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Où est Dieu dans tout ça? Cette pandémie est-elle le fruit de nos propres choix humains?

Daniel Fatzer

Pasteur bénévole à l'Eglise Saint-Laurent à Lausanne, Daniel Fatzer réagit à notre newsletter Vous êtes corona-fatigués! Nous aussi. De la crise du Covid-19, il tire une série d'interrogations sur le rôle de Dieu sur Terre, mais surtout sur celui des Hommes.

En ce week-end de Pentecôte, je partage votre fatigue et votre usure.

En tant que pasteur, je me demande chaque jour: où est Dieu, notre Père du Ciel dans tout cela?

Je ne le crois pas à l’origine de ce malheur, mais peut-être veut-il nous dire quelque chose à travers celui-ci?

Certains parlent de l’«ombre de Dieu» en commentant le livre biblique de Job. Ils parlent du mal qui pourrait être encore subtilement au service de Dieu. Et si pour nous arrêter dans notre folle consommation, notre ivresse des voyages, notre société spectacle, Dieu se servait du Mal (le coronavirus) pour nous appeler à un changement vers la décroissance, vers le local, vers le ici et maintenant de Sa présence? Présence qui seule devrait nous combler? Dieu n’est-il pas mystérieusement présent aussi via le Covid? Pas dans Sa dureté pour les malades, qui est terrible, mais dans Son coup de frein pour toute la société humaine?

Nous parlons de retour à la normale, mais est-ce bien cela que nous devons espérer? Car qu’est ce qui est normal après tout?

Notre vie d’avant le  Covid-19 était-elle même «normale»? N’étions-nous pas en train d’étouffer la planète Terre, qui se vengerait en nous étouffant à son tour par un virus asphyxiant?

Tout ça n’est-il pas une grande guerre entre la Création (la nature) et les créatures (nous, les citoyens du monde)?

On Le dit «tout-puissant»…

Et Dieu serait-Il un témoin, souvent silencieux, peut-être même «impuissant», de cette grande guerre que nous créons nous-mêmes et dont Il n’est pas Lui la cause.

On Le dit «tout-puissant», mais, comme le disait justement le professeur de théologie Pierre Gisel, «si Dieu est tout-puissant, Il ne peut l’être qu’en Amour».

Que peut-Il alors faire? S’Il n’est pas le grand magicien que nous aimons projeter sur Lui, n’a-t-Il pas les mains liées?

Je ne Le crois pas absent  de tout ce que nous vivons en ce moment.

Cette fois non pas sous le règne de César Auguste comme Jésus en son temps, mais sous le règne de Covid-19, qui s’impose à nous de façon autoritaire, sans négociation, menaçant de toutes parts, sournois, caché, se faufilant, nous forçant à nous méfier et à nous tenir à distance les uns des autres.

Au fond, ce que je viens de décrire me fait bien plus penser à un autre: le diable. Mais faut-il encore y croire? Cela semble un peu enfantin.

Même Jésus a connu l’horreur d’une mort par étouffement, sous l’impulsion du diable. On dit que c’est lui qui inspira Judas à livrer le Christ aux autorités de l’époque.

Le virus du Covid-19 se comporte bien comme une autorité mondiale aujourd’hui! Mais de quelle autorité s’agit-il? En tout cas pas une autorité qui veut le bien de l’humanité. Un autorité contraire à celle du Dieu qui nous aime et nous pardonne, le Dieu qui nous est donné à connaître en Jésus-Christ.

La Bonne Nouvelle, c’est que Jésus a finalement ressuscité. Pour ressusciter, il faut d’abord mourir. Tout cela est passé par la victoire momentanée du diable, avec la complicité de Judas, pour que Jésus meure, cruellement.

Et si notre humanité était en train de traverser une mort cruelle, afin de ressusciter à un monde nouveau?

Et si notre humanité était en train de passer par une épreuve semblable? Et si elle était en train de traverser une sorte de mort cruelle, qui la dépasse complètement, mais ceci afin de ressusciter à un monde nouveau, ou en tout cas renouvelé? Un monde où nous nous mettrions par exemple à respecter et à prendre soin de la Création belle et bonne que Dieu nous a confiée?

Un monde où nous retrouverions goût à prendre soin des uns les autres, tout autour de la planète, où nous réduirions l’écart entre les plus riches et les plus pauvres à toutes les échelles.

Et si toute cette douloureuse pandémie était le fruit de nos propres choix humains malheureux, et pas le choix d’un soi-disant Dieu, tout-puissant et infantilisant qui devrait résoudre Lui-même les problèmes que nous créons nous-mêmes?

Et si cette pandémie était là pour nous réveiller et nous faire prendre un nouveau chemin?

Né en 1952, Daniel Fatzer, marié et père de 3 enfants, a étudié la théologie à Lausanne et Vancouver avant de devenir pasteur de paroisse en 1983. Il a siégé 15 ans dans le Synode vaudois, parlement de l’église réformée. Il a créé un lieu ecclésial innovant au cœur de la ville de Lausanne dans l’église St Laurent, avec son collègue Jean Chollet, ce qui a provoqué des tensions avec les autorités cantonales de l’église et lui a valu d’être licencié. Contestant son licenciement, il a entamé une grève de la faim à l’été 2016 dans la même église. Le livre d’Arnold Jaccoud en 2019, «Coup de balai dans l’église vaudoise», en fait le récit. Daniel Fatzer est resté dans son poste pastoral, sans solde, comme «retraité actif».

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