La qualité du sperme affectée par un cocktail de substances chimiques

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Une étude parue le 9 juin dans la revue Environment International, a évalué 29 produits chimiques, dont des bisphénols, des phtalates, PCB (dioxine) et paracétamol, dans les échantillons d'urine de près de cent hommes danois âgés de 18 à 30 ans. Les résultats sont qualifiés de «stupéfiants» par l’équipe de chercheurs londoniens. Les expositions combinées à ce cocktail détériore la qualité du sperme des sujets étudiés, relate le Guardian.

Pourquoi ce n’est pas étonnant. Le nombre et la concentration de spermatozoïdes connaît un déclin alarmant dans les pays occidentaux. Ainsi, le nombre de spermatozoïdes a diminué de moitié au cours des 40 dernières années. D'autres troubles sexuels masculins, tels que la malformation du pénis, le cancer du sein et les testicules non descendus, sont également en augmentation. Les perturbateurs hormonaux sont les principaux suspects et cette étude dirigée par le professeur Andreas Kortenkamp, de l'Université Brunel à Londres, qui jette un nouvel éclairage sur le potentiel de nuisance des cocktails chimiques. Mais d’autres facteurs peuvent également être responsables de la diminution de la qualité du sperme.

L’étude. Elle s’est concentrée sur «les produits chimiques capables d'affecter la qualité du sperme après des expositions prénatales». Le but d’une telle étude est, selon l’équipe de recherche:

«d'obtenir plus de clarté sur les produits chimiques qui entraînent la détérioration de la qualité du sperme. Pour y arriver, nous avons procédé à une évaluation du risque de mélange basée sur les expositions européennes».

Vingt-neuf substances ont été choisies pour leur capacité à perturber les hormones masculines (substances ayant des propriétés de perturbateurs endocriniens), dont les principales sont:

  • bisphénols (A, F, S)

  • dioxines polychlorées (PCB)

  • paracétamol

  • phthalates (DEHP, DnBP, BBzP, DiNP)

  • paraben (n-butyl)

Les résultats sont commentés par l’équipe londonienne:

«Les sujets fortement exposés ont subi des expositions combinées aux neuf produits chimiques qui dépassaient la valeur de l'indice de 1 (qualifiée de sûre, ndlr.) de plus de 100 fois; la médiane était un dépassement de 17 fois.

Le bisphénol A a contribué le plus à l'indice de danger, suivi des dioxines polychlorées (PCB), des bisphénols S et F et du DEHP (phthalates). L'élimination du bisphénol A seul laisserait encore des risques de mélange élevés inacceptables. Le paracétamol est également à l'origine de risques de mélange chez les sujets utilisant ce médicament.»

Tous les Danois (une centaine) âgés de 18 à 30 ans testés ont été exposés à une combinaison dangereuse de substances chimiques. L’exposition au bisphénol A (BPA) représentant le principal facteur de risque pour la qualité du sperme. Mais l’élimination du BPA ne permet pas pour autant de ramener l’exposition combiné à des niveaux acceptables (sans risque pour la qualité du sperme, ndlr.). En clair, c’est bien l’exposition au cocktail chimique qui augmente le risque.

Pour le paracétamol, il a déjà été démontré que cette substance entraînait une baisse de la qualité du sperme chez les animaux de laboratoire et augmentait le risque de non-descente des testicules chez les garçons nés de mères ayant utilisé cet analgésique pendant leur grossesse. Il n’est donc pas vraiment surprenant de le voir apparaître dans la liste des substances à risque au niveau humain.

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Les incertitudes. Les données utilisées, relate le Guardian, datent des années 2009 et 2010. Depuis, l’exposition au bisphénol A a diminué dans la population générale, tandis que celle aux autres bishpénols a augmenté. L’étude n’a pas pris en compte les expositions aux PFAS, dits produits chimiques éternels, par manque de données et n’a pas non plus intégré la pollution atmosphérique comme facteur de risque.

D’autres causes peuvent également être responsables de la baisse de la qualité du sperme: le poids corporel, le manque d'activité physique et le tabagisme. Une alimentation riche en graisse animale peut également représenter un facteur de risque supplémentaire.

Le professeur Andreas Kortenkamp en a bien conscience et l’étude qu’il a dirigée n’affirme pas que le cocktail chimique évalué est «le seul facteur» expliquant cette baisse de qualité. Certains scientifiques estiment également qu’il n’existe à l’heure actuelle pas encore de preuves causales importantes permettant d’expliquer la chute du nombre de spermatozoïdes par l’exposition à des substances chimiques.

Reste que les preuves s’accumulent et que cette étude apporte une nouvelle pierre à l’édifice démontrant l'effet négatif de certains produits chimiques sur la reproduction humaine. Et l’équipe de conclure:

«Les expositions tolérables aux substances associées à la détérioration de la qualité du sperme sont largement dépassées. Les bisphénols, les dioxines polychlorées, les phtalates et les analgésiques sont à l'origine de ces risques. Des efforts dédiés à la réduction des expositions à ces substances sont nécessaires pour atténuer les risques.»