| | News

Moins de grands prématurés pendant le confinement

Image d'lillustration | Pixabay/Samuel Lee

Les grands prématurés, ces bébés nés avant la 28ᵉ semaine de vie, sont rares. Et ils l’ont été encore plus pendant le confinement, comme le montrent deux études menées au Danemark et en Irlande. Certains pays ont en effet enregistré moins de naissances de ce type pendant la période de confinement.

Pourquoi on en parle. Des chercheurs du Danemark et d'Irlande ont examiné de plus près ce phénomène: les deux équipes ont constaté une diminution significative du nombre de bébés nés prématurément pendant le confinement de leur pays. Reste à comprendre pourquoi! Car cette observation reste encore difficile à expliquer…

Rappels. Avant de poursuivre, quelques rappels:

  • Une grossesse dure en moyenne 40 semaines.

  • On parle de naissance prématurée si l'enfant naît avant la 37ᵉ semaine accomplie.

  • Les grands prématurés naissent à moins de 28 semaines.

Les deux études. Ces études, d’abord rendues disponibles en prépublication, ont depuis été acceptées pour publication par les revues Archives of Disease in Childhood et BMJ Global Health.

  • Au Danemark. Les chercheurs danois ont examiné tous les bébés de 2015 à 2020 qui avaient exactement trois jours entre le 12 mars et le 14 avril, au moment du confinement dans le pays. Ils les ont ensuite divisés en différents groupes en fonction de la semaine de grossesse où ils sont nés. Leur conclusion est sans appel:

  • Les naissances prématurées extrêmes ont diminué de 90 % pendant le confinement.

  • Les chercheurs n'ont en revanche constaté aucune incidence du confinement sur les naissances prématurées de plus de 28 semaines.

  • En Irlande. Les conclusions sont comparables. Les néonatalogistes ont comparé les naissances prématurées de janvier à avril au cours des 20 dernières années. Contrairement à l'étude danoise, ils n’ont pris en compte que les très grands prématurés, à partir de 22 semaines de grossesse, ceux dont le poids à la naissance est inférieur à 1500 grammes ou à 1000 grammes.

  • Les chiffres montrent qu'en 2020, seuls deux bébés sur 1000 pesaient moins de 1500 grammes, alors qu’au cours des 19 dernières années, la moyenne était de huit sur mille.

  • Quant aux bébés de moins de 1000 grammes, c’est encore plus simple: aucun n’a vu le jour pendant le confinement. La deuxième étude irlandaise a également conclu que les naissances prématurées extrêmes ont diminué au cours de cette période.

Une limite, toutefois: comme les naissances de grands prématurés sont, de toute façon, très rares, ces deux études se basent sur une quantité de données assez faible.

Les causes possibles. Les chercheurs danois et irlandais ne peuvent que spéculer sur les explications possibles.

  • Les deux équipes citent le repos comme principale hypothèse: pendant le confinement, de nombreuses femmes enceintes ont travaillé à domicile, les longues heures de trajet et les activités physiquement exigeantes leur ont été épargnées. Les femmes enceintes pourraient ainsi avoir subi moins de stress, avoir dormi davantage et avoir pu profiter du soutien du reste de la famille. Tilo Burkhardt, médecin-chef de la clinique obstétrique de l'hôpital universitaire de Zurich, explique:

«Il est tout à fait possible que le confinement ait eu un effet positif, car le repos est la première prescription pour les femmes qui risquent d'accoucher prématurément.»

  • L'idée qu’une meilleure hygiène, due aux gestes barrières, ait permis de réduire le nombre d'infections chez les femmes enceintes semble également plausible, selon le gynécologue. Mais difficile de conclure à un lien de causalité. Il pourrait s’agir de pures coïncidences, estime-t-il.

«Je ne vois pas concrètement de quelles infections il pourrait être question. Un simple rhume, par exemple, ne provoque pas de naissance prématurée. Nous en savons bien trop peu sur les causes des naissances prématurées.»

Le cas de la Suisse. Comme le confinement a été moins drastique en Suisse que dans d'autres pays européens, on peut se demander si des observations comparables pourraient y être faites, estime Tilo Burkhardt. Pour sa part, il n'a remarqué aucun changement à l'hôpital universitaire de Zurich. Son équipe et lui s'occupent des grands prématurés (avant 28 semaines) dans le canton de Zurich.

«Mais nous allons certainement examiner les chiffres de plus près.»


L’étude à la loupe

Nom de l’étude. Changes in premature birth rates during the Danish nationwide COVID-19 lockdown: a nationwide register-based prevalence proportion study

Commentaire: Le Danemark dispose d'un registre national des naissances. L'ensemble des données est donc très complet. Cependant, le nombre de naissances de grnd prématurées - celles qui ont diminué - ne représente que moins d'un pour cent de l'ensemble des naissances. Comme l'étude est une étude d'observation, elle ne peut pas établir de lien de cause à effet entre le nombre réduit de naissances et le confinement.

Fiabilité. 31 180 naissances, dont 1566 prématurées et 58 extrêmement prématurées, revues par des pairs.

Type d'étude. Etude observationnelle.

Cet article a initialement été publié en allemand par notre partenaire éditorial Higgs.ch

newsletter_point-du-jour

Recevez chaque matin un résumé de l'actualité envoyé d'une ville différente du monde.

Lire aussi