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Le vaccin de Moderna autorisé en Suisse: tout ce qu’il faut savoir

Le précieux flacon. | Keystone / AP / Charlie Riedel

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Et de deux. L’institut suisse des produits pharmaceutiques Swissmedic a annoncé ce mardi 12 janvier avoir délivré une autorisation de mise sur le marché au vaccin à ARN messager de Moderna. C’est le second vaccin autorisé en Suisse contre Covid-19, après celui de Pfizer, et le candidat sur lequel la Confédération a le plus misé à ce jour. On vous dit tout ce qu’il y a à savoir sur ce nouveau venu, dont 200’000 doses sont attendues dès mercredi sur le territoire suisse.

Qu’a décidé Swissmedic?

L’autorisation de mise sur le marché (AMM) a été délivrée samedi 9 janvier mais n’a été annoncée par Swissmedic que le 12 janvier, par voie de communiqué, quelques minutes avant une conférence de presse des autorités sanitaires de la Confédération. Comme pour tout nouveau vaccin, un comité indépendant (le Human Medicines Expert Committee) convoqué par Swissmedic a donné un avis favorable à la délivrance de cette autorisation, en complément de l’examen interne réalisé par l’agence réglementaire suisse.

Il s’agit d’une autorisation à durée limitée, qui peut être réévaluée au fur et à mesure que des nouvelles données seront communiquées. Philippe Girard, directeur suppléant de Swissmedic, interrogé en conférence de presse ce jour sur le caractère temporaire de l’autorisation délivrée:

«Nous manquons encore de données sur l’efficacité (la durée de protection, ndlr) et les femmes enceintes.»

Lire aussi: Les coulisses de la mise sur le marché des vaccins Covid-19 par Swissmedic

De quel vaccin s’agit-il?

Connu sous le nom d’ARNm-1273, il s’agit d’un vaccin conçu et développé par la société américaine de biotechnologies Moderna. Il repose sur l’injection d’ARN messager intégré au sein d’un vecteur composé de nanoparticules de lipides. C’est le second représentant d’une nouvelle génération de vaccins qui s’apprête sans doute à bouleverser le paysage vaccinal dans les années à venir, dans les maladies infectieuses et chroniques.

Pourquoi maintenant?

Le candidat de Moderna est, avec celui de Pfizer, le grand gagnant de la course aux vaccins contre la pandémie. Son homologation était très attendue en Suisse, après celle du Pfizer-BioNTech délivrée le 19 décembre. Les Etats-Unis ont déjà autorisé le vaccin de Moderna le 19 décembre (autorisation urgente) et l’Europe a suivi le 6 janvier (autorisation conditionnelle).

C’est la première fois que l’entreprise Moderna, de petite taille par rapport aux géants de l’industrie pharmaceutique (environ mille employés), porte un vaccin sur le marché. Les agences règlementaires ne communiquent pas sur leurs processus internes, mais le délai entre l’autorisation délivrée à Pfizer et celle de Moderna est sans doute lié pour bonne part à ce point, la connaissance des rouages réglementaires étant un facteur clé pour accélérer le processus.

Quelle différence avec le vaccin de Pfizer?

Les deux vaccins se ressemblent beaucoup. Ils ont tous deux recours à de l’ARN messager et misent sur le même antigène: la protéine Spike du coronavirus, modifiée de façon à améliorer sa stabilité et son immunogénicité. Ils ont aussi recours au même vecteur: des nanoparticules de lipides, qui permettent de protéger l’ARN messager et de le transporter à l’intérieur des cellules pour qu’il y soit synthétisé. Il existe quelques différences dans les lipides employés et formulation précise.

Les différences majeures ont plutôt trait aux parcours règlementaires distincts des deux vaccins:

  • À la différence de Pfizer, Moderna a eu le temps de réaliser des études de stabilité sur son produit. Le fabricant peut garantir une stabilité à -20 °C sur une longue durée, ce qui permet un transport réfrigéré simple. Le vaccin peut aussi être stocké jusqu’à un mois dans un réfrigérateur classique (entre 2 et 8 °C).

  • Le vaccin de Moderna est homologué pour des adultes à partir de 18 ans, tandis que Pfizer a intégré des participants à partir de 16 ans dans son essai pivot, ce qui lui a permis de décrocher une autorisation d’utilisation valide dès cet âge.

Quel sera l’impact sur les campagnes de vaccination?

La Suisse a beaucoup misé sur le vaccin de Moderna. La Confédération a noué un premier contrat de précommande avec le fabricant, à hauteur de 4,5 millions de doses. En décembre dernier, le volume en a été revu à la hausse, et c’est désormais 7,5 millions de doses dont disposera la Confédération, selon un planning de livraison inconnu mais qui court jusqu’à l’été. Cela en fait le vaccin le plus stratégique pour le pays.

La facilité (relative) de stockage du Moderna doit permettre de le distribuer plus facilement dans les petits centres de vaccination, et à terme dans les cabinets médicaux et les pharmacies.

