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Tout ce qu'il faut savoir sur la vaccination Covid-19 en Suisse

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Où en est-on de l’avancement des campagnes de vaccination Covid-19? Qui sont les personnes prioritaires? Quels vaccins sont utilisés en Suisse ou dans le viseur des autorités sanitaires? Où en est-on de l’hésitation vaccinale?

Heidi.news fait le point (actualisé régulièrement).

Où en est la vaccination sur le terrain?

Les cantons de Genève, Fribourg, Neuchâtel et du Valais ont démarré leurs campagnes de vaccination le 28 décembre, le canton de Vaud le 30 décembre, et le Jura le 4 janvier. Plusieurs cantons romands ont commencé la vaccination dans le groupe non prioritaire (adultes volontaires de moins de 65 ans). Situation:

  • Jura, Fribourg, Valais: 65 ans et plus

  • Neuchâtel: 55 ans et plus (depuis le 12 avril)

  • Genève: 45 ans et plus (depuis le 12 avril)

  • Vaud: 50 ans et plus (depuis le 14 avril)

Au 14 avril, l’OFSP évalue à près de 2 millions le nombre total de doses administrées en Suisse. Sur cette base, on dénombre 1,2 million de personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin, et présentant de ce fait une immunité contre Covid-19.* Cela représente 13% de la population du pays.

Au 11 avril, avaient reçu au moins une dose de vaccin:

  • 70% des personnes de 75 ans et plus

  • un peu plus de 50% des personnes de 65 ans et plus

Les autorités sanitaires cantonales romandes font état d’une très bonne réception des vaccins chez les personnes âgées vulnérables, avec des taux de vaccination entre 80 et 100% en EMS.

Les effets de la vaccination commencent à se faire sentir sur le système sanitaire, les décès et les hospitalisations étant en baisse chez les plus de 80 ans. Ils ne sont pas encore sensibles, en revanche, aux soins intensifs.


* Le taux de protection conféré par les vaccins à ARN messager est élevé dès la première dose. Au bout deux semaines après la première injection (le temps que les anticorps apparaissent), les CDC américains estiment qu’elle est de 80%. De ce fait, le pourcentage de personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin est un bon indicateur du niveau d’immunité vaccinale au sein de la population.

Comment vont progresser les campagnes?

Les livraisons de vaccins ont monté en puissance à partir d’avril (1,5 millions de doses prévues), avec un plateau élevé prévu de mai à juillet (3 millions par mois). Après une longue stagnation en mars et début avril, le rythme de vaccination est désormais en forte hausse et dépasse les 35’000 vaccinations par jour.

Le 25 mars 2021, l’OFSP a communiqué ses scénarios pour l’ouverture de la vaccination aux différents groupes-cibles, qui dépendent de la mise à disposition du vaccin d’AstraZeneca et de l’ampleur de l’hésitation vaccinale:

  • On se dirige vers une ouverture de la vaccination à tous (tous les adultes volontaires) courant juin, sous réserve que les livraisons de vaccins suivent le calendrier prévu.

  • Après avoir longtemps évoqué fin juin, les autorités sanitaires tablent désormais sur fin juillet pour avoir tous les adultes volontaires vaccinés (avec une première dose).

La levée des mesures de santé publique les plus contraignantes pourrait découler de ce calendrier vaccinal. C’est ce qu’a laissé entendre Virginie Masserey, responsable de la division maladies infectieuses de l’OFSP, le 25 mars 2021 en conférence de presse:

«L’immunité de groupe on ne sait pas exactement où elle est, elle est probablement assez haute et on aura probablement des cas en août en dépit de 75% de la population éligible vaccinée. Mais on ne pourra probablement plus justifier de bloquer l’économie et la liberté sociale à partir du moment où il y aura assez de vaccins pour vacciner ceux qui le veulent.»

L’objectif fédéral reste optimiste, et représente un défi logistique important pour les cantons. Le 13 avril en conférence de presse, Rudolf Hauri, président de la conférence des médecins cantonaux, a officialisé la divergence de vues entre la Confédération et les cantons, en estimant qu’il faudrait «probablement attendre jusqu'à l'automne pour que toutes les personnes qui le souhaitent soient vaccinées».

Quels vaccins sont utilisés en Suisse?

Swissmedic a autorisé le vaccin à ARN messager de Pfizer-BioNTech le 19 décembre 2020, sous le nom de Comirnaty, et celui de Moderna, le 9 janvier 2021. Ce sont les deux seuls vaccins Covid-19 employés à ce jour en Suisse.

