Le Conseil fédéral attend la troisième vague et douche les espoirs d'assouplissements

Alain Berset, le 12 mars à Berne. | Keystone / Anthony Anex

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Le Conseil fédéral manie une nouvelle fois la carotte et le bâton pour gérer l’épidémie et les phases d’assouplissements. Alors que la situation épidémiologique de ce vendredi 12 mars ne le permet pas et qu’Alain Berset a annoncé qu’une troisième vague se profilait selon les scénarios développés par la task force scientifique de la Confédération et l’Université de Zurich, il serait tout de même prêt à consentir à la réouverture des terrasses, des salles de concerts, cinémas, théâtres et des fitness dès le 22 mars, sous certaines conditions.

Pourquoi c’est ubuesque. D’un côté les annonces du jour donnent de l’espoir à de nombreux secteurs économiques, culturels et sportifs. Espoirs douchés immédiatement par cette petite annonce:

«Le Conseil fédéral prendra sa décision en fonction des quatre indicateurs retenus. A l’heure actuelle, trois d’entre eux dépassent les seuils définis.»

De facto, la date du 22 mars pour la deuxième phase d’assouplissements est hypothéquée d’entrée, avant même le début de la consultations avec les cantons. Le Conseil fédéral refuse également d’envisager une troisième étape d’assouplissements vu l’instabilité de la situation épidémiologique.

Les critères. Pour définir si des assouplissements supplémentaires sont possibles ou pas, le Conseil fédéral les a conditionnés à quatre critères:

  • Taux de positivité des nouvelles infections inférieures à 5%.

  • Taux moyen de reproduction effectif du virus (Re) inférieur à 1 durant sept jours consécutifs.

  • Incidence sur deux semaines observée qui ne doit pas dépasser celle qui a été observée le 1er mars qui était de 162,38.

  • Occupation des lits par des patients Covid dans les unités de soins intensifs des hôpitaux inférieure à 25%.

Alain Berset, conseiller fédéral en charge de la santé, a expliqué durant la conférence de presse de ce jour que:

«trois valeurs cibles sur quatre sont dépassées ce 12 mars».

Affirmation qui se base sur les données publiées ce 12 mars par le Département fédéral de l’intérieur:

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La troisième vague. Alain Berset est catégorique:

«Nous devons nous attendre à une troisième vague. Les modèles de la task force scientifique et de l’Université de Zurich sont clairs et prennent en compte l’avancement de la vaccination. Cette troisième vague sera plus forte si on multiplie les contacts.

J’adresse donc un message simple à l’ensemble de la population: distance distance, masque masque, hygiène des mains hygiène des mains. La situation, fragile et incertaine, nécessite de la prudence. Ce n’est pas le moment optimal pour procéder à de nouvelles ouvertures. Mais malgré cela, il est tout de même possible d’en envisager.»

Les modèles en question sont disponibles dans les documents d’accompagnement pour la consultation avec les cantons.

Le groupe d’experts de la task force et une équipe de l’Université de Zurich (EPF-ZHAW-IQVIA) a modélisé les effets des différentes mesures sur l’évolution de l’épidémie en Suisse. Ils ont pris en compte les réouvertures intervenues le 1er mars et l’évolution de la campagne de vaccination.

Trois scénarios se dessinent:

  1. En bleu: assouplissements modestes espacés de trois semaines à partir du 22 mars.

  2. En rouge: assouplissements importants les 22 mars, 12 avril et 3 mai. Ce modèle reprend la stratégie en trois phases proposée par le Conseil fédéral.

  3. En jaune: un seul assouplissement le 22 mars avec maintien des mesures par la suite.

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Les trois graphiques ci-dessus montrent les trois évolutions possibles en fonction des scénarios développés en bleu, rouge et jaune:

  1. à gauche: le nombre d’hospitalisations

  2. au milieu: l’occupation des lits par des patients Covid en unités de soins intensifs

  3. à droite: les décès.

Quelle que soit la stratégie d’assouplissement, les scénarios montrent qu’«il faut s’attendre à une troisième vague d’in- fections», souligne la task force scientifique.

