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Quand je serai vacciné, est-ce que je devrai encore porter un masque à l’école?

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Des élèves de la classe de la Kantonsschule Wiedikon à Zurich en janvier 2021. | Keystone / Gaetan Bally

La semaine de réponses à nos lecteurs a inspiré plusieurs classes du cycle d’orientation de La Gradelle, à Chêne-Bougeries (canton de Genève). Une de leurs questions nous offre l’occasion de se pencher sur la vaccination chez les enfants et les adolescents:

«Quand je serai vacciné.e, est-ce que je devrai encore porter un masque à l’école?»

La réponse de Lorène Mesot, journaliste du Flux Santé. Salut à toi, classe 1011! Merci pour ta question. Après l’avoir reçue, j’ai passé quelques coups de fil en espérant secrètement pouvoir te dire que le masque aurait disparu à la rentrée à la faveur d’un redoux viral. Malheureusement, tu t’en doutes sûrement, la complexité de l’épidémie, ses rebondissements et notre rythme de vaccination incertain ne me permettent guère de t’écrire des mots optimistes et une réponse tranchée.

Je te propose d’attaquer ta question en deux temps parce qu’elle soulève deux thématiques qui, tu vas le voir, ne sont pas forcément liées:

  • Quelles sont les perspectives de vaccination pour les enfants et les adolescents? Sous quels délais pourront-ils recevoir le vaccin?

  • Quand et sous quelles conditions les plans de protection dans les cycles seront-ils assouplis?

Les vaccins pour les ados. Actuellement, le vaccin de Moderna est autorisé dès 18 ans et celui de Pfizer dès 16 ans. Les fabricants — et nos experts ici en Suisse — n’ont pas encore pu établir que ces vaccins étaient sûrs et efficaces chez les enfants et les adolescents, car les firmes pharmaceutiques ont testé leur produit seulement sur des volontaires adultes, dans un premier temps. Cela par principe de précaution et parce que les enfants atteints par Covid-19 présentent très peu de complications.

En décembre dernier, dans la foulée des résultats des premiers essais cliniques et parce qu’ils voyaient que ces deux vaccins fonctionnaient très bien, les fabricants américains Pfizer et Moderna ont commencé à tester leur vaccin chez les pré-adolescents et les adolescents, dès 12 ans. Depuis, ils ont lancé d’autres études chez les plus jeunes. Les premiers résultats pour les plus de 12 ans devraient arriver au début de l’été 2021.

Ces résultats seront scrutés avec beaucoup d’attention:

  • pour autoriser un vaccin, les autorités sanitaires comparent les risques aux bénéfices;

  • et comme les enfants ont très rarement des formes sévères de Covid-19, le bénéfice attendu sera faible;

  • pour équilibrer, il faudra donc que le niveau de sécurité soit extrêmement élevé.

Comment se passe la recherche. Pour voir si ces deux vaccins sont efficaces chez les enfants, la démarche n’est pas tout à fait la même que chez les adultes.

Ce qui est crucial lorsqu’on teste un vaccin, c’est la taille de l’échantillon — le nombre de volontaires — de l’essai. C’est essentiel, car il faut un grand nombre de participants pour démontrer qu’il y a une différence significative entre le nombre d’infections dans le groupe des personnes vaccinées et celui dans le groupe placebo. Autrement dit, que les gens vaccinés tombent beaucoup moins malades que les autres, voire pas du tout.

C’est dans cette optique que Pfizer et Moderne ont mené leurs premiers essais sur plus de 30’000 participants adultes chacun. C’est plus que trois fois l’Arena de Genève pleine à craquer.

Pour les enfants, il est très difficile de procéder de la même manière, parce qu’ils tombent très peu malades lorsqu’ils sont infectés. Il faudrait attendre très longtemps, ou recruter un nombre astronomique de participants pour identifier assez de cas Covid-19 dans l’essai. Ce qui est quasiment impossible, car les enfants sont plus difficiles à recruter que chez les adultes. L’essai clinique de Pfizer chez les 12 à 15 ans porte sur moins de 2300 volontaire et celui de Moderna chez les 12 à 17 ans prévoit d’en recruter 3000.

Tenaces, les scientifiques ont pourtant trouvé le moyen de se faire une idée de l’efficacité du vaccin chez les enfants et les adolescents, m’a expliqué le Dr Pierre-Alex Crisinel, pédiatre infectiologue au CHUV:

«Même si nous n’avons pas de données fermes sur l’efficacité comme pour les adultes, ces essais vont permettre de voir si les enfants vaccinés ont une réaction immunitaire équivalente à celle des adultes. En allant regarder les anticorps que les enfants vaccinés ont développés contre le Sars-CoV-2 suite à l’injection, on peut — par analogie — savoir si le vaccin leur confère une protection.»

Le calendrier. Si les résultats sont concluants, ce sont les fabricants qui devront demander à Swissmedic l’indication de leur produit pour les enfants et les adolescents. Pierre-Alex Crisinel note:

«Ce processus pourrait aller assez vite, une fois que le dossier est déposé, ça peut être l’affaire de quelques semaines si les données sont probantes.»

