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Pourquoi le Conseil fédéral se contente d'uniformiser les mesures contre Covid-19

Alain Berset, le 15 octobre à Berne. | Keystone / Marcel Bieri

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La forte augmentation du nombre de contaminations des derniers jours inquiète le Conseil fédéral qui s’est réuni ce dimanche 18 octobre. A l’issue de cette séance extraordinaire, Simonetta Sommaruga, présidente de la Confédération, et Alain Berset, chef du Département fédéral de l’intérieur (DFI), n’ont pas fait d’annonces fracassantes, mais ont harmonisé les mesures de lutte contre l’épidémie pour l’ensemble du pays: port du masque obligatoire partout en Suisse, restrictions pour les manifestations privées et dans les restaurants, interdiction des rassemblements de plus de 15 personnes et recommandation du télétravail.

Pourquoi c’était attendu. Les cantons demandent depuis plusieurs jours une uniformisation des pratiques au niveau national. Plusieurs scénarios ont été envisagés ces derniers jours, mais un retour à la situation extraordinaire et un semi-confinement sont pour l’heure écartés: la vie économique et sociale peuvent continuer. L’uniformisation décidée doit également permettre de freiner la hausse des contaminations pour que la stratégie de retraçage des contacts menée par les cantons puisse se poursuivre de manière rigoureuse.

Les décisions en un coup d’œil.

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Le détail des mesures. Les nouvelles restrictions entrent en vigueur le 19 octobre sur l’ensemble du territoire. Les cantons sont néanmoins libres d’opter pour des restrictions plus strictes en fonction de l’évolution de l’épidémie sur leur propre territoire. Mais dès lundi, tous les cantons doivent:

  • Imposer le port du masque partout. Tous les lieux clos accessibles au public sont concernés: administration publique, magasins, centres commerciaux, banques, postes, musées, bibliothèques, cinémas, théâtres, salles de concert, espaces clos des jardins botaniques et des parcs zoologiques, restaurants, bars, discothèques, salons de jeux, hôtels, halls d’entrée et vestiaires des piscines, des salles de sport et des centres de fitness, cabinets médicaux, hôpitaux, lieux de culte, centres de conseil et maisons de quartier.
    Cette obligation concerne également les espaces clos où des réunions parlementaires ont lieu, si ces espaces sont accessibles à des visiteurs.
    Certains lieux extérieurs sont également concernés. Il faudra porter un masque sur les quais et dans les gares, dans les zones d’accès aux transports publics, ainsi que dans les aéroports.
    Toute infraction à cette obligation est passible d’une amende allant jusqu’à 10’000 francs et les infractions par négligence peuvent aller jusqu’à 5000 francs. Les poursuites incombent aux cantons.

  • Interdire les rassemblements spontanés de plus de 15 personnes dans l’espace public. Cela concerne les places, les parcs et les lieux de promenades. Le but est d’éviter que des réunions privées aient lieu dans l’espace public.
    Cela ne concerne pas les manifestations politiques et de la société civile. Ces dernières sont toujours soumises à autorisation préalable.

  • Restreindre les réunions privées. De nombreuses contaminations ayant lieu dans le cadre privé ou familial, le Conseil fédéral appelle à éviter de telles réunions. Si l’on souhaite tout de même organiser des manifestations privées de plus de 15 personnes (enfants de moins de 12 ans compris), il faudra s’assurer que les convives soient assis pour consommer et qu’ils portent un masque lorsqu’ils sont debout. L’organisateur devra par ailleurs garantir le respect des règles d’hygiènes en vigueur et collecter les coordonnées des participants.
    Les manifestations privées de plus de 100 personnes devront disposer de plan de protection, comme les manifestations publiques et ne pourront se dérouler que dans des lieux accessibles au public.

  • S’assurer que l’on consomme assis. Bars, restaurants et boîtes de nuit ne pourront servir boissons et aliments qu’une fois que les convives sont assis, à l’intérieur comme à l’extérieur.

  • Recommander le télétravail. Il n’est pas rendu obligatoire, mais les employeurs sont tenus de respecter les recommandations du l’Office fédéral de la santé publique en la matière. Pour Alain Berset, il s’agit:

«d’un élément important pour éviter le mouvement de personnes aux heures de pointe et d’éviter les contacts étroits sur le lieu de travail.»

Des décisions trop douces? Les mesures édictées ce dimanche par voix d’ordonnance sont assez légères et sont déjà en vigueur à Genève. Seront-elles suffisantes pour aplatir la courbe des nouvelles infections comme le souhaite le Conseil fédéral et ainsi freiner l’évolution de l’épidémie? Les deux conseilleurs fédéraux présents lors de la conférence de presse se sont exprimés sur les sujet.

Simonetta Sommaruga:

«Oui, on pourrait dire que les mesures prises aujourd’hui sont trop timides. Nous avons néanmoins conscience, au Conseil fédéral, que la situation est grave et qu’il est nécessaire de réduire le nombre de nouvelles infections. Nous espérons que ces mesures nous permettront d’aplatir la courbe de l’épidémie.

De plus, des mesures plus strictes auraient un impact considérable sur la vie économique et sociale du pays. Nous voulons donc tout faire pour éviter d’en arriver là. Mais si la voie choisie aujourd’hui ne fonctionne pas, alors, nous devrons prendre des mesures plus strictes.»

Alain Berset:

«En effet, nous n’avons pas présenté aujourd’hui les règles les plus fortes que nous aurions pu prendre. Nous faisons le choix d’un chemin moins coercitif.

Mais la deuxième vague arrive. Elle concerne l’ensemble du pays. L’évolution actuelle est inquiétante, mais nous ne devons pas en avoir peur. Il faut envisager l’évolution actuelle avec respect. Nous savons ce qu’il faut faire pour améliorer la situation: appliquer ce que nous avons appris ce printemps en matière de distance physique, d’hygiène des mains et de port du masque. Il est nécessaire que la population participe à cet effort de manière pleine et entière. J’appelle les gens à utiliser l’application SwissCovid, qui est plus que jamais pour informer les personnes concernées.

C’est un test pour l’ensemble de notre société et nous devons éviter une dégradation de la situation. Le taux de reproduction de l’épidémie (Re) est actuellement de 1,6, selon les experts. Cela représente un doublement des nouvelles infections d’ici une semaine. Il faut que l’on fasse redescendre ce taux en dessous de 1. Nous espérons vraiment que le chemin choisi nous permettent de reprendre le contrôle de l’épidémie.

Et, si ce chemin ne marche pas, la pression va augmenter rapidement pour que nous prenions des mesures plus fortes.»

Ce qu’il faut retenir. Alain Berset parle pour la première fois officiellement de deuxième vague, malgré le fait que les hospitalisations et les décès demeurent assez faibles. Le ministre de la santé table sur une forte augmentation des hospitalisations ces prochains jours et semaines vue la hausse actuelle des nouvelles contaminations. Il s’agit donc pour lui d’éviter une saturation du système de santé.

Les mesures annoncées ce jour représentent un pari, reposant sur la responsabilité individuelle. Elle sont bien plus timides que celles prises par ces voisins ces derniers jours: la France a ordonné un couvre-feu pour 20 millions de personnes et l’Allemagne exhorte ses habitants à s’auto-confiner.

Les deux conseillers fédéraux ont été clairs: il s’agit de préserver la santé de la population et aussi celle de l’économie. Si le Conseil fédéral ne succombe pas à la tentation du semi-confinement, on sent poindre cette menace en filigrane. Surtout au niveau cantonal: chaque canton a toujours la possibilité de prendre des mesures plus sévères s’il l’estime nécessaire.

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