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Les 18 nouvelles missions de la task force scientifique fédérale

Martin Ackermann, nouveau président de la Task Force scientifique dès le 1er août. | Keystone / Anthony Anex

Exceptionnellement, nous avons décidé de mettre cet article à disposition gratuitement, tant ces informations sont importantes dans le débat public actuel.

La task force scientifique de la Confédération se dote de 18 nouveaux objectifs. Créée dans l’urgence à la fin du mois de mars, elle a en partie dessiné les stratégies de déconfinement du pays. En s’inscrivant dans la durée, elle doit revoir son rôle et sa mission, qui consisteront notamment à mieux et plus collaborer avec l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Pourquoi c’est une bonne nouvelle. La task force a perdu son rôle initial lié à l’urgence générée par l’épidémie de coronavirus lorsque la situation extraordinaire a été levée par le Conseil fédéral et que sa cellule de crise a été dissoute. La démission de Matthias Egger pouvait laisser planer un doute sur la pérennité même de la task force. Sa nécessité et son utilité sont néanmoins reconnues par les autorités. Son nouveau président, Martin Ackermann, qui entre en fonction le 1er août, commente ces nouveaux objectifs.

Le nouveau statut. C’est dans une lettre très détaillée publiée le 20 juillet sur son site internet que la task force scientifique a expliqué son nouveau positionnement (voir les détails ci-dessous) et aussi les raisons qui l’ont poussée à cette évolution. La cellule de crise du Conseil fédéral ayant été dissoute le 19 juin, les perspectives scientifiques fournies par la task force pour la prise de décision pendant la crise n’avaient plus lieu d’être. En tout cas sous cette forme spécifique.

Mais les membres de l’organe consultatif estiment que le mandat doit être poursuivi. Toutes les questions soulevées entre le mois de mars et la mi-juin ne sont pas résolues. Il est donc nécessaire que la task force puisse continuer son travail et ses analyses scientifiques, en tout indépendance, pour pouvoir fournir des recommandations aux autorités. Martin Ackermann, président de la task force dès le 1er août, explique ce changement de cap:

«Jusqu'à présent, la task force consultait les membres de la cellule de crise du Conseil fédéral, dissoute. Un nouveau mandat est donc nécessaire. Il implique un lien beaucoup plus direct avec l'OFSP. Des réunions régulières sont prévues, au cours desquelles nous pourrons avoir un aperçu de l'état actuel des connaissances et des questions ouvertes de part et d'autre. Cela devrait nous permettre de réagir encore plus rapidement. Un autre point important est que nous nous sommes mis d'accord sur un échange de données encore meilleur. C'est essentiel, parce qu'une recherche significative doit se baser sur de bonnes données.»

L’OFSP, de son côté, estime que la nouvelle organisation ne changera pas grand chose à ce qui s’est fait jusqu’ici. Grégoire Gogniat, porte-parole:

«La principale différence avec l'ancien mandat est la nouvelle direction et le fait que le Département fédéral de l’intérieur et l'OFSP sont désormais les mandants. En termes de contenus, la coopération se poursuivra dans le même cadre.»

Les nouveaux objectifs. Le cadre et le fond évoluent tout de même sur du moyen et long terme. L’urgence étant réglée, reste à penser la suite. Martin Ackermann:

«La Task Force souhaite se concentrer sur trois points.

Tout d'abord, la question de savoir comment garder la situation actuelle sous contrôle. Concrètement, cela signifie que nous devons prendre les mesures les moins douloureuses possibles tout en conservant la plus grande liberté possible afin de maintenir le nombre de cas à un faible niveau.

Deuxièmement, il est important que nous analysions et évaluions en permanence les nouveaux résultats et que nous les incorporions dans une stratégie. Par exemple, nous avons maintenant une bien meilleure compréhension du mode de transmission du Sars-CoV-2 et pouvons donc mieux prévenir la transmission.

Troisièmement, nous devons commencer par rassembler les principaux enseignements tirés par la Suisse au cours des derniers mois. L'objectif est de trouver des solutions à la crise actuelle et d'être mieux préparé pour la prochaine crise.»

Les détails. La nouvelle feuille de route comporte 15 domaines où un apport scientifique est nécessaire sur le moyen terme et 3 sur le long terme. Tous ces domaines ont pour but la mise en œuvre d'une stratégie de réponse efficace en matière de surveillance de l’épidémie. Il s’agit notamment de développer un système intégré de collecte, de partage et d'analyse des données sur l'épidémie. Au niveau des perspectives, la task force désire soutenir les stratégies de vaccination et de traitement pour résoudre l’épidémie et aussi donner des perspectives pour minimiser les dommages économiques et sociaux de la crise. Voici les 18 domaines, par ordre d’urgence, sur lesquelles la task force va travailler:

  1. Elaboration et coordination d’une stratégie de dépistage, de recherche des contacts, d'isolement et de quarantaine (TTIQ).

