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La task force scientifique Covid-19 dessine les scénarios de sortie du confinement

Matthias Egger, président du Conseil de la recherche du Fonds national suisse (FNS), lors du point de situation du 2 avril à Berne. | Keystone / Alessandro della Valle

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Quel est le rôle de la cellule de crise scientifique annoncée le 31 mars par la Confédération? Cette question a été longuement évoquée lors du point de situation sur l’épidémie de Covid-19 ce jeudi 2 avril à Berne. Apporter une expertise scientifique à la crise générée par la pandémie de coronavirus et dessiner des scénarios de sortie de confinement est urgent. Les premiers bénéficiaires de ces conseils seront Alain Berset, chef du Département fédéral de l’intérieur (DFI), le Conseil fédéral dans son ensemble, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), ainsi que les autorités cantonales. Mais la prise de décision restera aux mains de l’OFSP, qui continuera à fonctionner avec ses propres experts.

Pourquoi c’est capital. Envisager un déconfinement de la population passe obligatoirement par l’évaluation des meilleures stratégies à adopter et des buts à atteindre. Davantage de tests? Des masques pour l’ensemble de la population? Une mise en place rapide de mesures de contact tracing numérique (reconstitution de la liste des personnes avec qui les malades ont été en contact)? C’est à ces questions, notamment, que la Task Force Covid-19 devra apporter des réponses.

La mission. La Task Force Covid-19 est dirigée par Matthias Egger, professeur d’épidémiologie à l’Université de Berne et président du conseil de la recherche du Fonds national suisse (FNS). Elle a été instaurée par le Conseil fédéral, le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (Sefri) et l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Elle va, comme le résume le Conseil des EPF:

  • identifier les opportunités de recherches où les scientifiques suisses peuvent apporter rapidement une contribution significative à la lutte contre le Sars-CoV-2,

  • identifier les possibilités de consultation où les connaissances des membres du domaine des EPF pourraient aider dans le processus de décision des politiciens, des décideurs ou du public,

  • identifier les opportunités d’innovation où l'expertise du domaine des EPF peut rapidement développer des produits ou des services qui pourraient aider de manière significative dans la lutte contre le Sars-CoV-2.

Les champs d’expertise. La Task Force Covid-19 est composée d’un organe consultatif et de neuf groupes d’experts qui déploieront leurs compétences dans un champ d’expertise bien défini. En voici les principaux acteurs.

L’organe consultatif:

  • Matthias Egger, président (FNS et Université de Berne),

  • Ulrich Kihm (ancien directeur de l'Office vétérinaire fédéral),

  • Volker Thiel (virologue spécialiste des coronavirus à l’Université de Berne),

  • Annette Oxenious (spécialiste en immunologie des infections virales à l’ETH Zurich),

  • Marcel Tanner (épidémiologiste et directeur de l’Institut tropical et de santé publique Swiss TPH à Bâle),

  • Martin Ackermann (expert en écologie des systèmes microbiens à l’ETH Zurich),

  • Edouard Bugnion (spécialiste en data science et santé personnalisée à l’EPFL).

Les neuf groupes d’experts:

  1. Clinique: Manuel Battegay (médecin-chef du service d’infectiologie de l’Hôpital universitaire de Bâle),

  2. Hôpital, prévention, contrôle des infections: Sarah 
    Tschudin Sutter (infectiologue et professeure d’épidémiologie à l’Université de Bâle),

  3. Données et modélisation: Sebastian Bonhoeffer (professeur en biologie théorique à l’ETH Zurich),

  4. Diagnostics et tests: Didier Trono (professeur en virologie et génétique à l’EPFL),

  5. Epidémiologie digitale: Marcel Salathé (professeur associé et spécialiste en épidémiologie numérique à l’EPFL),

  6. Economie: Monika Bütler (directrice du Swiss Institute for Empirical Economic Research de l’Université de Saint-Gall),

  7. Aspects éthiques/juridiques/sociaux: Samia Hurst (professeure de bioéthique à l’Université de Genève),

  8. Santé publique: Marcel Tanner (épidémiologiste et directeur de l’Institut tropical et de santé publique Swiss TPH à Bâle),

  9. Plate-forme d'échange: Roman Stocker (spécialiste en microfluidique appliquée aux systèmes microbiens à l’ETH Zurich).

Cette organisation doit permettre de coordonner le diagnostic, les soins et la recherche clinique, le suivi des contacts (contact tracing) et aussi répondre aux questions économiques, légales et éthiques. Mais il ne remplacera pas l’OFSP. Matthias Egger:

«Notre rôle n’est pas de contrôler l’épidémie. Cette responsabilité incombe à l’OFSP. Notre rôle est de mobiliser la communauté scientifique pour qu'elle apporte son soutien à l'analyse et à la préparation de données scientifiques fiables et aussi à l'évaluation critique de la littérature disponible. Et ce, immédiatement. Il s’agit d’une fonction de soutien constructive qui contribuera à surmonter la crise.»

Les scénarios de sortie de crise. La gestion de l’épidémie étant l’apanage unique de l’OFSP, la Task Force Covid-19 a un rôle capital à jouer en donnant des indications sur les différentes sorties de confinement envisagées. Matthias Egger:

«Cette question est même centrale! Nous travaillons sur dix projets concrets et prioritaires déjà, dont l’élargissement du port du masque à la population en général. Nous sommes en train de procéder à une révision complète de la littérature scientifique à ce sujet. Il y a aussi la question des tests: doivent-ils être massivement étendus? Et l’app’ de contact tracing doit encore être menée à bien.

Ces questions concrètes permettent de dessiner différents scénarios de sortie de confinement. Cela se fera certainement par étapes. En utilisant également des modèles mathématiques, nous pourrons aider l’OFSP à prendre ses décisions.»

De son côté, l’OFSP salue la création de cette cellule de crise scientifique, mais conserve ses prérogatives et continuera à consulter ses propres experts. Daniel Koch, responsable de la division des maladies transmissibles à l’OFSP:

«Nous continuerons à consulter nos propres experts, internes et externes. Nous ne réinventons pas la roue avec cette Task Force: nous travaillons depuis de nombreuses années avec des experts scientifiques. Mais, vu l’ampleur de la crise actuelle, il est important de coordonner et rassembler toutes les connaissances et recherches scientifiques disponibles»

Le budget. Dotée d’un budget de fonctionnement de 5 millions de francs, la Task Force Covid-19 pourrait rapidement devoir le doubler. Déjà 271 projets sont en cours d’évaluation. Si un nombre important d’entre eux s’avèrent urgents et importants, il faudra les financer rapidement.

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