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L'avenir à court terme du Covid-19 en Suisse: trois scénarios pour une seule issue

Alexandre Kuhn

Docteur en biologie, Alexandre Kuhn est spécialisé en génomique et en analyse de données. Il a travaillé dans l'industrie Biotech, ainsi que dans la recherche scientifique de pointe en Suisse, aux Etats-Unis et à Singapour.

Une semaine après la réouverture des écoles et des magasins, la situation sur le plan du Covid-19 en Suisse est sans aucun doute une source de soulagement et de satisfaction. Soulagement parce que nous avons évité le scénario dramatique auquel l'Italie a dû faire face. Satisfaction parce qu'une voie vers le mieux est maintenant en vue. C'est notre bonne adhésion à la politique de «confinement souple» du Conseil fédéral qui nous a permis d'apprivoiser la première vague épidémique.

Le nombre de nouveaux cas quotidiens (entre 10 et 40 au cours de la semaine écoulée) est revenu aux niveaux que nous avons connus au début du mois de mars, une période où la plupart d'entre nous n'étaient pas conscients du danger imminent qui nous attendait.

Au cours des deux derniers mois, nous avons cependant subi des conséquences humaines importantes: 1630 décès confirmés sont enregistrés à ce jour. La perte partielle ou totale de revenus pour des centaines de milliers de personnes doit aussi être ajouté à ce sombre tableau.

Nous sommes maintenant entrés dans la deuxième phase de l'épidémie, mais les prévisions restent difficiles, même à court terme. Dans le contexte actuel de faible taux d'incidence et d'assouplissement progressif des mesures, quelles sont les perspectives possibles pour les quatre semaines jusqu'à l'été?

  • Dans un premier scénario, le nombre de nouvelles infections continuera à diminuer jusqu'à ce que le virus s'évanouisse. Nous pouvons bien sûr être optimistes. Toutefois, étant donné la reprise progressive de la mobilité et la faible immunité collective, ce scénario ne semble pas être le plus probable.

  • Dans un second scénario, plus probable, nous continuerons à maintenir les niveaux actuels de nouveaux cas quotidiens. Cet équilibre peut toutefois dépendre de manière critique du travail des équipes de traçage des contacts et de leur capacité à éviter efficacement les infections. En effet, les nouveaux foyers du Covid-19 devraient augmenter au cours des prochaines semaines. Etant donné que l'effort suisse de traçage des contacts a été interrompu au début de la pandémie, il est difficile d’estimer quelle sera son efficacité dans les semaines à venir.

  • Enfin, un troisième scénario avec une recrudescence des nouvelles infections ne peut être exclu. Les gouvernements européens, dont la Suisse, accélèrent leur calendrier de déconfinement. La distanciation sociale et certaines des mesures de protection encore en place semblent être interprétées de plus en plus librement. Corollaire: cela pourrait entraîner un nombre important de nouvelles infections.

La surveillance épidémiologique menée par nos autorités représente un grand défi.

Nos autorités doivent être capables de dire dans lequel des trois scénarios ci-dessus nous évoluons. En outre, on ne sait pas à quelle vitesse une transition potentielle entre le deuxième et le troisième scénario peut être détectée.

Enfin, les contre-mesures optimales à prendre si la situation se dégrade à nouveau doivent être clairement exposées. De nombreux Suisses ont jugé que le Conseil fédéral avait géré la crise du coronavirus de manière satisfaisante.

Rétrospectivement, il est toutefois clair que si le gouvernement avait agi quelques jours plus tôt, il aurait pu réduire considérablement la charge du Covid-19 en Suisse. Dans cette optique, on peut s'attendre à ce que toutes les autorités puissent mieux anticiper la prochaine phase de l'épidémie, et y réagissent moins de manière réactive.

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