Lire aussi: Les coulisses de la mise sur le marché des vaccins Covid-19 par Swissmedic

Trois autres candidats (Oxford-AstraZeneca, Jonhson & Johnson, et CureVac) sont en cours d’examen auprès de Swissmedic, selon une procédure de rolling submission qui permet de traiter les données au fil de l’eau.

Le 3 février, Swissmedic a décidé de surseoir à la délivrance d’une autorisation de mise sur le marché au vaccin à adénovirus d’Oxford-AstraZeneca, dans l’attente des résultats complémentaires d’efficacité en provenance notamment des Etats-Unis, les données actuelles étant jugées incomplètes. La décision devrait intervenir dans les jours qui viennent.

Le vaccin à adénovirus de Johnson & Johnson, homologué aux Etats-Unis et en Europe, a reçu le feu vert de Swissmedic le 22 mars 2021. Mais la Confédération a pour l’heure renoncé à l’utiliser, faute d’avoir pu négocier un accord de livraison suffisamment rapide avec le fabricant.

Le vaccin à ARN messager de CureVac est en cours d’examen auprès de Swissmedic depuis le 15 avril 2021. Son essai de phase 3 est encore en cours (Europe et Amérique latine), et une homologation n’est pas attendue avant l’été.

Combien de doses de vaccins sont disponibles?

Au 14 avril, la Confédération avait distribué plus de 2,4 millions de doses des vaccins de Pfizer et de Moderna aux cantons. Ces doses sont réparties dans les cantons selon une clé de répartition fondée sur la population des groupes-cibles à vacciner (les plus de 65 ans et personnes vulnérables à Covid-19, à ce stade).

D’après l’OFSP, c’est surtout en mai-juin que les livraisons de vaccins connaîtront une hausse importante, qui permettra d’accélérer la cadence et d’engager la vaccination de masse. Livraisons de doses des vaccins de Pfizer et Moderna à ce jour:

  • janvier: 500’000 doses

  • février: 640’000

  • mars: 1 million

Calendrier prévisionnel:

  • avril: 1,5 million

  • mai: 3 millions

  • juin: 3 millions

  • juillet: 3 millions

Qui se charge de quoi et où?

L’armée prend en charge les vaccins à leur arrivée sur le territoire suisse. Elle les stocke dans des entrepôts équipés de congélateurs à ultra-basse température, dont les emplacements sont gardés secrets, et se charge de la distribution aux cantons. Ces derniers prennent ensuite le relais pour administrer le vaccin à la population.

Des équipes mobiles ont été mises en place, principalement pour vacciner dans les EMS. Les cantons ont ouvert nombre de centres de vaccination ad hoc sur des sites indépendants (salles de gymnastique, locaux de la protection civile…) et dans les hôpitaux, pour réaliser le gros des vaccinations.

Les cabinets médicaux et les pharmacies ont aussi vocation à participer au dispositif. Les médecins ont déjà commencé à vacciner dans certains cantons, comme le Valais (début janvier), Fribourg (début février), Vaud (début mars).

Lire aussi: A Genève et Lausanne, bientôt des centres de vaccination XXL

Pour anticiper la phase de vaccination de masse en mai-juin, les cantons de Genève et de Vaud sont en train de mettre en place des centres de vaccination de grande taille, respectivement à Palexpo (où les vaccinations seront opérées par des médecins, infirmiers, assistants médicaux et pharmaciens) et au Palais Beaulieu (par des soignants et des étudiants en santé).

La vaccination est-elle obligatoire?

Non. Face au développement accéléré des vaccins et à l’hésitation vaccinale galopante, un consensus international se dégage pour ne pas rendre la vaccination anti-Covid-19 obligatoire. En Suisse, les autorités politiques et sanitaires ont toujours été claires sur ce point: pas plus qu’avec une autre maladie, il n’y aura pas de vaccination obligatoire générale contre Covid-19.

La question reste ouverte dans certaines professions, comme les personnels en hôpital et en EMS — où l’hésitation vaccinale est en général assez importante. On évoque par exemple un tiers de personnels de santé habituellement rétifs aux vaccins au HUG. Mais pour l’heure, cette option ne semble pas être sur la table.

Où en est-on du passeport vaccinal?

C’est en cours. Le 24 mars en conférence de presse, Anne Lévy, directrice de l’OFSP, a annoncé que l’office travaille sur un certificat d’immunité Covid-19 qui devrait être disponible pour l’été. Les défis pour son élaboration sont nombreux. Il ne doit pas être falsifiable et doit pouvoir être reconnu à l’étranger, notamment par les pays de l’Union européenne qui planchent sur un passeport sanitaire commun. Le document devrait se présenter sous forme de document personnel, sans doute sous forme de QR code (papier ou électronique), sans stockage centralisé des données.

