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Simonetta Sommaruga: «Une réaction forte s’impose dans tout le pays!»

Les quatre conseillers fédéraux qui ont placé le pays en «situation extraordinaire» ce lundi 16 mars. | Keystone / Anthony Anex

Exceptionnellement, nous avons décidé de mettre cet article à disposition gratuitement tant ces informations sont importantes pour bien réagir face à l'épidémie en cours et mieux la comprendre.

Ce lundi 16 mars, le Conseil fédéral a placé le pays en «situation extraordinaire». Dès ce soir minuit, et jusqu’au 19 avril, tous les magasins, marchés, restaurants, bars, lieux de divertissements et loisirs sont fermés dans toute la Suisse. Les manifestations publiques et privées sont aussi interdites. De plus, les contrôles aux frontières sont étendus à l’Allemagne, la France et l’Autriche, comme c’est déjà le cas avec l’Italie. Quelque 8000 militaires ont également été mobilisés pour apporter leur soutien aux hôpitaux, dans le secteur de la logistique et dans la sécurité (frontières et ambassades).

Pourquoi c’est historique. Cette situation extraordinaire s’apparente à un état d’urgence. Le Conseil fédéral prend ainsi les rennes dans la gestion de la crise du coronavirus. Les cantons n’ont plus la possibilité de décider dans leur coin. La population de l’ensemble du pays est appelée à rester à la maison et à respecter les mesures mises en place par le Conseil fédéral. Le Conseil fédéral se refuse encore à placer l’ensemble du pays en confinement, mais n’hésitera pas à le faire si la population de coopère pas.

Ce que dit la loi fédérale. En activant l’article 7 de la Loi sur les épidémies, le Conseil fédéral prend les commandes de la gestion de crise actuelle. Le texte est clair:

Art. 7 Situation extraordinaire: «Si une situation extraordinaire l’exige, le Conseil fédéral peut ordonner les mesures nécessaires pour tout ou partie du pays.»

L’ordonnance sur les mesures destinées à lutter contre le coronavirus (Covid-19) a été révisée dans ce sens-là.

Les cantons. Quelles que soient les décisions prises par les cantons depuis vendredi 13 mars, elles sont désormais caduques. Les cantons doivent dès ce 16 mars minuit appliquer l’ordonnance publiée par le Conseil fédéral ce jour.

  • Les cantons qui ont pris des mesures plus contraignantes que celles émises par la Confédération doivent revenir en arrière. Ainsi, le Valais ne peut plus obliger les hôteliers à fermer leurs portes, mais ceux-ci sont libres de fermer s’ils le souhaitent.

  • Les cantons qui ont pris des mesures moins sévères doivent désormais se conformer aux décisions de la Confédération. Ainsi, toutes les manifestations sont interdites dans le canton de Vaud.

Les mesures. Le Conseil fédéral a décidé d’interdire toutes les manifestations privées et publiques, de fermer tous les lieux publics non indispensables au fonctionnement du pays, d’étendre le contrôle aux frontières à tous ses voisins, exception faite du Liechtenstein, de mobiliser l’armée en appui.

Le détail.

  • Sont fermés: tous les magasins, marchés, restaurants, bars, établissements de divertissements et de loisirs tels que les musées, les bibliothèques, les cinémas, les salles de concert, les théâtres, les centres sportifs, les piscines, les domaines skiables, et tout établissement dont les prestations impliquent un contact rapproché avec les clients, comme les salons de coiffure et autres centres esthétiques.

  • Restent ouverts: les magasins d'alimentation, les cantines d'entreprises, les services de petite restauration à emporter et de livraison de repas, les pharmacies, les stations-service, les gares, les banques, les offices de poste, les hôtels, les administrations publiques et les services sociaux.

  • Les transports:les transports en commun du pays doivent continuer à circuler. Tous ces établissements doivent respecter les recommandations de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) en matière d'éloignement social et d'hygiène.

  • Les hôpitaux:hôpitaux, cliniques et cabinets médicaux restent ouverts, mais doivent renoncer à tous les traitements et interventions non urgents.

  • L’approvisionnement:il est assuré pour l’ensemble de la population. Les denrées alimentaires, les médicaments et les biens de consommation de base et prioritaires sont garantis. Les stocks sont suffisants et les marchandises peuvent toujours entrer en Suisse.

  • Les crèches:les cantons doivent garantir des offres d'accueil pour les enfants. Ainsi, les crèches ne peuvent pas être fermées s'il n’existe pas de solution de remplacement adéquate.

  • Les frontières:dès le 16 mars à minuit, toutes les frontières du pays seront partiellement fermées. Les contrôles mis en place vendredi 13 mars avec l’Italie sont étendus à la France, l’Allemagne et l’Autriche. Peuvent entrer sur le territoire suisse: les ressortissants suisses, les personnes ayant un permis de séjour et les personnes devant voyager pour des raisons professionnelles. Cela inclut les frontaliers. Le transport et le transit de marchandises demeurent autorisés. Toutes les frontières secondaires sont fermées. Cela doit permettre de canaliser le trafic vers les postes de douanes principaux. L’Administration fédérale des douanes doit encore en publier la liste précise.

  • L’armée:8000 militaires sont mobilisés pour soutenir le système de santé, la logistique et la sécurité. L’appui de l’armée passe ainsi de 800 à 8000 hommes et durera jusqu’à la fin du mois de juin 2020. L’armée doit apporter son aide en priorité aux hôpitaux. Elle aidera également pour des missions de logistique, pour renforcer la sécurité des ambassades et soutenir les garde-frontières.

Le but de ces mesures. Alain Berset, conseiller fédéral en charge de la santé:

«Stopper la progression du virus avec un confinement est illusoire. Mais nous devons ralentir cette progression. C’est très important et la population doit soutenir et respecter les mesures prises aujourd’hui.»

Le conseiller socialiste a également rappelé les consignes: garder ses distances, se laver les mains régulièrement, ne pas se réunir, rester à la maison, surtout si on est malade.

La présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, n’a pas caché son émotion au moment d’annoncer ces nouvelles mesures:

«Il est important que les décisions prises soient uniformes et claires pour tout le monde. Après les mesures décidées vendredi 13 mars, nous avons analyser la situation. La population n’ayant pas vraiment changé de comportement, nous avons décidé de renforcer les mesures restrictives. La situation est grave: il n'est plus possible de jouer au jass dans les restaurants! Une réaction forte s’impose dans tout le pays!»

Attitude individuelle. Le Conseil fédéral en appelle encore une fois à la responsabilité de la population. Il est nécessaire d’éviter tous les contacts superflus. En outre, les plus âgés doivent rester chez eux.

Les personnes à risque doivent dans la mesure du possible travailler depuis la maison. Si le télétravail n’est pas envisageable, elles doivent rester à la maison et être mises en congé par l’employeur. Le versement du salaire est garanti.

Pourquoi on évite le confinement général. Simonetta Sommaruga:

«Le shut down n’est pas encore nécessaire. Nous ne voulons pas mettre la totalité du pays à l’arrêt. Nous voulons que les gens restent à la maison le plus possible. Nous évaluerons si ces nouvelles mesures portent leurs fruits ou non. Si la population ne les respecte pas, nous seront forcés d’en venir au confinement.»

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