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Tout ce qu'il faut savoir sur la vaccination Covid-19 en Suisse

Pixabay / Alexandra Koch

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Qui sera vacciné en priorité contre Covid-19 et quand? Qui se charge de vacciner? Où en est-on sur le terrain? Les questions brûlantes s’accumulent, alors que le premier vaccin est disponible et que le second ne devrait pas tarder.

Heidi.news fait le point (actualisé tous les jours).

Où en est la vaccination sur le terrain?

Les cantons de Genève, Fribourg et du Valais ont démarré leurs campagnes de vaccination le 28 décembre. Le canton de Vaud a démarré la sienne le 30 décembre. Dans le Jura, elle a commencé le 4 janvier. A ce stade, la totalité des cantons suisses ont donné leurs premiers coups d’aiguille, et les centre de vaccination sont en train d’ouvrir. Au 19 janvier, l’OFSP évalue à 110’000 le nombre de personnes ayant reçu une première dose de vaccin.

Lire aussi: Le calendrier des cantons romands pour vacciner contre Covid-19

La campagne nationale en Suisse, d’une durée de six mois minimum, devrait permettre de vacciner six millions de personnes au rythme souhaité de 70’000 vaccinations par jour. Le 6 janvier en conférence de presse, Alain Berset a dévoilé les objectifs fédéraux:

  • tous les résidents d’EMS (volontaires) vaccinés d’ici fin janvier,

  • tous les volontaires de plus de 75 ans vaccinés d’ici fin février,

  • 70% des personnes de plus de 65 ans vaccinées d’ici fin mars.

Quels vaccins sont utilisés en Suisse?

SwissMedic a autorisé le vaccin à ARN messager de Pfizer-BioNTech le 19 décembre 2020, sous le nom de Comirnaty, et celui de Moderna, le 9 janvier 2021. L’agence règlementaire suisse est en train d’examiner les données de deux autres candidats (AstraZeneca, Jonhson & Johnson) selon une procédure de rolling submission, qui permet de les traiter au fil de l’eau.

Lire aussi: Les coulisses de la mise sur le marché des vaccins Covid-19 par Swissmedic

Combien de doses de vaccins sont disponibles?

A ce jour, la Confédération s’est vue livrer 233'000 doses du vaccin de Pfizer (107’000 le 22 décembre 2020 et 126'000 doses le 4 janvier), déjà distribuées dans les cantons selon une clé de répartition fondée sur la population dans le groupe-cible considéré. A quoi s’ajoute une livraison de 200’000 doses du vaccin de Moderna mercredi 13 janvier.

Un demi-million de doses du vaccin Pfizer sont encore attendues pour la fin du mois de janvier. Au mois de février, 1 million de doses doit être livré à la Confédération Pfizer et Moderna confondus.

Qui se charge de quoi et où?

L’armée prend en charge les vaccins à leur arrivée sur le territoire suisse. Elle les stocke dans des entrepôts équipés de congélateurs à ultra-basse température, dont les emplacements sont gardés secrets, et se charge de la distribution aux cantons. Ces derniers prennent ensuite le relais pour administrer le vaccin à la population.

Des équipes mobiles ont été mises en place, principalement pour vacciner dans les EMS. Les cantons sont en train d’ouvrir des centres de vaccination ad hoc sur des sites indépendants (salles de gymnastique, locaux de la protection civile…) et dans les hôpitaux, pour réaliser le gros des vaccinations. Les pharmacies et les cabinets médicaux ont aussi vocation à participer au dispositif , en général dans un second temps.

La vaccination sera-t-elle obligatoire?

Non. Face au développement accéléré des vaccins et à l’hésitation vaccinale galopante, un consensus international se dégage pour ne pas rendre la vaccination anti-Covid-19 obligatoire. En Suisse, le ministre de la santé Alain Berset et l’OFSP ont tenu à rassurer clairement sur ce point: pas plus qu’avec une autre maladie, il n’y aura pas de vaccination obligatoire générale contre Covid-19.

Qui est prioritaire pour la vaccination?

L’OFSP a dévoilé une stratégie de vaccination à cinq niveaux de priorités, que voici:

Les plus de 65 ans et les personnes que leur état de santé (diabète, obésité, cancer, etc.) rend vulnérables à Covid-19 seront vaccinés en premier lieu, ce qui représente environ deux millions de personnes. Ils seront suivis du personnel soignant et d’encadrement des personnes à risque, exposés au virus et très sollicités par la crise sanitaire. L’entourage proche des personnes vulnérables et les résidents d’institutions collectives à risque (foyers, sans doute prisons) suivront.

L’OFSP a précisé mardi 22 décembre à qui seraient administrés les tout premiers vaccins en Suisse. «Comme nous n’en aurons pas assez au début, nous devrons prioriser», a indiqué le président de la Commission fédérale pour les vaccinations, Christoph Berger. A l’intérieur du premier groupe cible, la vaccination concernera, dans l’ordre:

  • les plus de 75 ans et les malades chroniques à haut risque,

  • les personnes âgées de 65 à 74 ans,

  • les moins de 65 ans souffrant de maladies chroniques.

Les femmes enceintes posent un problème particulier: reconnues comme vulnérables à Covid-19 depuis cet été, elles sont toujours une cible délicate en vaccinologie. Il faudra sans doute attendre des données de sécurité plus précises pour décider d’étendre la vaccination aux femmes enceintes.

La vaccination des enfants pose question. Contrairement à beaucoup de maladies respiratoires (grippe, rougeole…), les enfants ne sont pas un vecteur majeur de Covid-19. (C’est plus débattu pour les adolescents.) La validation des vaccins en population pédiatrique nécessite par ailleurs des études spécifiques. Les enfants et adolescents ne sont donc pas une cible prioritaire.

