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La Chine recense désormais les cas asymptomatiques de coronavirus

Deux personnes portent un masque dans un parc à Wuhan (Image d'illustration) | Keystone / NG HAN GUAN

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Sous la pression de la communauté internationale, la Chine dévoile désormais, depuis le 1er avril, le nombre de patients asymptomatiques découverts au cours des campagnes de test du Covid-19. Les chiffres de cette première journée, soit 78% de nouveaux cas asymptomatiques, suggèrent un rôle de ce mode de transmission encore plus élevé que ce que l’on supposait jusqu’alors. Mais il ne faut pas en tirer de conclusions hâtives.

Pourquoi il faut rester prudent. Ces chiffres ne découlent pas d’une étude scientifique, mais d’une seule journée de reporting. On ne peut en conclure définitivement, en termes statistiques, que quatre cas de Covid-19 sur cinq ne présentent pas de symptômes. D’autant plus que sur la dernière journée disponible du décompte chinois, soit le 2 avril, ce pourcentage chute à 66%. Il faudra encore attendre plusieurs jours, voire semaines, pour obtenir une estimation réaliste du taux de cas asymptomatiques en Chine.

Le changement dans les décomptes. Le 28 mars, le Premier ministre chinois Li Keqiang invitait les autorités sanitaires du pays à se préoccuper davantage des cas asymptomatiques de coronavirus. Trois jours plus tard, les bulletins officiels du pays commençaient à les comptabiliser.

Cette décision fait indirectement suite à la résurgence de la maladie du fait des cas importés. Le professeur Zhang Wenhong, directeur de l’équipe d’experts Covid-19 à Shanghai, notait ainsi que certains patients identifiés comme positifs par les tests sérologiques étaient restés sans symptômes.

«Sur la centaine de cas importés observés à Shanghai, nous voyons de plus en plus de patients asymptomatiques. Lorsque nous rouvrirons les portes du pays à l’international, les voyageurs asymptomatiques poseront un énorme risque.»

Les estimations précédentes. Dans une tribune publiée sur Caixin, le professeur estimait que de 18 à 31% des contaminations totales se présentaient sous des formes asymptomatiques, soit 2 à 4 personnes asymptomatiques ou présentant des formes très modérées sur 10 personnes infectées, en ligne avec des travaux scientifiques précédemment publiés dans Science. Citant des chiffres confidentiels du gouvernement chinois, le South China Morning Post évoquait pour sa part 43’000 cas positifs pourtant asymptomatiques à la fin février, soit un tiers du nombre total de cas confirmés à cette date.

Les nouveaux chiffres.

  • Les rapports quotidiens décomptant le nombre de nouveaux malades, de nouveaux décès et de nouvelles guérisons sont disponibles sur le site de la Commission de santé nationale chinoise. Depuis le 1er avril, la Chine indique aussi le nombre de malades asymptomatiques parmi les cas confirmés.

  • Au 1er avril, la Chine déclarait ainsi 130 nouveaux cas asymptomatiques, qui s’ajoutent au bilan de 36 nouveaux cas confirmés présentant des symptômes. Soit donc 78% de nouveaux cas asymptomatiques.

  • Le rapport du 2 avril déclare ensuite 55 nouveaux cas asymptomatiques et 35 nouveaux cas confirmés symptomatiques, soit 66% de nouveaux cas asymptomatiques.

Les conclusions à ce stade. Dans une news (et non un article scientifique), le British Medical Journal (BMJ) titrait, sur la base du bulletin chinois du 1er avril: «Les chiffres de la Chine montrent que quatre cas de Covid-19 sur cinq sont asymptomatiques». Il faut toutefois être prudent car il ne s’agit que d’une journée de reporting, et surtout de la première journée. Il est possible que des cas asymptomatiques aient déjà identifiés la veille, mais reportés dans la nouvelle catégorie ouverte seulement le lendemain.

Sur la deuxième journée de reporting, le taux de 78% de cas asymptomatiques chute à 66%. C’est beaucoup plus que l’estimation du Pr Wenhong, mais ce n’est que sur la durée, plusieurs semaines minimum, que l’on pourra s’affranchir des effets liés au hasard (bruit statistique) pour avoir une estimation plus claire de la part de nouveaux cas asymptomatiques en Chine.

La piste d’une contagion asymptomatique accrue. Aujourd’hui, les modèles épidémiologiques tablent effectivement sur les chiffres du Pr Wenhong, quoiqu’en tenant compte du fait que la faible charge virale des patients asymptomatiques les rendrait beaucoup moins contagieux que les cas modérés à grave. Une étude de l’Université d’Oxford publiée le 31 mars dans Science, en modélisant l’épidémie à Wuhan, prenait pour paramètre 40% de cas asymptomatiques.

Pourtant, plusieurs spécialistes pensent que le taux de cas asymptomatiques est supérieur. Le professeur d’immunologie Sergio Romagnani évaluait pour sa part, dans une lettre ouverte aux autorités italiennes, que 50 à 75% des malades pourraient être asymptomatiques, mais pourtant vecteurs de contagion, rapportait le BMJ dans un autre article.

L’épidémiologiste Tom Jefferson de l’Université d’Oxford, interrogé par BMJ, estime que les chiffres dévoilés par la Chine seront très importants pour clarifier la situation.

«L’échantillon est pour l’instant petit, plus de données seront bientôt disponibles. Et il n’est pas clair à ce stade de savoir comment ces cas sont exactement identifiés. Mais imaginons que ces résultats soient exploitables et généralisables!»

L’importance des politiques de test. La Corée du Sud inclut également dans ses décomptes officiels les cas positifs mais asymptomatiques. Or, pour comptabiliser des gens qui par définition, ne présentent pas ou pas encore de symptômes, encore faut-il mener des tests suffisamment larges, par exemple via des campagnes de contact tracing visant à identifier les personnes ayant été au contact d’un cas confirmé.

Pour l’heure en Europe, de nombreux pays, dont la France ou l’Italie, ne testent que leurs malades les plus graves. Autrement dit, les éclaircissements sur la part réelle de porteurs asymptomatiques — et indirectement, sur la létalité de la maladie, c’est-à-dire le risque de mourir si l’on est porteur du virus — risquent fort de venir d’Asie..

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