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Pour ses vingt ans, Stop Suicide s’attaque à l’isolement post-confinement

Pixabay / Fangirl

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Il y a 20 ans, ils n’étaient encore qu’une poignée de collégiens genevois en colère. Suite au suicide d’un camarade et choqués par le silence de l’établissement après ce décès, ils ont monté l’association Stop Suicide afin de briser le tabou et faire de la prévention auprès des jeunes. Aujourd’hui, l’association compte cinq professionnels, deux stagiaires, une cinquantaine de bénévoles et s’inscrit dans le programme national de prévention du suicide. Afin de fêter cette belle évolution, Stop Suicide organise une campagne de prévention spéciale de 8 mois, adaptée à la crise sanitaire actuelle, avec un volet sur l’isolement prévu en juin.

Pourquoi c’est nécessaire. Selon l’association et les spécialistes de la santé mentale consultés par Heidi.news, le déconfinement pourrait provoquer une forte demande d’aide en matière de santé mentale. À l’aide d’une campagne intitulée #StopIsolement, Stop Suicide veut rappeler que les petites attentions peuvent faire la différence et qu’en matière de prévention, chacun a un rôle à jouer.

Quel déconfinement pour les jeunes? Les effets psychologiques induits par la crise restent, pour l’heure, largement méconnus. Pour le Dr Stéphane Saillant, médecin-chef au Centre neuchâtelois de psychiatrie et vice-président du Groupe romand prévention suicide (GRPS), difficile d’anticiper la façon dont la population réagira au déconfinement.

Il identifie néanmoins plusieurs facteurs de risque éventuels chez les jeunes, tout en rappelant que les causes d’épisodes suicidaires sont multifactorielles.

Stéphane Saillant:

«La perspective d’une crise économique majeure avec d’importants impacts sur l’avenir professionnel de la population jeune adulte est à prendre en compte. En fonction du vécu de l’adolescent ou du jeune adulte pendant la période du confinement et de l’ambiance au sein du foyer familial, il pourrait y avoir des conséquences sur la dynamique de famille ou des proches. Enfin, la question des mesures de distanciation sociale pourrait aussi avoir un impact en terme de vécu d’isolement ou d’exclusion.»

Ce dernier élément a poussé Stop Suicide à avancer le volet de sa campagne consacré à l’isolement au mois de juin.

Sophia Perez, chargée de campagne à Stop Suicide:

«Certains aspects de la vie des jeunes resteront très différents de la normalité. Les théâtres, les cinémas, et les boites de nuit seront encore fermés. Notre public cible est âgé de 15 à 29 ans, c’est une tranche d’âge active en terme de sorties socio-culturelles et sportives. Ces activités qui permettent de décompresser et de se réunir ne seront plus accessibles.»

Au front contre l’isolement. Comment réapprendre à s’épauler sans se toucher? Vivre sans s’exclure? En restant attentif les uns aux autres et en multipliant les petites attentions, répond Sophia Perez. Un livre déposé dans une boite aux lettres, un repas mijoté pour le voisin, ou une ballade avec un ami sont autant de façons de redécouvrir la proximité avec la distance spatiale.

Stéphane Saillant souligne aussi l’importance du soutien au quotidien:

«Le fait qu’une grande partie de la planète soit soumise aux mêmes contraintes sanitaires peut favoriser une impression d’appartenance «groupale» au phénomène actuel. Peut-être que certaines habitudes sociales en seront bouleversées, mais il est beaucoup trop tôt pour l’affirmer. Je pense cependant fondamentalement que l’être humain est capable de ressources et de compétences pour faire face à ce type de situation.

La psychiatrie peut bien entendu venir en aide aux personnes en souffrance, mais il est important de rappeler que d’autres types de soutien (individuels, groupaux, spirituels, sociaux, citoyens, etc.) sont d’une importance capitale en période de crise.»

Dans la bienveillance. En Suisse, deux à trois personnes se suicident tous les jours. Il s’agit de la première cause de décès chez les jeunes de 15 à 29 ans.

Stop Suicide veut agir en amont du système hospitalier en aidant à identifier les signaux d’alerte, en encourageant la parole autour de la thématique du suicide et en fournissant des outils aux jeunes pour qu’ils puissent réagir.

Des actions qui doivent toujours être menées dans l’écoute de l’autre et la bienveillance, explique Sophia Perez:

«Le conseil est que si quelqu'un observe une accumulation de signaux d’alerte, que ce soit au niveau du sommeil, de la nutrition, ou de l’isolement, par exemple, il faut en parler. Discuter avec la personne sans l’accabler, ni la stigmatiser. Et surtout: montrer que demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, mais une grande force.

Il ne faut pas hésiter à contacter un professionnel qui aiguillera sur la façon de briser l’isolement. Lorsqu’une personne s’enferme dans l’isolement, c’est un cercle vicieux: en sortir demande de l’énergie et plus le temps passe, plus le cap à franchir semble important.»

#STOP. La campagne, qui a débuté le 4 mai, s’articule en sept volets mensuels, dont l’isolement en juin, mais aussi le tabou, l’indifférence et le harcèlement. Les contenus (témoignages, infographies ou encore statistiques) sont principalement diffusés via Facebook et Instagram.

Chaque début de mois, l’association diffuse une vidéo selon le thème. S’ensuit des contenus liés et variés. Afin de créer de l’interactivité, les abonnés recevront un quiz à la fin du mois, avec des lots à gagner sur tirage au sort.

Parallèlement, l’association prépare des outils de prévention, comme chaque année, qui seront affichés et distribués dans les lieux fréquentés par la jeunesse, et mis à disposition des établissement scolaires et des foyers, notamment.

L’idée de la campagne, synthétisée sous le slogan «nous pouvons toutes et tous être une bouée de sauvetage» est d’inviter chacun à devenir acteur de la prévention.

Le chemin parcouru. L’association, qui a dû annuler certains événements anniversaires du fait de l’épidémie, prépare une exposition qui retracera les actions entreprises par Stop Suicide et l’évolution de la prévention du suicide en Suisse romande, ces 20 dernières années.

Raphaël Thélin, coordinateur de Stop Suicide:

«Le début de l’histoire de Stop Suicide a presque été de l’activisme pour pousser les pouvoirs publics à admettre l’utilité et la nécessité de la prévention en dehors de ce qu’il se fait dans les hôpitaux. La démarche a fonctionné.

En 20 ans, le contexte a beaucoup changé en Suisse romande, et nous pensons que c’est notamment grâce à Stop Suicide. L’accès à l’aide en matière de  santé mentale s’est également beaucoup développé. Le nombre de suicides par année est en baisse constante.»

Besoin d’aide? N’hésitez pas à contacter les lignes d’aides de La Main Tendue (143) et de Pro Juventute (147).

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