  2. La task force désire continuer à soutenir la surveillance de l’épidémie. Pour cela, il est nécessaire de participer à la collecte, l’intégration, le partage et l’analyse des données épidémiologiques. De quoi détecter les foyers et mettre en œuvre des mesures ciblées.

  3. Aide à l’évaluation de l’efficacité de SwissCovid.

  4. Tests virologiques: la task force peut aider à évaluer les méthodes et à assurer la coordination entre les différentes parties. Elle peut également contribuer à assurer des chaînes de production pour les tests virologiques en Suisse en impliquant des entreprises qui fabriquent des matériaux, des réactifs et des équipements. Le développement de tests sérologiques est également essentiel pour identifier les individus qui ont déjà été infectés et qui pourraient être immunisés.

  5. Prévention et contrôle des infections: un objectif important est la prévention des infections dans les établissements de soins de santé, y compris les maisons de retraite et de soins, et les ménages privés où sont soignées les personnes appartenant à des groupes à risque. Il serait possible pour la task force de contribuer à l'élaboration d'une stratégie nationale visant à garantir la fourniture de matériel de protection individuelle, y compris la gestion des données de stock et l'élaboration de lignes directrices pour la réutilisation de ce matériel.

  6. Accompagner scientifiquement le développement de stratégies de traitements et contribuer à assurer l'approvisionnement en médicaments. La Task Force peut aider à tester la pertinence des biomarqueurs (y compris les marqueurs immunologiques) qui permettent de prédire la gravité de l'évolution de la maladie, la réponse aux thérapies et la protection immunologique. La task force aimerait jouer un rôle de premier plan dans l'évaluation des nouvelles méthodes de traitement et dans l'appréciation des changements qui en résultent en matière d'hospitalisation, de soins intensifs et de mortalité.

  7. Apporter un soutien scientifique à toutes les phases de la production de vaccins.

  8. La task force dispose de l'expertise nécessaire pour accompagner la mise sur pied des stratégies de vaccination.

  9. Comprendre et atténuer les impacts économiques en développant une meilleure compréhension entre la maladie infectieuse, les mesures de contrôle et l'impact sur l’économie. Il s’agit ici de trouver des mesures de lutte contre l'infection qui soient aussi efficaces que nécessaire tout en causant le moins de dommages économiques possibles.

  10. D'autres questions économiques importantes doivent également être évaluées, dont l'impact de l'épidémie sur le marché du travail et les finances publiques, ainsi que l'impact économique sur différentes parties de la population.

  11. Droits de l’homme: une préoccupation importante et urgente est la protection des droits des individus, et en particulier des droits et de l'estime de soi des catégories les plus vulnérables de la population (par exemple, les résidents des maisons de retraite). Cette préoccupation a également un impact direct sur le contrôle de l'épidémie: la stratégie de surveillance-réponse de la Suisse ne peut réussir que si les personnes en isolement et en quarantaine sont pleinement protégées contre les conséquences négatives sur leurs revenus et leurs salaires.

  12. Gouvernance démocratique: la reprise et la protection de tous les droits politiques et de la gouvernance démocratique, y compris les élections et les votes, les manifestations et les débats législatifs, revêtent une importance encore plus grande. Il s’agit de trouver des moyens de reprendre tous ces processus de manière sûre sans perdre le contrôle de l'épidémie.

  13. Equité dans la distribution des ressources: un défi majeur est l'élaboration d'une stratégie pour une distribution équitable des ressources. Par exemple, les médicaments et les vaccins doivent être distribués équitablement au niveau national et international.

  14. Poursuivre le transfert international de connaissances.

  15. L'agilité scientifique: grâce à ces nombreux réseaux universitaires, la task force a mis au point une plateforme permettant de transférer les réactifs et les équipements manquants des universités vers les hôpitaux dans un délai de dix heures et a développé une autre plateforme permettant de distribuer du matériel médical entre les hôpitaux dans un délai d'une semaine.

  16. Elaboration d'une stratégie internationale pour les maladies infectieuses émergentes: il faut accroître la préparation de la Suisse aux maladies infectieuses et renforcer la résilience du système de santé, du système social, de l'économie et de la société civile face aux futures pandémies. Un élément central est l'élaboration de la base scientifique d'un système de réponse décentralisé en matière de surveillance, adapté à notre système fédéral.

  17. Transformation numérique: il est impératif de discuter des implications de la crise pour la transformation numérique du pays. La crise a révélé deux problèmes majeurs: le manque de numérisation dans le secteur de la santé affecte le suivi et le contrôle de l’épidémie et le manque de numérisation dans l'administration paralyse des processus essentiels (par exemple dans les tribunaux). Ces problèmes doivent être résolus.

  18. Effets à long terme: la composition interdisciplinaire et l'approche transdisciplinaire permettent à la task force d'évaluer l'impact de l'épidémie et des mesures de contrôle sur la société et l’économie.

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