Avec des anticorps chez 98% des Vaudois, «si on booste, on aura peut-être un bénéfice, mais il sera limité»

Côteaux du Lavaux (canton de Vaud). | Keystone / Jean-Christophe Bott

Ils ont tous vu le loup. Le dernier volet de l’étude de séroprévalence menée par Unisanté dans le canton de Vaud au mois de juin 2022 montre que presque tous les habitants du canton ont des anticorps dirigés contre le virus du Covid-19. Quant aux personnes non vaccinées, elles sont plus de 80% à arborer de tels marqueurs d’immunité, signes d’une infection passée.

Pourquoi on en parle. Les études de séroprévalence sont difficiles à interpréter, car l’immunité à Sars-CoV-2 et ses variants ne se résume pas à la simple présence d’anticorps spécifiques dans le sang. Mais ce résultat suggère que le réservoir de personnes susceptibles d’attraper le Covid-19 et de développer une forme grave est désormais très faible.

Les résultats clés. D’après les données communiquées par Unisanté:

  • Plus de 98% des Vaudois de 15 ans et plus avaient des anticorps contre Covid-19 en juin dernier, contre 25% en février 2021 et 83% en octobre 2021.

  • Ces anticorps (des IgG, identifiés par simple prise de sang) peuvent avoir deux provenances: une vaccination Covid-19 ou une infection passée par le virus.

L’infectiologue Valérie D’Acremont (Unisanté), qui supervise cette étude:

«Pour moi le message principal c’est que le virus a beaucoup circulé – en plus des cas documentés, on a des personnes non testées et des cas asymptomatiques – et ce, dans toutes les classes d’âge. Quand on cumule tous les gens ayant été infectés ou vaccinés, on obtient une immunité globale très élevée.»

En séparant la population selon leur statut vaccinal, il s’avère que:

  • Tous (99,9%) les vaccinés ont des anticorps dirigés contre Sars-CoV-2. Un tiers d’entre eux bénéficie même d’une immunité hybride (vaccin + infection naturelle).

  • Les personnes non vaccinées sont plus de 80% à avoir des anticorps dirigés contre Sars-CoV-2, qui trahissent une ou plusieurs infections Covid-19 dans le passé.

Fait intéressant: chez ces non-vaccinés, les 45-64 ans sont les moins susceptibles d’avoir eu une infection Covid-19 (63% environ).

«Pas très étonnant, interprète Valérie D’Acremont, «ce sont ceux qui travaillent, sortent moins et font moins la fête, finalement ils sont mieux protégés au bureau que les jeunes, qui sortent beaucoup, ou les seniors, souvent exposés à des contacts rapprochés au foyer.»

L’interprétation. Le réservoir de personnes susceptibles de souffrir d’une forme grave de Covid-19, et donc d’alimenter une possible vague d’hospitalisations à l’automne ou l’hiver prochain, est devenu très faible, juge Valérie D’Acremont:

«C’était déjà difficile de prédire cela avant, mais la multiplication de variants et de statuts vaccinaux fait que c’est devenu un véritable casse-tête. On peut quand même dire, sur la base d’une récente étude de Nature, que toute cette immunité peut en partie freiner les transmissions si on a le même variant cet hiver (Omicron BA.5, pour l’heure hégémonique, ndlr.). Elle peut surtout empêcher qu’il y ait une vague d’hospitalisations.»

L’étude en question, conduite par des épidémiologistes modélisateurs de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (Australie), a été diffusée en prépublication le 26 août 2022 et n’a donc pas encore été publiée dans une revue scientifique à comité de lecture, mais elle a été relayée dans Nature.

L’infectiologue vaudoise estime que le bénéfice d’une nouvelle campagne vaccinale de masse est loin d’être évident:

«Il est toujours possible qu’il y ait un petit réservoir et donc un petit bénéfice d’avoir une nouvelle campagne de rappel pour les personnes âgées ou fragiles. Et là, c’est un choix de société de dire à partir de combien d’hospitalisations on veut agir: on a des hôpitaux déjà surchargés, qui le seront encore plus cet hiver avec la grippe, qu’on aimerait protéger. Si on booste, on aura peut-être un bénéfice, mais il sera limité.»