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Qu’attendons-nous, en Suisse et à Genève, pour entrer en lock-down complet?

Elka Gouzer

Exceptionnellement, nous avons décidé de mettre cet article à disposition gratuitement de tous nos lecteurs, tant ces débats sont importants pour bien réagir face à l'épidémie en cours et mieux la comprendre.

Jeudi dernier, j’ai adressé une lettre ouverte à nos autorités sanitaires via Heidi.news, dans laquelle je les suppliais de prendre les mesures draconiennes nécessaires pour ralentir la progression du coronavirus.

Vendredi, le Conseil fédéral a pris certaines mesures, dont la fermeture des écoles, en laissant aux cantons le soin d’en prendre d’autres en fonction de la situation locale, fédéralisme oblige.

«Durant tout ce beau week-end, les gens ont continué à se réunir dans les parcs, au bord du lac et du Rhône, sur les terrasses, et iront au travail demain comme si de rien n’était.»

Samedi, l’Espagne a suivi l’exemple de l’Italie et procédé à un lock-down intégral: fermeture des bistrots, et de tous les commerces non vitaux: seuls les pharmacies, les magasins de nourriture, les stations d’essence restent ouverts. L’Autriche, la Norvège, le Danemark sont en lock-down complets: personne ne sort de chez soi sans raison impérative, ou alors masqué car il est maintenant établi que le virus reste jusqu’à 3 heures en aérosol. La Belgique et la France sont en lock-down partiels. L’Allemagne a annoncé ce dimanche la fermeture de ses frontières avec trois pays, dont la Suisse.

La Suisse a un taux de contamination supérieur à la France et l’Espagne

J’étais certaine que la Suisse suivrait ces exemples pendant ce week-end, car nous sommes proportionnellement plus atteints que la France ou l’Espagne avec un taux de contamination de 256.2 cas par million d’habitants, juste derrière l’Italie qui teste beaucoup plus systématiquement que nous, et bien devant la Chine ou l’Espagne (source : www.worldometers.info/Coronavirus).

Mais non, rien. Les restaurants restent ouverts, les réunions de moins de 100 personnes restent autorisées. Durant tout ce beau week-end, les gens ont continué à se réunir dans les parcs, au bord du lac et du Rhône, sur les terrasses, et iront au travail demain comme si de rien n’était. Les aéroports restent ouverts et les contrôles des passagers arrivant d’Espagne ou d’Italie sont sommaires voire inexistants. Nos autorités fédérales et notre Conseil d’Etat genevois se contentent des demi-mesures déjà prises.

Sachant que chaque malade du Covid 19 contamine en moyenne trois autres personnes, ce weekend aura contribué à multiplier le nombre de personnes qui seront malades d’ici une à deux semaines par trois. Or, lorsque je prophétisais jeudi 12 mars dans ma première lettre ouverte que le nombre de malades en Suisse atteindrait vraisemblablement 600'000 d’ici la mi-mai, en me basant sur un doublement du nombre de contaminés tous les 6 jours, je me suis lourdement trompée. En fait, le nombre de malades double tous les 3 jours. Aujourd’hui, dimanche 15 mars, il y a 2'217 cas confirmés en Suisse, en augmentation de 842 depuis … hier.

Si les mesures sont prises demain… ce sera déjà trop tard

Mais qu’attendons-nous pour entrer en lock-down complet, à l’instar de l’Italie ou de l’Espagne? Qu’attendons-nous pour fermer nos frontières et aéroports? Qu’attendons-nous pour procurer des masques, pour les distribuer à la population en lui interdisant de sortir de chez elle non-masquée? On sait qu’une diminution du taux d’augmentation des cas intervient après environ douze jours à compter d’un lock-down. Pour l’Italie, ce sera en principe à partir de vendredi prochain. Si la Suisse décidait d’arrêter toute activité économique et sociale non essentielle dès demain, elle pourrait culminer vers le 29 mars à environ 250'000 malades, ce qui serait déjà ingérable. Mais chaque jour d’atermoiement repoussera la date à laquelle ça commence à se calmer et augmentera de manière exponentielle le nombre de personnes atteintes à ce moment-là.

A Genève, nos hôpitaux peinent à suivre avec «seulement» 107 cas confirmés. Comment feront-ils la semaine prochaine et la semaine d’après ?

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Elka Gouzer est avocate et femme d'affaires. Elle suit de très près l'évolution du coronavirus Covid-19 depuis janvier.

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