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Pas de confinement mais des amendes pour les rassemblements de plus de 5 personnes

Le conseiller fédéral Alain Berset en conférence de presse. | KEYSTONE/Anthony Anex

Exceptionnellement, nous avons décidé de mettre cet article et ces graphes à disposition gratuitement tant ces données sont importantes pour bien réagir face à l'épidémie en cours et mieux la comprendre.

La rumeur de l’annonce d’un confinement de la population à domicile enflait depuis plusieurs jours. Mais finalement, c’est non. Le Conseil fédéral ne veut pas obliger les Suisses à rester chez eux et préfère continuer de miser sur la responsabilité de chacun pour freiner la propagation du coronavirus. Il durcit tout de même ses mesures et annonce une amende de 100 francs pour les rassemblements de plus de cinq personnes dans l’espace public. Il prévoit par ailleurs un nouveau soutien à l’économie de 32 milliards de francs.

Pourquoi c’est important. Face à l’aggravation de l’épidémie, les voix appelant au confinement se sont multipliées ces derniers jours parmi les médecins, les citoyens, mais aussi au sein de certaines autorités cantonales.

Le lundi 16 mars, en parallèle à des mesures fortes - fermeture des commerces et des frontières, mobilisation de l’armée, interdiction des manifestations publiques et privées -, le Conseil avait prié les Suisses d’éviter les contacts superflus et de rester chez eux le plus possible. De nombreuses personnes continuent de ne pas prendre ces recommandations très au sérieux, mais le Conseil fédéral refuse de mettre en œuvre ce qu’il qualifie de «politique spectacle».

La nouvelle mesure. Les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits sur l’espace public dans tout le pays. Les polices cantonales peuvent amender ceux qui ne respectent pas cette règle. Le montant de l’amende est fixé à 100 francs.

Les explications. Le Conseil fédéral a réitéré son appel à la population de rester à la maison et à ne sortir que pour aller travailler, se rendre chez le médecin, faire les courses ou aider quelqu’un.

Alain Berset, conseiller fédéral en charge de la santé, a rappelé que le nombre de personnes infectées en Suisse était en forte augmentation et que la propagation du virus était rapide dans le pays.

«L’heure est grave. Chaque personne a un rôle à jouer, tout le monde est concerné. Mais nous avons constaté ces derniers jours que nous devions encore renforcer le dispositif déjà mis en place pour limiter le contact social.

Nous nous sommes posé la question du confinement. Ce que nous faisions déjà est très proche des mesures prises dans les pays voisins. Nous ne voulons pas faire de politique spectacle. Ce qui est essentiel, pour freiner la propagation du virus, c’est l’adhésion de la population. Les décisions prises d’en-haut qui sont jugées trop dures provoquent des contre-réactions et ne sont pas efficaces.»

Le gouvernement pourrait-il encore décider d’un confinement ces prochains jours? Alain Berset:

«Il faut rester flexible. Je ne sais pas ce qui va se passer. Nous agissons si besoin. Mais c’est le comportement des gens qui sera décisif, pas la politique, pas les annonces. Je tiens aussi à rappeler que l’interdiction des rassemblements de plus de cinq personnes est déjà une restriction très forte à la liberté individuelle et qu’il faut bien en prendre la mesure.»

Les annonces économiques. La Confédération a dévoilé de nouvelles mesures pour soutenir l’économie. Elle prévoit de débloquer 32 milliards supplémentaires, après les 10 milliards déjà annoncés la semaine dernière. Ce nouveau montant a pour but de sauvegarder les emplois et de garantir les salaires, mais doit aussi aider la culture, le sport ou encore le tourisme.

  • Crédits aux entreprises. Vingt milliards de francs seront dédiés au cautionnement du crédit. Afin d’assurer leur viabilité, les entreprises qui rencontrent des problèmes de liquidités pourront obtenir rapidement des crédits auprès de leur banque, qui seront garantis par la Confédération à 100% jusqu’à un montant de 500'000 francs. Pour les crédits de plus de 500'000 francs, le cautionnement est assuré à 15% par la banque et à 85% par la Confédération. Le volume de crédit de 20 milliard sera soumis pour approbation à la Délégation des finances des Chambres fédérales dans les prochains jours.

  • Assurances sociales. Les entreprises touchées par la crise pourront repousser sans intérêt le versement des contributions aux assurances sociales.

  • Indépendants. Les personnes exerçant une activité indépendante qui subissent une perte de gain seront indemnisées si elles ne bénéficient pas déjà d’une indemnité ou de prestations d’assurance. Les indemnisations se feront à hauteur de 80% du salaire journalier. Les indépendants pourront aussi différer sans intérêt le versement de leurs contributions aux assurances sociales.

  • Chômage partiel. Il concernera aussi les employés temporaires. Le délai de carence (délai d’attente) pour pouvoir en bénéficier est supprimé.

  • Indemnisation. Les personnes salariées qui doivent interrompre leur activité professionnelle pour s’occuper de leurs enfants ou en raison d’une mise en quarantaine peuvent demander une indemnisation.

  • Loyers. Sur la question des loyers, le Conseil fédéral étudie encore diverses possibilités. Il appelle pour l’instant les bailleurs et les locataires à trouver des solutions à l’amiable.

Guy Parmelin, conseiller fédéral en charge de l’économie:

«Notre économie fonctionne à 80% de sa capacité. Nous devons tout faire pour la maintenir à un niveau suffisant.»

Le Secrétariat à l’économie prévoit une récession pour 2020. Les nouvelles prévisions, dévoilées jeudi 19 mars, tablent sur un recul du PIB à -1,5%. Pour la première fois depuis 2009, la Suisse devrait enregistrer une diminution de ses exportations. Il en va de même de la consommation privée. Sur le front de l’emploi, une augmentation du chômage à 2,8% est attendue.

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