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Les symptômes du Covid-19 chez l’adulte et l’enfant, des plus bénins aux plus préoccupants

La fièvre est un symptôme du Covid-19, mais pas recensé dans 100% des cas. | Toshiyuki IMAI/FLICKR/CREATIVE COMMONS

En raison des circonstances exceptionnelles et de l'intérêt public de cet article pour comprendre les enjeux sanitaires de la crise du coronavirus, nous le mettons à disposition gratuitement pour tous nos lecteurs.

Alors que la pandémie de Covid-19 déferle sur le monde, les personnes touchées par le virus le sont de façon inégale. Certains présentent des symptômes légers. D’autres montrent des symptômes sévères justifiant une prise en charge médicale hospitalière: difficultés à respirer, accélération du rythme cardiaque, manque d’oxygénation du sang… Une fraction d’entre eux devra être admise en soins intensifs. La partie immergée de l’iceberg, enfin: les porteurs asymptomatiques, qui ne déclarent aucun signe clinique, ou alors trop vagues pour être préoccupants. Le point sur la diversité des symptômes dans la population.

Pourquoi on en parle. Le tableau clinique de la maladie est parfois disparate d’un patient à l’autre: pour les formes légères à modérées de la maladie, il faudrait parler de probabilité de développer tel ou tel symptôme plutôt que de les voir comme une liste de cases à cocher pour évoquer une suspicion de coronavirus. Certains signes, comme la fièvre, les courbatures, la toux, peuvent être retrouvés dans d’autres infections respiratoires et autres états grippaux. D’autres, comme la perte du goût ou de l’odorat sans encombrement nasal, semblent plus atypiques.

La répartition des cas par sévérité. Au fur et à mesure que l’épidémie progresse, les études observationnelles se multiplient pour tenter de caractériser les symptômes recensés chez les personnes testées positives au coronavirus.

En février, le Journal of American Medicine a publié la caractérisation de la maladie à partir de plus de 70’000 patients (dont 44’000 confirmés par test PCR, les autres étant diagnostiqués par d’autres biais, comme le scanner thoracique), réalisée par le Chinese Center for Disease Control and Prevention. Les cas se répartissent comme suit :

  • 81% de formes légères de la maladie. Cela correspond aux patients dont la maladie ne touche pas les poumons, ou qui ne souffrent que d’une pneumonie sans signes de gravité.

  • 14% de formes sévères. Il s’agit des cas où les patients ressentent un essoufflement, voient leur fréquence respiratoire s’élever au dessus de 30 respirations par minute, voient la saturation en oxygène du sang chuter sous les 93%, ou présentent des infiltrations pulmonaires graves qui durent plus de 24 à 48h.

  • 5% devant être admis en soins intensifs en raison d’un syndrome respiratoire aigu (SDRA). Si la mortalité, pour les cas confirmés, est en moyenne de 2,3%, elle s’élève à 49% pour les cas cas critiques.

Le graphe ci-dessous montre cette répartition. Il faut toutefois noter qu’elle dépend du périmètre des tests réalisés, et ne fait pas apparaître les patients asymptomatiques.

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OurWorldInData, données Chinese CDC

Les cas asymptomatiques. Ils semblent beaucoup plus nombreux que ce qu’on imaginait lors des débuts de l’épidémie. Les estimations diffèrent en fonction des études, mais une chose est certaine: les personnes asymptomatiques semblent représenter la partie immergée, difficilement visible, de l'iceberg.

C’est ce qu’a récemment montré une publication dans Science du 16 mars. Ces chercheurs ont modélisé la transmission de la maladie en Chine avant la mise en place de restrictions de déplacement le 23 janvier. Selon leurs conclusions, 86% des infections totales étaient inconnues à cette date. Ils estiment que les patients asymptomatiques, et donc en dehors des radars du système de soin, peuvent représenter l’équivalent de plus de 55% des cas documentés.

En Italie, le professeur d’immunologie Sergio Romagnani a évalué que 50 à 75% des malades pourraient être asymptomatiques, mais pourtant bien vecteurs de contagion, rapporte le British Medical Journal.

La fréquence des symptômes. Ainsi que le notait l’OMS fin février dans son rapport d’observation de la maladie en Chine, la plupart des signes cliniques sont non spécifiques, c’est-à-dire qu’ils peuvent recouper ceux observés avec certains états grippaux. Un malade ne va pas forcément tous les présenter systématiquement. L’OMS énumère les symptômes suivants, par ordre de fréquence: fièvre (88%), toux sèche (67%), fatigue (38%), production de mucus au niveau des poumons (34%), essoufflement (19%), douleurs musculaires ou articulaires (15%), mal de gorge (14%), maux de têtes (14%), frissons (11,4%), nausées (5%), et enfin congestion nasale (5%, ce qui est très faible par rapport au rhume classique) et diarrhée (4%).