Plus les mesures d’assouplissements seront importantes, plus la vague sera forte. Le système hospitalier serait le mieux protégé avec le scénario jaune. Soit des assouplissements supplémentaires le 22 mars qui seraient maintenus durablement. Un scénario qui tient compte d’une progression de la couverture vaccinale rapide qui permettrait d’épargner le système hospitalier.

Si le Conseil fédéral et les cantons optent finalement pour le scénario bleu (assouplissements modestes espacés de trois semaines à chaque fois), les unités de soins intensifs ne devraient pas atteindre le niveau du pic de la deuxième vague. Cela laisserait également plus de temps à la couverture vaccinale de montrer son efficacité.

Ces modélisations sont des projections et pas des prédictions. C’est d’autant plus important à conserver en mémoire que les scientifiques ne peuvent pas modéliser les comportements humains (lassitude, respect des mesures, vaccination), l’arrivée potentielle de nouveaux variants et un effet saisonnier, déjà observé en été 2020.

Les assouplissements en consultation. Conscient de la situation, Guy Parmelin, président de la Confédération, a tenté de faire preuve de compréhension envers les secteurs concernés par l’incertitude qui gouverne les non-décisions du jour:

«Je sais qu’une grande partie de la population est impatiente devant la prudence du Conseil fédéral. Mais en dépit des pressions et des nombreux appels pour rouvrir, nous ne pouvons pas satisfaire ces requêtes. Nous devons rester prudents. La situation épidémiologique nécessite une politique des petits pas.»

Si les quatre indicateurs épidémiologiques choisis par la Confédération ne se détériorent pas trop, et après consultation avec les cantons, il sera tout de même possible de rouvrir certaines activités, dont voici le détail:

  • Manifestations. en extérieur, les concerts et matches de foot pourront accueillir 150 personnes. A l’intérieur, la jauge est fixée à 50 personnes. Cela concerne les cinémas, théâtres, salles de concert, etc. Les spectateurs devront respecter une distance de 1,50 m entre eux ou être séparés par un siège. Le port du masque sera obligatoire à l’intérieur. Les consommations ne seront pas possibles et les entractes déconseillés.

  • Réunions publiques. 15 personnes pourront se réunir à l’intérieur. Cela concerne les visites dans les musées, les rencontres associatives, les activités sportives, les rassemblements de divertissements et de loisirs.

  • Réunions privées. Les réunions familiales ou amicales à l’intérieur pourront se faire à 10 personnes (au lieu de 5 actuellement). A l’extérieur, la limite est de 15.

  • Terrasses. Les espaces extérieurs des restaurants et des bars pourront rouvrir à certaines conditions: consommation assis, port du masque lorsqu’on ne consomme pas, 4 personnes maximum par table, traçage des contacts avec enregistrement des coordonnées des convives. De plus, les tables devront être à 1,5 m de distance chacune. Le soutien économique au secteur de la restauration sera maintenu et n’est pas lié à la réouverture des seules terrasses.

  • Installations publiques. Elles pourront rouvrir. Cela concerne les installations intérieures de type zoos, jardins botaniques, lieux de loisirs et de divertissement. Le port du masque y sera obligatoire. Cela ne concerne pas piscines intérieurs et centres de bien-être.

  • Sport et culture. Les activités sportives pour les adultes seront à nouveau autorisées à l’intérieur, mais avec un maximum de 15 personnes simultanée. Il en va de même pour les activités culturelles pour les adultes. Port du masque et respect des 1,5 m de distance sont obligatoires. Le projet du Conseil fédéral prévoit des exceptions pour les exercices d’endurance, de type cardio dans les fitness, et de chaut pour les chorales. Il faudra se faire dépister au préalable pour avoir accès à ces activités. Les sports de contacts demeurent interdits en intérieur, mais possibles en extérieur avec port du masque. Les compétitions demeurent interdites.

  • Enseignement. Les cours en présentiel seront autorisés dans les hautes écoles et pour les formations continues. Là aussi, le nombre d’étudiants est limité à 15 et le port du masque ainsi que le respect des distances obligatoire.

  • EMS. Les résidents vaccinés ne seront plus obligés de porter le masque. Ils pourront également participer à des animations.