La première livraison des vaccins de Moderna, à hauteur de 200’000 doses, est attendue en Suisse dès le 13 janvier au matin. Les lots seront distribués aux cantons dans la foulée.

Pourra-t-on choisir son vaccin?

Non. Les autorités sanitaires ne prévoient pas de permettre aux usagers de choisir leur vaccin. En conférence de presse mardi 12 janvier, le Dr Christoph Berger, président de la Commission fédérale pour les vaccinations, a clarifié ce choix:

«Actuellement nous administrons le plus rapidement possible ces vaccins aux personnes à risque: dans un cas ce sera le Moderna, dans un autre le Pfizer-BioNTech, tout dépend de la logistique. Je ne pense pas qu’on puisse proposer un choix mais l’important c’est de l’administrer, peu importe le fabricant.»

Comment est-il produit?

C’est une des caractéristiques du vaccin de Moderna: la production européenne du principe actif est sous-traitée aux usines de Lonza à Viège, en Valais. On ne dispose pas d’informations officielles sur l’impact de ce choix industriel, mais il est probable que cela a joué un rôle important dans les négociations entre la Confédération et le fabricant américain.

Le remplissage des flacons et les opérations de conditionnement sont ensuite réalisées dans les usines de la société espagnole Rovi, à Madrid. Les lots transitent ensuite par le Belgique, d’où ils sont livrés dans le reste de l’Europe, Suisse comprise.

Lire aussi: Dans les usines valaisannes qui produiront le vaccin de Moderna contre Covid-19

Comment se passe la vaccination?

De façon très classique: la vaccination passe par une première injection dans le muscle de l’épaule (deltoïde), suivie d’une seconde quatre semaines plus tard environ. En l’état des connaissances, les deux injections sont nécessaires pour disposer d’un niveau de protection suffisant. Swissmedic recommande également, en l’état des connaissances, de ne pas combiner les vaccins de Pfizer et Moderna.

Quelle est l’efficacité du vaccin?

Les données de l’essai vaccinal américain de phase 3 témoignent d’une efficacité de 94%, c’est-à-dire que le vaccin est capable de prévenir plus de 9 infections Covid-19 sur 10 au sein de sa population d’essai, à compter de deux semaines après la seconde injection.

Cette efficacité est aussi attestée au sein d’un sous-groupe de volontaires présentant des facteurs de gravité à Covid-19 (maladie pulmonaire, cardiaque, obésité, diabète, etc.) et varie peu en fonction du genre ou des groupes ethniques. Elle se maintient très bien chez les séniors (86% chez les plus de 65 ans).

On ignore encore si les vaccins à ARN messager permettent de réduire la contagiosité des personnes infectées, mais un volet de l’essai de Moderna suggère que c’est bien le cas, en réduisant par trois (l’ordre de grandeur reste à confirmer) le nombre de personnes positives à Sars-CoV-2, symptomatiques ou non.

Quels sont les effets indésirables?

C’est un vaccin globalement très bien toléré, sans quoi il n’aurait pas été homologué. On dispose du recul nécessaire pour identifier les effets indésirables graves avec une fréquence jusqu’à 1 sur 10'000, et aucune alerte sérieuse n’a été relevée. La FDA recommande de suivre la survenue de paralysies de Bell (une paralysie faciale qui dure plusieurs mois), certains cas ayant été relevés à une fréquence très faible (3 cas sur 15'000 volontaires) qui ne permet pas de savoir s’ils sont liés ou non au vaccin.

Lire aussi: Les vaccins à ARN risquent-ils de modifier le génome?

Le principal point de vigilance en matière de sécurité concerne le risque, rarissime mais attesté sur une poignée de personnes, de réaction allergique sévère, de type choc anaphylactique. Les effets secondaires sont suivis de près partout dans le monde, et le fabricant est tenu de continuer à suivre les dizaines de milliers de personnes vaccinées en essai pendant encore deux ans.

Le vaccin est pour l’heure déconseillé aux personnes avec des antécédents allergiques sévères liés aux vaccins. Ces réactions sont aisées à repérer et prendre en charge (piqûre d’adrénaline) puisqu’elles se produisent dans les minutes suivant l’injection. Elles justifient un délai de surveillance, d’un quart d’heure minimum en général, après l’injection.

Par rapport à d’autres vaccins comme ceux contre la grippe, le vaccin de Pfizer-BioNTech (comme du reste son homologue de Moderna) tend à susciter des réactions inflammatoires assez fréquentes, comme de la fièvre, un mal de tête ou des douleurs au bras. Il s’agit d’effets parfois pénibles mais sans danger dans l’immense majorité des cas, qui durent de l’ordre d’un ou deux jours et sont dus au «réveil» du système immunitaire.

Quelles sont les données disponibles?

On dispose d’un très grand nombre de données scientifiques et réglementaires sur le vaccin de Moderna, et notamment:

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