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Quid de la polio en Suisse? «La première chose à faire c’est d’aller voir son carnet de vaccination»

Alessandro Diana est pédiatre infectiologue aux Grangettes et membre du Centre de vaccinologie des HUG. | Courtoisie

Décidément, les virus ont la peau dure. La polio est en train d’opérer un «come back» inattendu aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Alors que le monde caressait encore la perspective d’éradiquer cette maladie, endémique seulement en Afghanistan et au Pakistan, la question se pose maintenant d’éviter un retour en grâce sous nos latitudes. Nous avons demandé au Dr Alessandro Diana (HUG, Grangettes), pédiatre infectiologue et spécialiste en vaccinologie, de nous livrer son analyse.

Heidi.news – Faisons un point sur les fondamentaux. Que faut-il savoir sur la poliomyélite pour comprendre la situation?

Alessandro Diana – Même si la situation est inquiétante, pas de panique. On n’est pas devant l’émergence d’une nouvelle maladie, comme le coronavirus. La polio est très ancienne, dès l’Egypte antique on voit des représentations de personnes avec les membres inférieurs atrophiés. C’est une infection virale à ARN – ce qui veut dire qu’il mute facilement – qui se transmet par voie orofécale, c’est-à-dire par contact par les mains, mais aussi par exemple si vous mangez une salade avec de l’eau contaminée par quelqu’un qui ne s’est pas lavé les mains. Ce virus a un tropisme pour le système digestif, c’est là qu’il se loge, se multiplie et s’étend, pour finir dans les selles.

Il y a une phase de la maladie où il passe du tractus digestif vers le sang, et c’est là qu’apparaissent d’éventuels symptômes peu spécifiques, avec de la fatigue, de la fièvre, comme un rhume. Mais pour une personne sur 200, il a la mauvaise idée de passer dans le système nerveux central – on ne sait pas trop pourquoi – et d’attaquer la partie motrice du système nerveux. Ca aboutit à une paralysie, en général des membres inférieurs. C’est très débilitant, on ne peut plus marcher, et on peut aussi avoir des déformations, des genoux qui dévissent, ça donne ces images horribles qu’on connaît tous.

On infère l’existence d’une circulation virale par la surveillance des eaux usées, de façon indirecte. Pourquoi la polio est-elle aussi difficile à détecter?

Un diagnostic de polio c’est très difficile à voir parce que les symptômes sont très peu spécifiques. Si quelqu’un en consultation vient me voir en consultation avec un mal de tête ou un mal de ventre, en général je vais diagnostiquer une gastro-entérite et lui dire de revenir dans dix jours. C’est quand les personnes développent quelques semaines plus tard une paralysie des membres inférieurs qu’on voit qu’il s’agissait de la polio. Et hélas, à ce moment-là, il est trop tard. Mais il faut noter que cela n’arrive que chez quelqu’un qui n’a jamais eu la maladie ou reçu le vaccin.

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