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Our World in Data, données OMS

D’autres signes atypiques. De l’Asie à l’Europe, des médecins ont constaté un symptôme atypique du Covid-19: la perte, totale ou partielle, du goût et de l’odorat. Dans un communiqué, l’Association britannique des spécialistes ORL note que ce symptôme était même le seul (ou en tout cas le symptôme principal) chez 30% des personnes testées positives, mais présentant une forme légère de la maladie en Corée du Sud. La perte du goût ou de l’odorat dans le cadre d’une infection sont des phénomènes documentés pour d’autres pathologies, le plus souvent réversibles.

Le tableau clinique en cas d’hospitalisation. Les symptômes précédents sont peu graves, et à eux seuls, ne justifient pas une prise en charge hospitalière. Les signes de gravité sont jugés par les médecins en fonction de plusieurs critères:

  • Pneumonie grave (la pneumonie légère n’étant pas forcément un facteur d’hospitalisation).

  • Baisse de la saturation de l’oxygène dans le sang (hypoxémie).

  • Respiration rapide (plus de 20 par minute).

  • Existence d’autres pathologies chroniques risquant de décompenser (par exemple diabète).

  • Ou encore évolution clinique rapide et défavorable.

L’hospitalisation permet dans ce cadre de surveiller l’état général des patients, éventuellement de leur fournir de l’oxygène à l’aide d’un masque en cas d’hypoxémie. Cet état peut brutalement basculer en syndrome de détresse respiratoire aigu, qui peut alors nécessiter une assistance respiratoire urgente et une intubation.

L’âge et les autres facteurs de risque. Nous sommes inégaux face au risque de complication du coronavirus selon l’âges et les autres pathologies médicales. Les enfants ou jeunes adultes de moins de 19 ans ne représentent que moins de 1% des cas recensés sur 45’000 dans le JAMA. Le pourcentage s’élève à 8% pour les adultes de 20 à 29 ans, à 87% pour les adultes de 30 à 79 ans. Enfin, les plus de 80 ans représentaient 3% des cas, mais ces derniers sont plus à risque de complication.

Pour y voir plus clair dans la tranche d’âge, certes assez large, de 30 à 79 ans, on peut examiner une autre publication, cette fois du New England Journal of Medicine, qui s’intéresse à environ 1000 patients confirmés en Chine. La tranche d’âge des 15 à 49 ans y représente 55% des cas, mais seulement 41% des formes graves. Celle de 50 à 64 ans, 29% des cas et 31% des cas graves. Enfin, les plus de 65 ans forment 15% des cas confirmés, et 27% des cas graves.

Il faut toutefois garder en tête que ces disparités s’expliquent aussi par le poids des facteurs de comorbidité. Or, la prévalence de ces derniers augmente aussi avec l’âge. En ce qui concerne les facteurs de risque, cette étude montre ainsi que les deux principaux sont l’hypertension artérielle (24% des cas graves) et le diabète (16%).

En ce qui concerne les fumeurs, ils sont, toujours selon cette étude, plus nombreux (21,2% des fumeurs testés positifs) à déclarer une forme grave de la maladie que les non-fumeurs (15,5% des non-fumeurs testés positifs).

Les enfants. Ils sont les moins représentés parmi les cas graves, mais cela ne signifie pas qu’ils ne puissent pas être vecteurs, et parfois malades. Selon une étude américaine à paraître dans Pediatrics, sur 2000 enfants testés positifs, les enfants symptomatiques présentent moins de signes de gravité que les adultes: seulement 5% d’entre-eux présentaient des signes de gravité (comme l’essoufflement ou l’hypoxémie), contre 14% en moyenne chez l’adulte. Seuls 0,6% ont souffert d’un SDRA, contre 5% des adultes. Les enfants présentent plus souvent des infections des voies respiratoires supérieures (nasopharynx) que des voies respiratoires inférieures (poumons), notent-ils.

Cette étude note aussi que 13% des cas recensés chez l’enfant étaient entièrement asymptomatiques, un chiffre là aussi certainement sous-estimé. D’autres études ont aussi suggéré que la voie de transmission orofécale (la charge virale étant aussi excrétée dans les selles) puisse jouer un rôle dans le cadre des contagions intrafamiliales, en particulier chez les jeunes enfants devant être régulièrement changés.

Rectifié le 27 mars à 11h04 (données cliniques NEJM sur les âges des cas confirmés et des cas graves)

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