Quel est l’objectif de la vaccination ?

La stratégie de vaccination a été clarifiée par l’OFSP et la Commission fédérale pour les vaccinations. Trois objectifs:

  • diminuer la charge de la maladie, en prévenant notamment les cas graves et les décès

  • maintenir le système de santé à flots

  • réduire les conséquences économiques et sociales de la crise, en réduisant aussi la circulation du virus

Combien de doses ont été commandées?

Près de seize millions de doses ont été sécurisées via des contrats de pré-commande auprès des fournisseurs. Elles se répartissent ainsi:

  • le vaccin européen d’Oxford et AstraZeneca, pour 5,3 millions
    de doses,

  • le vaccin américain de Moderna, pour 7,5 millions de doses,

  • le vaccin américain de Pfizer et BioNTech, pour 3 millions
    de doses.

Au total, le pays s’est assuré 15,8 millions de doses, qui doivent être livrées avant l’été. Cela représente de quoi vacciner entre 7,9 et 8,5 millions de personnes, selon les schémas employés (2 doses pour Moderna et Pfizer, 1,5 ou 2 pour AstraZeneca), soit la totalité de la population du pays.

La Suisse est aussi partie prenante de l’initiative Covax sous égide de l’OMS et de la Commission européenne, qui prévoit une redistribution des différents produits vaccinaux entre les pays dans le besoin. Selon les termes de l’accord, la Confédération pourrait faire jouer le mécanisme pour recevoir de quoi vacciner 20% de sa population — y compris de vaccins pour lesquels elle ne dispose pas d’accord de précommande.

Combien coûtera la vaccination et qui paiera?

Globalement, la Confédération a débloqué une enveloppe de 300 millions pour la précommande de vaccins. Ce seront les cantons qui se chargeront des coûts liés aux infrastructures de vaccination.

La vaccination sera «gratuite» pour les assurés, a précisé l’OFSP en point presse mardi 1er décembre. Le remboursement sera pris en charge par l’assurance-maladie obligatoire (AOS), mais la Confédération et les cantons mettront aussi la main au porte-monnaie.

Ainsi, les assureurs-maladie prendront en charge les coûts de la consultation médicale et du vaccin, alors que la Confédération assumera les coûts de transport, de distribution du vaccin dans les cantons, ainsi que les coûts dépassant le montant de cinq francs par dose de vaccin. Enfin, les cantons prendront en charge les coûts de la logistique sur leur territoire.

Les coûts à la charge des assureurs-maladies sont estimés entre 200 et 250 millions de francs et ceux à la charge de la Confédération à un montant minimal similaire.

La Confédération n'a pas dévoilé à quel prix elle avait obtenu le vaccin de Pfizer. Les seules données sur le coût de chaque vaccin dérivent des fabricants eux-mêmes, ou de calculs effectués sur la base des contrats de précommande conclus entre les pays. AstraZeneca facture 2,50 euros (2,70 francs) la dose aux pays européens. Le prix du Moderna n’est pas connu, mais on évoque une fourchette entre 32 et 37 francs. Concernant Pfizer, le contrat américain laisse deviner un prix plafond de 20 dollars et les commandes passées par la Commissions européennes ont coûté 15,50 euros l’unité.

Comment se déroule la vaccination? Est-ce douloureux?

Le trio de vaccins de tête - et la plupart des candidats en développement - reposent sur le même mode d’administration: une simple piqûre dans l’épaule (muscle deltoïde). Rien qui détonne par rapport aux vaccins usuels, comme la grippe. Des vaccins administrables par spray nasal sont à l’étude, notamment à base de vecteurs viraux bénins capables de se répliquer, mais ils ne sont pas encore en phase avancée de développement.

Dans l’ensemble, les trois vaccins tendent à provoquer des réactions immunitaires assez vigoureuses. Chez les personnes vaccinées (la proportion dépend des vaccins), cela peut se traduire par des maux de tête, une fatigue importante, de la fièvre, une douleur à l’épaule, etc. Des symptômes désagréables mais passagers, qui peuvent nécessiter un ou deux jours de repos.

Combien d’injections seront nécessaires, et à quel intervalle?

Le trio de vaccins de tête, et l’immense majorité des autres candidats en développement, prévoient deux injections. Il s’agit, selon un schéma dit «prime-boost» d’optimiser les chances d’obtenir une réponse immunitaire efficace chez tout le monde. La première et la seconde injection du vaccin de Pfizer seront espacées de 3 à 4 semaines. (L’OMS considère que ce délai peut être prolongé jusqu’à six semaines.)

On ignore s’il faudra des rappels, la durée de protection conférée par les vaccins n’étant pas connue. Elle est sans doute de plusieurs mois a minima, comme pour l’infection naturelle, et tout le monde espère qu’elle se prolonge quelques années. Mais seul l’avenir permettra de le dire.

Quels vaccins ont fait l’objet de publications scientifiques?

Dans le trio de tête:

  • vaccin de Pfizer-BioNtech (ARN messager + nanoparticule lipidique)

Les résultats définitifs d’efficacité (essai de phase 3 aux Etats-Unis, près de 44’000 participants) ont été publiés le 10 décembre dans le New England Journal of Medicine.

  • vaccin de Moderna (ARN messager + nanoparticule lipidique)

Les résultats définitifs d’efficacité (essai de phase 2-3 aux Etats-Unis) ont été publiés le 30 décembre dans le New England Journal of Medicine.

  • vaccin d’Oxford-AstraZeneca (vecteur adénovirus de chimpanzé)

Les résultats intérimaires d’efficacité (essais de phase 3 au Royaume-Uni, Brésil et Afrique du Sud, près de 24’000 participants au total) ont été publiés le 8 décembre dans le Lancet.

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