| | News

La souche britannique du coronavirus nous expose-t-elle à une troisième vague?

Image d'illustration | Pixabay

Au Royaume-Uni, les chiffres de la pandémie de Covid-19 sont devenus «hors de contrôle», pour reprendre les mots du maire de Londres Sadiq Khan. Cette reprise épidémique, exponentielle malgré un reconfinement léger instauré depuis le 20 décembre dans le pays, s’explique par la contagiosité accrue d’un nouveau variant du virus, B117 — désormais si bien installé que les spécialistes commencent à le qualifier de souche virale à part entière — devenu prédominant en Angleterre. Depuis le 5 janvier, le pays a remis en place un confinement strict, avec une fermeture des écoles. Cette situation préfigure-t-elle une troisième vague pour l’Europe continentale?

Pourquoi c’est important. La contagiosité du variant en question, B117, serait de 40% à 70% plus élevée, selon les autorités britanniques. Détectée dans d’autres pays comme le Danemark, la France et la Suisse, les enquêtes épidémiologiques n’ont pas pu systématiquement rattacher tous les cas détectés à un voyage récent au Royaume-Uni, ce qui suggère que cette souche circule aussi sous les radars.

La situation au Royaume-Uni. Le nombre de cas de Covid-19 est passé d’environ 18’000 nouveaux cas par jour le 15 décembre à plus de 68’000 le 8 janvier.

Les analyses publiées par le corps scientifique et les autorités de santé publique au Royaume-Uni confirment que:

  • Sa contagiosité est accrue de 40% à 70%, soit une augmentation de 0,4 à 0,7 du Re, nombre de reproduction de l’épidémie, soit une demi-personne contaminée en plus par malade en moyenne, selon des travaux de l’Imperial College de Londres. Les chercheurs notent que ce chiffre n’est valable que dans le contexte où un niveau élevé de mesures de distanciation sociales sont déjà en place.

  • Les jeunes de moins de 20 ans semblent davantage touchés que les autres tranches d’âge. Les chercheurs pensent que cela pourrait s’expliquer par une propagation du variant à une période où le pays était confiné mais les écoles était encore ouvertes. En attendant, les écoles britanniques sont désormais fermées, depuis le 5 janvier.

  • Une enquête de Public Health England s’est intéressée au taux d’attaque secondaire, c’est-à-dire à la proportion de cas contacts devenant à leur tour infectés. Il est de presque 15%, contre 11% en moyenne pour la souche habituelle, ce qui correspond à une augmentation de 10% à 70% en fonction des régions et des tranches d’âge.

Ces observations sont importantes, car elles pourraient changer la dynamique de l’épidémie. Jusque-là, celle-ci progressait surtout à travers des événements super-propagateurs, plutôt que du fait des cas contacts de chaque malade. Cette souche virale semble entraîner davantage de cas secondaires par malade.

La situation en Suisse. Au 8 janvier, l’OFSP avait signalé 88 cas faisant apparaître soit le variant britannique, soit le variant sud-africain dans le pays. Selon les estimations de la task force scientifique, le nombre de cas faisant apparaître la souche britannique se situait début janvier autour des 1%.

A quoi faut-il s’attendre pour les prochaines semaines? Même si la situation entre différents pays n’est pas strictement comparable, la circulation du virus et les mesures pouvant différer, l’exemple danois est éclairant. Mads Albertsen, professeur à l’Université d’Aalborg, indiquait sur Twitter le 9 janvier des éléments chiffrés. Sur un échantillon aléatoire de PCR positives, la proportion du variant est passée de 0,2% à 2,9% en cinq semaines, ce qui évoque une croissance exponentielle. En Suisse, un chercheur anonyme a compilé les déclarations relatives au variant britannique dans les médias ces derniers jours et en a tiré un graphe qui suggère là aussi l’exponentielle. Ces données, non officielles, sont toutefois à considérer avec prudence.

Si le variant progresse au même rythme qu’au Danemark, en partant d’une valeur de 1% à la fin décembre, il pourrait devenir majoritaire en Suisse d’ici fin février. La task force scientifique, dans ses projections épidémiques présentées à la presse fin décembre, a d’ailleurs modélisé son effet sur le nombre de cas, en prenant en compte l’hypothèse d’une transmissibilité accrue de 50% du variant. Le graphe fait état d’une reprise exponentielle possible en février ou mars en l’absence de mesures supplémentaires.

Capture d’écran 2020-12-29 à 14.23.26.png
Task force scientifique

Les conséquences et les arbitrages. Voilà pour l’état des lieux. Mais que représentent ces chiffres en termes de mesures sanitaires supplémentaires (appelées NPI, pour Non Pharmacological Interventions) à fournir? Voir le Re augmenter de 0,4 à 0,7, alors qu’il faudrait le maintenir à 1, ce n’est pas rien. Des études rétrospectives de la situation de ce printemps montrent que la baisse du Re a été arrachée de haute lutte. L’une d’entre-elle, publiée fin décembre dans la revue Science, estimait les mesures les plus efficaces, parmi lesquelles:

  • L’interdiction des rassemblements (la limitation à moins de 10 personnes permettant de réduire le Re jusqu’à 60%, de 42% en moyenne),

  • la fermeture conjointe des écoles et des universités (réduction jusqu’à 54% du Re, en moyenne 38%),

  • la fermeture des commerces non-essentiels (réduction du Re de 27% en moyenne).

F2.large (1).jpg

Autant de mesures parmi lesquelles il va donc falloir piocher pour renforcer le dispositif actuel. Dans ces conditions, on comprend pourquoi le Conseil fédéral, au-delà de la prolongation du semi-confinement jusqu’à fin février, a annoncé réfléchir à des mesures plus drastiques pour la semaine du 11 janvier, parmi lesquelles l’obligation du télétravail à domicile et la fermeture des commerces non-essentiels. Reste à voir si la Confédération choisira de fermer les écoles.

Isabella Eckerle, professeure en virologie à l’Université de Genève, nuançait la situation le 8 janvier sur Twitter:

«L’augmentation du nombre de variants B117 signalés en Suisse doit être considérée avec prudence, car nous ne la recherchons activement que depuis deux semaines, avec un faible taux de séquençage sur un nombre de cas positifs élevés. Mais en attendant des données plus précises, on peut supposer que le variant est en circulation, comme ailleurs en Europe. Les mesures NPI doivent rester les mêmes voire être renforcées. La clé, pour contenir tous les variants du virus, c’est de limiter ses contacts.»

Dans les colonnes de Science, Emma Hodcroft, virologue à l’Université de Berne, rappelait que collectivement, nous avons tout à gagner:

«Qu’a-t-on à perdre? Si l’on dépasse nos objectifs, on aura réussi à réduire le nombre de cas au point de pouvoir se passer des mesures.»

newsletter_point-du-jour

Recevez chaque matin un résumé de l'actualité envoyé d'une ville différente du monde.

Lire aussi