvent pas être forcément imputés à la vaccination. Des maladies graves, voire des décès, peuvent se produire sans lien avec l’étude ou la campagne de vaccination. C’est pour cela que les antécédents médicaux doivent être pris en compte, pour mieux évaluer la portée des évènements déclarés. La personne de 91 ans décédée dans le canton de Lucerne quelques jours après avoir reçu le vaccin était atteinte de nombreuses comorbidités. Ici, ni les antécédents médicaux, ni l’évolution aigüe de la maladie ne suggèrent de lien de cause à effet entre la vaccination et le décès.

L’éclairage des statistiques. En phase 1 à 3, afin de pas confondre les effets du hasard avec d’éventuels effets secondaires, les investigateurs comparent les personnes qui ont reçu la substance active avec un groupe placebo. Si un nombre nettement plus important d'événements indésirables se produit dans le groupe vacciné, on considère que ceux-ci sont dus à la substance active. Dans les essais de phase 4, il n'y a généralement plus de groupe placebo: les experts comparent directement les personnes vaccinées avec la population générale.

Quels sont les effets secondaires les plus fréquents remontés par les essais cliniques?

Les effets secondaires les plus fréquents. En Suisse, les deux vaccins déjà autorisés sont les vaccins à ARN messager de Pfizer-BioNTech et de Moderna. Les essais de Pfizer ont montré que la douleur au point d’injection, la fatigue, les maux de tête et les douleurs musculaires étaient les effets secondaires les plus fréquemment rencontrés. L’étude s’est basée sur 40’000 personnes, dont une moitié a reçu le vaccin et l’autre une solution saline pour placebo. Ces effets secondaires fréquents ont été reportés par 8183 personnes testées — soit environ 20% —mais variaient en fonction du groupe d’âge et de l’injection considérée. Dans l’ensemble, les effets secondaires étaient plus importants chez les jeunes à l’issue de la deuxième dose.

Une durée de quelques jours. Des personnes appartenant au groupe placebo ont elles aussi rapporté des effets secondaires comme la fatigue ou des maux de tête, bien que moins fréquemment que chez celles du groupe vaccin. Dans le groupe des 16 à 55 ans, 83% des personnes ont rapporté une douleur au point d’injection dans les sept jours après la vaccination, contre seulement 14% dans le groupe placebo. Un peu moins de la moitié (47%) des personnes vaccinés ont reporté de la fatigue et un manque d’énergie – mais aussi 33% des personnes du groupe placebo.

Chez la plupart des personnes testées, ces symptômes ont disparu après quelques jours et ont été classés de légers à modérés. Dans quelques cas, cependant, ils ont aussi été considérés comme sévères.

Les effets secondaires attendus. Ces effets ne sont pas rares et sont observés après toute vaccination, rappelle l’immunologiste Steve Pascolo, de l’hôpital universitaire de Zurich. Ils sont le signe d’une réaction du système immunitaire, qui dure en moyenne de quelques jours à quelques semaines.

Les volontaires ayant reçu les vaccins de Moderna et d‘AstraZeneca ont souvent rapporté de tels effets secondaires, tels que la douleur au point d’injection, la fatigue, les maux de tête et des douleurs musculaires. Trente mille personnes ont participé à la phase 3 de l’essai vaccinal de Moderna. Pour le vaccin d’AstraZeneca, les résultats préliminaires se basent sur une étude sur 11’000 personnes.

Quels sont les effets secondaires plus rares mais potentiellement graves rapportés en essais cliniques?

Pour le vaccin Pfizer-BioNTech. Outre les réactions classiques à la vaccination, des effets indésirables graves isolés sont apparus lors des tests pour les trois vaccins, dans les groupes testés mais aussi dans les groupes placebo. Dans le cas du vaccin Pfizer-BioNTech, les investigateurs sont arrivés à la conclusion que trois cas étaient en lien avec le vaccin: une douleur persistante à l’épaule, un gonflement des ganglions lymphatiques et un cas d’arythmie cardiaque. L'évaluation de ces événements indésirables se base sur un groupe de plus de 40’000 sujets.

Pour le vaccin d’AstraZenecca. Dans le cadre des essais du vaccin d’AstraZeneca au Royaume-Uni, trois cas de myélite transverse se sont déclarés — deux dans le groupe vacciné et un dans le groupe témoin. Il s’agit d’une inflammation de la moelle épinière, qui se déclare sans cause connue suite à une maladie inflammatoire, comme une sclérose en plaques ou une maladie infectieuse. On en connaît encore mal les mécanismes.

