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Pourquoi la Suisse crée la banque mondiale des excréments sur son sol

Préservé du mode de vie occidental, le microbiote de certaines populations d’Amazonie est deux à trois fois plus riche que celui des habitants des pays développés. | Microbiota Vault / Oscar Noya

Des chercheurs suisses collectent des selles dans le monde entier pour conserver la biodiversité du microbiote intestinal. Ils finiront dans les Alpes, peut-être dans un bunker de l'armée. Mais pourquoi les scientifiques s'adonnent-ils à cet étrange hobby, la chasse aux selles exotiques?

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Présenté à Bâle et à Zurich (et disponible sur différentes plateformes) début avril, le documentaire scientifique «L’extinction invisible» raconte la quête de deux scientifiques, Gloria Dominguez-Bello et Martin Blaser, pour sauver ce qu’il reste de la diversité des micro-organismes qui vivent dans notre intestin. La Suisse y joue un rôle central.

Avec l’aide de scientifiques helvètes, les deux savants projettent d’aménager un bunker dans les Alpes pour préserver des centaines de milliers d’échantillons de selles collectés dans le monde entier. Comme celui du Spitzberg pour les semences végétales, ce «coffre-fort» (Microbiota Vault) est destiné à conserver ces bactéries au moment où nous commençons tout juste à comprendre leur importance pour notre santé.

Pourquoi c’est intéressant. Notre intestin héberge naturellement des milliers de milliards de micro-organismes. Depuis quelques années, les recherches se multiplient pour comprendre le rôle de ce microbiote intestinal dans certaines maladies. On n’est qu’au début de ces travaux, mais derrière les incertitudes encore nombreuses se profilent de vrais espoirs.

Par homogénéisation des modes de vie, l’humanité a perdu beaucoup de la biodiversité originelle de son microbiote. Des scientifiques suisses des universités de Lausanne et Zurich, ainsi que de l’EPFZ, sont en pointe pour conserver ce qu’il reste de cette biodiversité. Leur coffre-fort de microbiote est entré en fonction.

De quoi on parle. Le microbiote est l’ensemble des bactéries qui vivent en symbiose avec les êtres humains. On les trouve dans les intestins mais aussi le vagin, les poumons, la bouche ou encore sur la peau.

L’importance de ce microbiote pour notre santé et son rôle dans le développement de certaines maladies est de plus en plus mis en évidence, de façon encore allusive dans la plupart des cas.

Directeur de l’Institut de microbiologie médicale de l’Université de Zurich et partenaire de l’initiative de coffre-fort à microbiote en Suisse (Microbiota Vault), Adrian Egli explique:

«Dans les pays développés, on observe une augmentation de maladies comme le diabète, l’obésité, la maladie de Crone, les rhumatismes et certaines maladies auto-immune. En parallèle, on assite à la diminution sans précédent de la biodiversité du microbiote.»

Le chercheur ajoute:

«Les liens entre ces deux phénomènes sont encore mal connus. Il sera nécessaire de les étudier sur de larges cohortes de population et dans le temps long pour déterminer s’il y a des formes de causalité entre ces phénomènes corrélés. Mais on ne pourra plus le faire pour les bactéries qui auront disparu.»

Il y a quelques premiers exemples de liens forts entre certaines pathologies et la perte de diversité du microbiote:

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