(D’abord focalisé sur la vaccination, le certificat d’immunité suisse devrait dans un second temps être adapté pour pouvoir incorporer d’autres informations pertinentes pour évaluer l’immunité: la date d’une éventuelle infection Covid-19 passée, et les résultats d’un test PCR négatif récent.)

Quant à la plateforme MesVaccins.ch, qui regroupe les certificats de vaccination ordinaires, elle a été suspendue le 22 mars 2021 à la demande du préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, après que de grosses failles de sécurité ont été mises en évidence par la presse.

Où en est-on de l’hésitation vaccinale?

Elle diminue doucement. Très élevée avant l’arrivée des vaccins (plus d’un Suisse sur deux), l’hésitation vaccinale a connu une forte décrue avec l’homologation des premiers vaccins Covid-19 en Suisse, à l’efficacité très élevée et au profil de tolérance globalement bon. Elle décroît doucement depuis.

Les sondages donnent actuellement un Suisse sur cinq (20%) rétif aux vaccins Covid, et presque un Suisse sur quatre (28%) indécis ou dans l’expectative.

Les jeunes et les actifs sont un peu plus réticents à la vaccination Covid-19 que la population générale, de même que les femmes. Les sympathisants UDC le sont clairement beaucoup plus que ceux des autres partis, puisqu’ils sont pratiquement un sur deux à ne pas l’envisager.

Selon un autre sondage réalisé pour l’OFSP mi-mars, avec des propositions de réponses légèrement différentes, le nombre de personnes totalement rétives au vaccin serait autour de 13%, à quoi s’ajoutent 10% de personnes «plutôt» opposées.

Quelle est la stratégie de vaccination?

L’OFSP et la Commission fédérale de vaccination ont mis au point une stratégie de vaccination à cinq niveaux de priorités, que voici:

Les plus de 65 ans et les personnes que leur état de santé (diabète, obésité, cancer, etc.) rend vulnérables à Covid-19 seront vaccinés en premier lieu, ce qui représente environ deux millions de personnes. Ils seront suivis du personnel soignant et d’encadrement des personnes à risque (P2), exposés au virus et très sollicités par la crise sanitaire. L’entourage proche des personnes vulnérables (P3) et les résidents d’institutions collectives à risque (P4) suivront, avant d’ouvrir la vaccination à tous les adultes volontaires (P5).

L’arrivée au compte-gouttes des premières doses a nécessité d’introduire des sous-groupes au sein du premier groupe cible. Avec, par ordre de priorité:

  • les plus de 75 ans et les malades chroniques à haut risque (on en est à ce stade dans la plupart des cantons),

  • les personnes âgées de 65 à 74 ans,

  • les moins de 65 ans souffrant de maladies chroniques.

L’organisation en groupes-cibles est indicative, et chaque canton décide de la mise en œuvre concrète. Dans les faits, certains cantons ont décidé de commencer à vacciner les professionnels de santé (groupe 2) avant d’avoir fini les vaccinations des personnes vulnérables et âgées (groupe 1), comme le Valais ou Genève.

Les femmes enceintes posent un problème particulier: reconnues comme vulnérables à Covid-19 depuis cet été, elles sont toujours une cible délicate en vaccinologie. Il faudra attendre des données de sécurité plus précises pour décider d’étendre la vaccination aux femmes enceintes. Une vaccination est toutefois possible au cas pour cas, lors du deuxième ou troisième trimestre de grossesse, sur prescription du médecin spécialiste (gynécologue, en général).

La validation des vaccins en population pédiatrique nécessite aussi des études spécifiques. Les enfants et adolescents ne sont donc pas encore concernés par la vaccination. Le risque infinitésimal de forme grave de Covid-19 en fait une cible moins prioritaire du point de vue de la santé publique. Ils constituent en revanche une cible intéressante en vue d’atteindre une forme d’immunité collective par la vaccination.

Lire aussi: Quand est-ce qu’on en aura fini avec l’épidémie?

Le vaccin de Pfizer, utilisable dès 16 ans, vient de faire ses preuves chez les adolescents de 12 à 15 ans, et devrait donc voir son autorisation de mise sur le marché adaptée. Celui de Moderna est aussi à l’essai chez les adolescents, et un essai clinique chez les enfants de 6 mois à 11 ans a été lancé en mars 2021.

Quel est l’objectif de la vaccination ?

Il est triple:

  • diminuer la charge de la maladie, en prévenant notamment les cas graves et les décès

  • maintenir le système de santé à flots

  • réduire les conséquences économiques et sociales de la crise, en réduisant aussi la circulation du virus

Combien de doses ont été pré-commandées?