Les explications des spécialistes. Un comité de neurologues indépendants a examiné ces trois cas au Royaume-Uni, comme le veut la procédure. Dans deux cas sur trois, ils ont estimé qu’il était peu probable qu’il y ait un lien direct entre la vaccination et la survenue de la myélite.

  • Dans un des cas, les médecins ont diagnostiqué une sclérose en plaque qui n’avait pas été diagnostiquée avant la vaccination, et qui a vraisemblablement provoqué la myélite transverse.

  • L'étude n’a pas détaillé pas le cas de la personne souffrant de myélite après le placebo.

  • L’un des cas de myélite transverse pourrait cependant être lié au vaccin.

Selon ces médecins, les trois sujets se sont maintenant rétablis.

Pour le vaccin de Moderna. Dans le cadre de ces essais cliniques, trois personnes du groupe test et une personne du groupe placebo ont développé une paralysie faciale transitoire. On ne peut pour l’instant pas exclure qu’elle soit une conséquence de la vaccination.

En résumé. Lors de ces trois essais, des personnes sont décédées à la fois dans le groupe vacciné et dans le groupe placebo. Dans l’essai de Pfizer par exemple, deux décès se sont produits dans le groupe vacciné, et quatre dans le groupe placebo.

Ces événements sont cohérents avec le taux de mortalité générale de la population dans les groupes d’âge correspondants, et ne peuvent donc être imputés au vaccin — pas plus qu’à la solution saline injectée aux volontaires du groupe placebo.

Quels effets secondaires graves depuis la mise sur le marché?

L’enjeu statistique. La plupart des effets secondaires liés au vaccin apparaissent en moyenne entre deux et trois mois après la dernière injection, indique Carloz Guzmán, directeur du département vaccins au Centre Helmholtz pour la recherche sur les infections de Braunschweig. Les essais des vaccins Covid-19 couvrent bien cette durée, mais certains effets secondaires très rares ne peuvent être mis au jour que lorsque plusieurs millions de personnes sont vaccinées.

Cela pourrait cependant aller assez vite pour ces vaccins. Rien qu’aux États-Unis, depuis le 13 janvier, près de dix millions de personnes ont reçu un vaccin Pfizer ou Moderna.

L’enjeu d’élargir l’accès au vaccin. Les essais possèdent des critères de sélection des volontaires et ne sont pas toujours représentatifs de l’ensemble de la population. C’est seulement après le lancement des vaccinations sur le terrain que l’on peut évaluer l’effet du vaccin chez certains groupes de personnes non représentés dans les essais vaccinaux. C’est le cas des enfants, des femmes enceintes, des personnes avec certains antécédents médicaux, ou encore des personnes très âgées.

Les cas d’allergie. Jusqu’ici, au Royaume-Uni et aux États-Unis, quelques personnes isolées ont déclaré un choc allergique juste après l’injection du vaccin de Pfizer. D’après le premier rapport des CDC américains, qui porte sur les deux premières millions de vaccinations, il s’agissait en majorité de personnes souffrant d’allergies connues à d’autres substances vaccinales ou à des médicaments.

La réaction allergique a probablement été provoquée par le polyéthylène glycol, un excipient que l’on retrouve aussi dans divers produits du quotidiens tels que les déodorants, le dentifrice ou les pommades cicatrisantes.

  • Pour cette raison, les experts de l’Institut Paul Ehrich, l’institut fédéral allemand pour les vaccins et les biomédecines, déconseillent aux personnes ayant une allergie au polyéthylène glycol d’utiliser le vaccin de Pfizer.

  • Même chose pour les allergies connues à d’autres composants du vaccin.

  • Pour autant, la vaccination Covid-19 n’est pas déconseillée pour les personnes avec un terrain allergique général.

Pour le vaccin de Pfizer, les CDC rapportent une fréquence de 1 sur 100’000 pour les réactions allergiques graves.

Quels effets à long terme?

Pour l’heure, on ne peut encore formellement exclure de conséquences à long terme. L’immunologiste Steve Pascolo, qui étudie depuis des années le fonctionnement des vaccins à ARN messager, ne voit pour autant pas de grands dangers. Dès 2003, son équipe et lui ont commencé à vacciner des patients atteints de cancer avec des supports à ARN messager. Il s’est lui-même injecté un tel vaccin.

«Nous n’avons jamais constaté d’effets secondaires grave ni de conséquences à long terme».

