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La Suisse a un besoin urgent de médecins cantonaux formés

Image d'illustration. Dans la salle de la cellule de conduite de l'épidemie à l'HFR en mars 2020. | Keystone / Laurent Gillieron

Covid-19, initiative «Enfants sans tabac», variole du singe: pour les experts de santé publique, impossible d’échapper aux feux des projecteurs depuis 2019. Incontournable, cette discipline n’est pourtant pas la plus courue et encore moins la mieux financée du pays. Alors que des soignants de toute la planète viennent se former en Suisse, seul un poste de responsable de santé publique sur quatre y est occupé par une personne formée en santé publique au niveau master.

Avec qui on en parle. Jean-François Etter, spécialiste des questions liées à la dépendance au tabac, dirige le programme de maîtrise d’études avancées en santé publique à l’Université de Genève — un programme de formation continue, en cours d’emploi, d’une durée de trois ans. Alors que des places de formation sont encore disponibles, Jean-François Etter plaide pour une formation forte et un meilleur dialogue entre les spécialistes de santé publique et le monde politique.

Heidi.news — Santé publique: le terme est connu, mais sa signification peut-être moins. Quelles sont ses spécificités?

Jean-François Etter — C’est une discipline qui s’intéresse à la santé de la population dans son ensemble, au-delà des soins. Elle regroupe des disciplines telles que l’épidémiologie, la médecine sociale et préventive, la promotion de la santé ou la recherche sur les soins et sur les systèmes de santé. Elle tient compte du contexte social, économique et juridique, au niveau local, national et international, pour préserver et améliorer la santé de la population. A l’heure où l’essentiel de l’argent est investi dans le curatif, la santé publique va aussi se concentrer sur des approches qui tiennent compte de la personne et de son environnement avant qu’elle n’entre à l’hôpital et après qu’elle en sorte.

Le médecin qui travaille dans les soins va répondre à une plainte du patient, au niveau individuel. En santé publique, le prisme change et passe au niveau populationnel: les individus évoluent dans une société et la maladie s’inscrit dans un environnement.

La relation avec les autorités est importante, parce que la santé publique implique souvent l’intervention de l’Etat et agit dans un cadre légal. Il y a donc, aussi, toute une dimension de promotion des lois favorables à la santé.

Vous parlez du cadre législatif. Où en est-on en Suisse? Quel est l’état de santé de la santé publique?

Globalement, la situation n’est pas si mauvaise. La Suisse est l’un des pays avec la meilleure espérance de vie au monde et le niveau de santé de la population est très bon. En revanche, nous sommes en retard en matière de prévention. On dépense moins, voire beaucoup moins, en moyenne que les pays comparables à la Suisse.

Pourquoi?

Disons que les incitations financières sont beaucoup plus fortes pour les soins curatifs, au niveau du remboursement. A mon sens, il y a aussi la notion d’urgence qui intervient et qui est peut-être moins présente en prévention et promotion de la santé. Alors que la recherche montre qu’en investissant des petites sommes dans la prévention, nous économisons des plus gros montants par la suite.

Il y a aussi un contexte politique peu favorable dans un pays aussi libéral que la Suisse, qui héberge, par ailleurs, le siège de nombreuses multinationales, notamment de l’industrie agroalimentaire et du tabac. Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé avec la loi sur les produits du tabac. Elle a passé six ans dans les mains du Parlement, avec des allers-retours entre les chambres, pour sortir presque vidée de son contenu. Il a fallu une initiative populaire pour arriver à un article constitutionnel interdisant la publicité du tabac. Enfin, il y a un important effort à fournir sur la formation des professionnels de santé.

La formation, c’est justement votre cheval de bataille. Est-ce que la santé publique attire les jeunes médecins en 2022?
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