Près de 36 millions de doses ont été sécurisées via des contrats de pré-commande auprès des fournisseurs. Elles se répartissent ainsi:

  • le vaccin européen d’Oxford et AstraZeneca, pour 5,3 millions
    de doses,

  • le vaccin américain de Moderna, pour 13,5 millions de doses,

  • le vaccin américain de Pfizer et BioNTech, pour 6 millions
    de doses,

  • le vaccin allemand de Curevac, pour 5 millions de doses,

  • le vaccin américain de Novavax, pour 6 millions de doses.

Au total, le pays s’est donc assuré de quoi vacciner environ 18 millions de personnes, soit le double de sa population. La Confédération anticipe ainsi l’apparition de nouveaux variants capables d’échapper aux premiers vaccins, et la nécessité de procéder à des rappels.

La Suisse est aussi partie prenante de l’initiative Covax sous égide de l’OMS et de la Commission européenne, qui prévoit une redistribution des différents produits vaccinaux entre les pays dans le besoin. Selon les termes de l’accord, la Confédération pourrait faire jouer le mécanisme pour recevoir de quoi vacciner 20% de sa population — y compris de vaccins pour lesquels elle ne dispose pas d’accord de précommande.

Lire aussi: Les vaccins en Suisse sont-ils efficaces contre les variants? Les nouvelles sont bonnes

La Suisse est positionnée sur trois technologies vaccinales distinctes: trois vaccins à ARN messager (Pfizer, Moderna et Curevac), un vaccin à vecteur adénovirus (AstraZeneca) et un vaccin à protéine recombinante (Novavax). Mais la Confédération a clairement décidé de miser, d’abord et avant tout, sur les vaccins à ARN messager — considérés comme les plus efficaces, y compris contre la transmission et les variants.

Combien coûtera la vaccination et qui paie?

La vaccination est «gratuite» pour:

  • les personnes disposant d’une assurance maladie obligatoire (AOS),

  • les personnes domiciliées en Suisse mais non couvertes par l’assurance (diplomates, par exemple) depuis le 3 février,

  • les frontaliers qui travaillent dans un établissement de santé en Suisse, depuis le 3 février.

Le remboursement est pris en charge par l’assurance maladie obligatoire (AOS), mais la Confédération et les cantons mettront aussi la main au porte-monnaie:

  • Les assureurs-maladie (et donc les assurés) prennent en charge les coûts de la consultation médicale et du vaccin.

  • La Confédération assume les coûts de transport, de distribution du vaccin dans les cantons, ainsi que ceux dépassant le montant de cinq francs par dose de vaccin. Elle finance aussi la vaccination des personnes non couvertes par l’AOS.

  • Enfin, les cantons et donc le contribuable) prennent en charge les coûts de la logistique sur leur territoire.

Pour l’heure, l’acte de vaccination est facturé 14,50 francs (soit 29 francs par personne vaccinée) à quoi s’ajoute un financement de 5 francs par dose de vaccin injectée. C’est là le tarif facturé par l’AOS aux fournisseurs de prestation, c’est-à-dire les centres de vaccination et les institutions en charge des équipes mobiles.

Ce prix était jugé trop bas par la Fédération des médecins suisses (FMH). Le 24 février 2021, un accord a été conclu entre les cantons et l’assurance-maladie: le tarif de l’acte de vaccination sera porté à 24,50 francs pour les cabinets médicaux dans un premier temps (49 francs par personne vaccinée), avant d’être stabilisé à 16,50 francs «en milieu d’année» (33 francs par personne vaccinée). Un prix jugé encore trop bas par la faîtière des médecins.

Les pharmaciens ont obtenu les mêmes conditions tarifaires de remboursement que les médecins, avec une vaccination à 24,50 francs en officine.

Lire aussi: Combien coûte la vaccination contre le Covid-19 en Suisse?

Les coûts à la charge des assureurs-maladies sont estimés entre 200 et 250 millions de francs et ceux à la charge de la Confédération à un montant minimal similaire, dans l’hypothèse de 60% de la population vaccinée. En prenant en compte les cantons, le montant global des campagnes de vaccination devrait sous cette hypothèse s’élever à plus de 712 millions de francs.