Le recours à cette approche contre un virus est certes nouveau, et contrairement à l’usage en oncologie, ils sont injectés directement dans le muscle plutôt que dans la peau. Cependant, les cinq composants des vaccins – un ARN messager et quatre lipides— sont naturellement produits et éliminés par le corps. Steve Pascolo ne s'attend donc pas à ce que de très petites doses de produit injectés puissent poser des problèmes à long terme. Il se montre un peu plus prudent quant au vaccin d’AstraZeneca, basé sur des adénovirus de chimpanzés (responsables de rhumes), modifiés pour introduire une partie du matériel génétique du Sars-CoV-2 dans l’organisme.

Cela a été également confirmé par Christian Münz, professeur d'immunobiologie virale à l’Université de Zurich, qui estime que les vaccins à ARN messager sont un peu moins susceptibles de causer des effets secondaires que les vaccins à adénovirus (AstraZeneca). Malgré tout, il estime que la probabilité d'effets à long terme est faible pour les trois vaccins contre Covid-19. Il explique:

«La vaccination déclenche une réponse immunitaire contre la protéine Spike du Sars-CoV-2, qui correspond en partie aux réponses immunitaires contre l'infection réelle par le Sars-CoV-2. Je pense donc que toute conséquence à long terme pourrait être due aussi bien à la vaccination qu'à l'infection elle-même.»

Partant du principe que tout le monde, à terme, aura contracté la maladie ou fait le choix de la vaccination, il estime que la seconde option est clairement préférable, en raison des effets indésirables à court terme relativement faibles.

Quels effets secondaires rares et effets à long terme pour les autres vaccins?

Les réactions rares après la vaccination — mais aussi après une infection virale — comprennent des réactions auto-immunes. Cela peut arriver dans le cas où les protéines virales ressembles aux structures du corps humain. Dans ce cas, les anticorps combattent non seulement le virus, mais aussi les cellules de notre propre corps. Dans certains rares cas, en fonction des caractéristiques du patrimoine génétique de la personne, une telle réaction peut engendrer une maladie auto-immune.

Le cas de la grippe A. Certains de ces cas ont pu être observés, par exemple, avec le vaccin Pandemrix contre la grippe A — H1N1— en 2009, qui a déclenché quelques cas, surtout chez les enfants et les jeunes, de narcolepsie. Les personnes atteintes connaissent des pics de fatigue récurrents tous les jours. L’autorisation de mise sur le marché de ce vaccin n’a pas été renouvelée auprès de l’Agence européenne du médicament (EMA).

Selon une étude publiée dans le British Medical Journal en 2018, il y aurait eu des signes avant-coureurs et des effets secondaires, par exemple des paralysies faciales, dès le début de la campagne de vaccination avec le variant du Pandemrix autorisé pour l’Europe. Ces effets sont apparus beaucoup plus fréquemment qu’avec le vaccin autorisé au Canada. Ces signaux d’alerte auraient cependant été ignorés.

Et en Suisse? Une enquête de l’hebdomadaire Woz montre que Swissmedic s’était montré plutôt réticente avec Pandemrix et n’avait pas recommandé le vaccin pour les adolescents et les enfants – précisément le groupe qui a développé plus tard des cas de narcolepsie. Leur justification? Ils n’avaient pas assez de données du laboratoire prouvant que le vaccin était sans danger pour ces groupes d’âge. Dans l’absolu, on ne peut pas totalement exclure une réaction ou une maladie auto-immune après un vaccin, ni après une infection due à un virus comme le coronavirus.

D’autres exemples. Le vaccin contre la dengue est un autre exemple de vaccin où des conséquences à long terme peuvent apparaître. La «facilitation de l’infection par des anticorps» est un phénomène connu avec certains virus: les anticorps ne combattent plus le virus, mais lui permettent au contraire de mieux pénétrer dans les cellules, où il peut mieux se reproduire.

La conséquence: les gens sont plus malades lors d’une deuxième infection. Dans le cas du vaccin contre la dengue, la probabilité de développer une forme grave est presque deux fois plus élevée chez les personnes vaccinées. Cela a été mis en lumière par une étude sur 30’000 enfants entre 2 et 16 ans au Brésil et aux Philippines. On recommande donc aux personnes appartenant à ce groupe et n’ayant jamais été en contact avec le virus sauvage de la dengue d’éviter de se faire vacciner.

Il n'y a actuellement aucune preuve que cet effet secondaire de facilitation de l’infection par des anticorps puisse apparaître avec les vaccins contre Covid-19. Toutefois, le phénomène s'est produit en essai préclinique contre le Sars-CoV et le Mers-CoV, dans certains modèles animaux. Les chercheurs surveillent donc de près cet effet indésirable à long terme.

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