| | News

Retrouvez le discours de Greta Thunberg à l’OMS sur l’accès aux vaccins

Portrait géant de la jeune militante suédoise Greta Thunberg sur la façade d'un immeuble à San Francisco. | Keystone / AP / Jeff Chiu

Exceptionnellement, nous avons décidé de mettre cet article à disposition gratuitement. L'information a néanmoins un coût, n'hésitez pas à nous soutenir en vous abonnant.

L’appel à un ami. Greta Thunberg est venue à la rescousse de l’OMS, lundi 19 avril, dans ses tentatives d’assurer un accès équitable aux vaccins Covid-19. La jeune activiste suédoise, connue pour sa lutte en faveur du climat, a prononcé un discours de soutien à l’initiative Covax, chargée de fournir des doses aux pays à faible et moyen revenus, et assorti son soutien d’un don symbolique de 100'000 euros de la part de sa fondation.

Pourquoi une telle opération. Ce n’est pas cette modeste contribution financière qui changera la donne, car l’initiative manque avant tout de vaccins, distribuées en priorité aux pays riches. La Suisse, par exemple, a sécurisé près de 36 millions de doses – de quoi vacciner deux fois l’ensemble sa population. Dans son discours, Greta Thunberg a brocardé le choix «totalement contraire à l’éthique» des pays riches de continuer à prioriser leur population, alors que leurs ressortissants les plus vulnérables ont pour la plupart déjà été vaccinées.

L’arrière-plan. D’après l’OMS, 1 personne sur 4 a déjà reçu un vaccin Covid-19 dans les pays riches, contre moins de 1 sur 500 dans les pays à faible ou moyen revenu. Cette inégalité d’accès aux vaccins rend illusoire le contrôle global de la pandémie, laquelle est en train de repartir à la hausse dans la plupart des régions du monde. Si l’Afrique fait exception, le sous-continent indien, l’Amérique latine, la plupart des pays du Proche et du Moyen-Orient connaissent une vive résurgence, portée par les variants et une lassitude croissante des jeunes vis-à-vis des mesures sanitaires.

La barre des 3 millions de morts du Covid-19 dans le monde vient d’être franchie. «Nous avons les outils pour contrôler l’épidémie en quelques mois, si nous parvenons à les appliquer de façon cohérente et équitable», a estimé le directeur général de l’OMS, Tedros Ghebreyesus, en conférence de presse. Face au manque de doses – et aux difficultés rencontrées par les vaccins d’AstraZeneca et Johnson & Johnson –, l’organisation fait pression pour accentuer la livraison de doses en provenance des pays les mieux dotés.

La Dre Soumya Swaminathan, scientifique en chef de l’OMS, a rappelé la feuille de route stratégique de Covax:

  • à court terme (semaines et mois à venir), accentuer la livraison de vaccins, via notamment les donations des pays riches

  • à moyen terme, augmenter les capacités de flaconnage (fin de production, et goulot d’étranglement actuel) dans le monde, afin de produire davantage de vaccins

  • à plus long terme, développer de nouvelles capacités de production de vaccins dans les pays à faible et moyen revenus, notamment de vaccins à ARN messager, pour lesquels une déclaration a été signée vendredi 16 avril.

Le discours. C’est dans ce contexte que l’OMS a fait appel à la figure de Greta Thunberg. En duplex avec Genève, la militante de 18 ans a lu un discours que voici (traduit de l’anglais):

«La science montre qu’il est très probable que nous ayons à expérimenter, dans le futur, des pandémies de plus en plus fréquentes et dévastatrices, à moins que nous ne changions radicalement  notre façon de traiter la nature. Aujourd’hui, jusqu’à 75% des maladies émergentes proviennent des animaux. En rasant les forêts et en détruisant les habitats, nous sommes en train de créer les conditions idéales pour que des maladies se transmettent d’un animal à l’autre, puis vers nous. Nous ne pouvons plus séparer la crise sanitaire de la crise écologique, la crise écologique de la crise climatique, tout est interconnecté de multiple façons.

Pendant cette pandémie, nous avons vu ce que fournir des ressources à la science permettait de faire. Les vaccins ont été développés en un temps record. Mais jusqu’à présent, en moyenne, une personne sur quatre dans les pays à haut revenu ont reçu des vaccins contre le coronavirus, contre seulement 1 sur 500 dans les pays à faible ou moyen revenus. La communauté internationale, les gouvernements et les fabricants de vaccins doivent monter en gamme et s’attaquer à la tragédie de l’iniquité vaccinale. Nous avons les outils qu’il nous fait pour corriger cette injustice majeure dans la lutte contre Covid-19 dans le monde. Comme dans la crise climatique, priorité doit être donnée aux plus vulnérables, et les problèmes globaux nécessitent des solutions globales.

Il est absolument contraire à l’éthique que les pays riches soient en train de vacciner les personnes jeunes et bien-portantes si cela se produit aux dépens des personnes à risque et en première ligne dans les pays à faible et moyen revenus. Nous sommes face à un examen de moralité. Nous avons parlé de solidarité aujourd’hui, mais c’est le nationalisme vaccinal qui prévaut actuellement. C’est seulement au pied du mur que l’on montre son vrai visage. C’est la raison pour laquelle je soutiens, et beaucoup d’autres avec moi, l’OMS, Gavi et toutes les organisations impliqués dans l’initiative Covax, que je crois être la voie la plus sûre vers une distribution mondiale de vaccins plus équitable, et une sortie de la pandémie.»

Heidi.news sur Telegram, chaque fin de journée, recevez les articles les plus importants.
Inscrivez-vous!

Lire aussi