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Récits d'étudiants en médecine mobilisés au 144 à Genève

Mamadou Dramé et Tania de Oliveira en poste à la centrale du service des urgences des HUG. DR

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Tania de Oliveira et Mamadou Dramé se sont rencontrés le jeudi 27 février. Elle a 21 ans, lui 23 ans. Tous deux venaient d’être appelés pour venir renforcer d’urgence la centrale téléphonique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), soudain submergée par les appels et questions en lien avec le nouveau coronavirus. Tous deux ont immédiatement accepté. Le soir même à 18h, avec six autres camarades, ils suivaient une formation -comment le virus se transmet, quelle potentielle gravité les événements allaient prendre- afin d’être opérationnels dès le lendemain matin.

Tania et Mamadou étudient la médecine, elle en 2e année, lui en 5e. «Il y avait un côté un peu stressant, la peur de ne pas savoir quoi répondre», se souvient-elle. «J’étais super content de pouvoir participer face à la crise et aider avant même que les gens ne comprennent ce qu’il se passe», se souvient-il. Depuis leur poste, les étudiants suivent l’évolution de la pandémie à travers les consignes de l’Office fédérale de la santé publique et les questions de la population inquiète. Au départ, les gens demandaient: «Mon voisin est Italien, quels sont les risques? Est-ce que je peux attraper le virus dans le bus?» Puis, «J’ai tel ou tel antécédent, est-ce que je suis à risque? J’ai un peu de toux dois-je faire un test de dépistage? Je n’arrive pas bien à respirer, dois-je venir aux Urgences?»

Baignade dans le lac ou douleur dans la poitrine

Le 6 mars, soit huit jours après le début de leur mission, Tania et Mamadou et quatorze autres étudiants en médecine sont déplacés à la centrale du service des urgences -le 144- débordée à son tour par les appels. Les étudiants suivent une formation pour comprendre comment répondre au téléphone et ce qu’il se passe sur les six écrans qui leur font face. Leur rôle? Répondre, estimer la gravité de la situation, rediriger vers leurs collègues ambulanciers ou vers le médecin en chef si nécessaire et sinon répondre aux questions et rassurer.

Les inquiétudes ont des niveaux extrêmement variables: l’une appelle pour savoir si le Covid-19 peut se transmettre lors d’une baignade dans l’eau du Léman, l’autre parce qu’il se demande si ses symptômes sont ceux du virus alors qu’ils ressemblent dangereusement à ceux d’un infarctus. «Des gens appellent le 144 pour des choses peu grave et la ligne verte ou la centrale des HUG pour des choses graves, observent-ils. Il faut être très vigilants, rester à l’écoute, ne jamais banaliser ou avoir trop de préjugés.»

Apprendre à écouter

L’expérience est forte et instructive pour ces étudiants. «L’équipe du 144 est heureuse de nous avoir à ses côtés car nous la déchargeons. Les ambulanciers et les médecins en chef sont toujours disponibles pour nous aider et répondre à nos questions. Il y a une vraie solidarité, une vraie collaboration. Pas de pression, ni de rapport hiérarchique», apprécie Mamadou. «Nous apprenons à écouter, à poser les bonnes questions, c’est extrêmement enrichissant. Les gens font confiance à notre avis médical, c’est valorisant et impressionnant», poursuit Tania.

Leur contrat dure jusqu’à la fin avril. Suivant l’évolution de la situation, il pourrait être prolongé. Les examens de médecine ont été annulé, ce qui leur laisse du temps. Mamadou rédige actuellement son travail de master. En juin, il devrait passer à distance son examen de neurologie. L’exercice serait purement formatif et non-sanctionné.

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