La Confédération n’indique pas à quel prix elle se procure les vaccins, les contrats étant confidentiels. On dispose néanmoins d’une idée sur la base des prix négociés par l’Union européenne — en décembre, la ministre belge du budget Eva De Bleeker les a rendus publics sur Twitter, avant d’être rappelée à l’ordre et de supprimer sa publication. Voici ce qu’il en est (en gras, les vaccins pré-commandés par la Suisse):

  • AstraZeneca: 1,78 euros

  • Johnson & Johnson: 8,50 dollars (environ 7,50 francs)

  • Sanofi-GSK: 7,56 euros

  • Curevac: 10 euros

  • Pfizer-BioNTech: 12 euros

  • Moderna: 18 dollars (environ 16 francs)

  • Novavax: vendu 16 dollars aux Etats-Unis (environ 15 francs)

Comment se déroule la vaccination? Est-ce douloureux?

Pour l’heure, tous les vaccins Covid-19 sur le marché ou en passe d’y arriver reposent sur le même mode d’administration: une simple piqûre dans l’épaule (muscle deltoïde). Rien qui détonne par rapport aux vaccins usuels, comme la grippe. Des vaccins administrables par spray nasal sont à l’étude, notamment à base de vecteurs viraux bénins capables de se répliquer, mais ils ne sont pas encore en phase avancée de développement.

Les vaccins de Pfizer et surtout Moderna tendent à provoquer des réactions immunitaires assez vigoureuses, surtout chez les jeunes et les adultes non seniors. Cela peut se traduire par des maux de tête, une fatigue importante, de la fièvre, une douleur à l’épaule, etc, dans les heures suivant l’injection. Des symptômes désagréables mais passagers, qui peuvent nécessiter un ou deux jours de repos. Il est courant, avec les vaccins à ARN messager, que la seconde injection produise des réactions plus vigoureuses que la première.

Combien d’injections sont nécessaires, et à quel intervalle?

Les deux vaccins sur le marché suisse, et l’immense majorité des candidats en développement, prévoient deux injections. (La seule exception à ce jour est le vaccin de Johnson & Johnson, non utilisé en Suisse.) Il s’agit, selon un schéma dit «prime-boost» d’optimiser les chances d’obtenir une réponse immunitaire efficace et surtout durable chez tout le monde.

La première et la seconde injection doivent être espacées d’au moins 3 semaines pour le vaccin de Pfizer et 4 semaines pour celui de Moderna. Suivant en cela l’OMS, l’OFSP considère que ce délai peut être prolongé jusqu’à 6 semaines pour les deux.

On ignore s’il faudra des rappels, la durée de protection conférée par les vaccins n’étant pas connue. Elle est de plusieurs mois a minima, comme pour l’infection naturelle, mais pourrait se prolonger bien davantage. L’apparition de variants résistants pourrait nécessiter de nouvelles vaccinations, même si les vaccins à ARN messager semblent efficaces contre les principaux variants préoccupants identifiés à ce jour.

Quels vaccins ont fait l’objet de publications scientifiques?

  • vaccin de Pfizer-BioNtech (ARN messager + nanoparticule lipidique)

Les résultats définitifs d’efficacité (essai de phase 3 aux Etats-Unis, près de 44’000 participants) ont été publiés le 10 décembre dans le New England Journal of Medicine.

Le comité d’évaluation de la FDA a publié un dossier très complet, pour les amateurs.

  • vaccin de Moderna (ARN messager + nanoparticule lipidique)

Les résultats définitifs d’efficacité (essai de phase 2-3 aux Etats-Unis) ont été publiés le 30 décembre dans le New England Journal of Medicine.

Le comité d’évaluation de la FDA a publié un dossier très complet, pour les passionnés.

  • vaccin d’Oxford-AstraZeneca (vecteur adénovirus de chimpanzé)

Les résultats intérimaires d’efficacité (essais de phase 3 au Royaume-Uni, Brésil et Afrique du Sud, près de 24’000 participants au total) ont été publiés le 8 décembre dans le Lancet.

  • vaccin de Johnson & Johnson (vecteur adénovirus, mono-dose)

Les résultats intérimaires d’efficacité (essais de phase 3 dans de nombreux pays) ont été rendus publics le 29 janvier 2021 par son fabricant, mais pas encore publiés dans une revue scientifique.

Le comité d’évaluation de la FDA a publié un dossier très complet, pour les aficionados.

  • vaccin de Curevac (ARN messager + nanoparticule lipidique)

Pour l’heure, seuls les résultats de phase 1 avancée (tolérance et immunogénicité) ont été (pré-)publiés, sur la plateforme MedRxiv.

  • vaccin de Novavax (protéine Spike + nanoparticule lipidique)

Les résultats d’efficacité (essai de phase 3) ont été présentés de façon détaillée par le laboratoire, mais pas encore publiés. Les résultats de phase 1-2 ont été publiés le 10 décembre dans le New England Journal of Medicine.

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