Une fois cette étape terminée, il faudra encore que l’OFSP ouvre sa stratégie vaccinale aux enfants et adolescents. L’office a établi des groupes prioritaires en prenant en compte les facteurs de risque. La grande majorité des adolescents ne risquant ni pour leur vie, ni d’alourdir le système de soins s’ils attrapent Covid-19, ils n’auront, selon toute vraisemblance, pas accès aux vaccins en priorité. Dans ce contexte, Pierre-Alex Crisinel émet des pronostics prudents:

«Au rythme des campagnes annoncé par la Confédération, probablement que la question de la vaccination des pré-adolescents et adolescents se posera au moment de la rentrée scolaire 2021. Mais je crois que c’est un scénario très optimiste. Je mise plutôt sur la rentrée des vacances d’automne.»

Les enjeux de la vaccination chez les jeunes. On peut faire ici une rapide digression et se poser une question: pourquoi vacciner les jeunes s’ils ne tombent pas malades quand ils attrapent Covid-19? Pour les autorités sanitaires, l’enjeu n’est pas individuel, mais collectif, explique Pierre-Alex Crisinel:

«Avec les nouveaux variants, on imagine qu’il faudrait au moins arriver à 80% de protection dans la population — par le vaccin ou par infection naturelle— pour atteindre l’immunité collective. De mémoire les moins de 18 ans en Suisse représentent environ 20% de la population totale. Donc il faudrait qu’il y ait vraiment une immense majorité d’adultes qui se vaccinent pour qu’on arrive à l’immunité collective sans enfants et adolescents vaccinés. C’est illusoire.

C’est pour cela que si la possibilité de vacciner les enfants existe, on risque de se tourner vers eux dans un second temps. Pour obtenir une couverture vaccinale globale. Sinon, il y a le risque qu’au sein de ce réservoir de population non vaccinée, le virus continue à circuler.»

Lire aussi: Quand est-ce qu’on en aura fini avec l’épidémie?

Et les masques en classe dans tout ça? Dans les collèges et les universités, la Confédération a imposé certaines mesures, telles que l’enseignement à distance et le port du masque. En revanche, dans les cycles d’orientation, les plans de protection sont gérés par le Canton. Théoriquement donc, si les cantons ne se coordonnaient pas, le Valais pourrait décider d’abolir le port du masque à partir de la rentrée et Genève de poursuivre.

Les cantons disposent d’une petite marge de manœuvre dans les cycles, parce qu’en matière de gestion de l’épidémie, ils peuvent se montrer plus sévères dans leurs restrictions que les standards demandés par le Conseil fédéral (comme c’est le cas avec le masque au cycle), mais pas plus souples.

Les plans de protection, notamment le port obligatoire du masque, sont réévalués régulièrement par le Département de l’instruction publique (DIP) et les autorités sanitaires cantonales. Ces derniers tiennent compte du faisceau d’indicateurs renseignant sur la circulation du virus (nombre de reproduction effectif, incidence des nouveaux cas, nombre d’hospitalisations,…).

Ainsi, le port du masque obligatoire n’a pas de date butoir.

Comme les vaccins sont encore de la musique d’avenir pour les adolescents et qu’il subsiste d’immenses incertitudes sur la suite de l’épidémie, impossible de savoir si vous pourrez enlever le masque parce qu’une immunité collective aura été atteinte sans que vous vous soyez personnellement vacciné, si seuls ceux qui auront reçu le vaccin pourront enlever le masque, ou encore s’il faudra avoir une majorité de personnes vaccinée par classe pour l’enlever. Une multitude de scénarios sont possibles et votre vaccination n’entre pas obligatoirement en compte, car elle est encore hypothétique.

J’ai soumis votre question à Laurent Paoliello, porte-parole du département de la santé du canton de Genève. Sans surprise, il s’incline devant un futur beaucoup trop incertain:

«La question est tout à fait bonne, mais malheureusement pour eux, c’est totalement prématuré d’y répondre.»

De son côté, Pierre-Alex Crisinel se montre plus enclin aux pronostics:

«Je suis à peu près persuadé que le masque continuera à être porté lors de la prochaine rentrée scolaire. Nous n’avons pas de boule de cristal, mais nous voyons la circulation du virus et la vitesse à laquelle nous arrivons à vacciner.

J’espère que la vaccination aura une influence sur les restrictions. Cela dit, j’ai vraiment de la peine à penser que la totalité des élèves se fera vacciner. Après, si une majorité est vaccinée, on devrait pouvoir enlever progressivement les restrictions. Mais à ce stade, je ne sais pas comment on va pouvoir gérer les classes où il y a 15 élèves vaccinés et 10 qui ne le sont pas, est-ce qu’on va demander à certains de porter le masque et à d’autres pas? Dans l’absolu c’est possible, mais c’est extrêmement difficile à anticiper.»

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