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J'agis concrètement pour faire baisser le prix des médicaments en Suisse

Philippe Nantermod

Nous avons demandé aux parlementaires romands, membres de la commission de la sécurité sociale et de la santé publique, de livrer leurs priorités en matière de santé pour la nouvelle législature. Ces opinions sont publiées gratuitement pour alimenter le débat public auxquels vous êtes, lectrices et lecteurs de Heidi.news, conviés. Réagissez, partagez, commentez. Aujourd'hui, Philippe Nantermod, conseiller national PLR valaisan.

Le prix des médicaments fait débat. Depuis des années. Inventer un traitement contre une maladie n’est pas à la portée de tout un chacun et je serais bien incapable d’estimer sérieusement les coûts réels de la recherche et du développement de la molécule miracle qui me soignera. Sans compter le nombre de ratés pour un réussi.

Ce qui choque, c’est la comparaison. Comme 10% à 15% de la population suisse, je souffre de migraines, assez violentes. Un antiépileptique pris quotidiennement a changé ma vie. Son prix, par contre, me fait bondir. Pour le même produit générique, je m’acquitterai d’un montant cinq fois supérieur en Suisse qu’en France. Des exemlpes comme celui-ci, vous avez dû en entendre d’autres.

Les explications alambiquées des producteurs sont inintéressantes. Sans pertinence. Les salaires ne jouent aucun rôle quand on connaît la marge misérable qu’il reste dans la poche du pharmacien en Suisse. La différence est à chercher du côté d’un bon vieux principe protectionniste.

A chaque fois que l’on propose des solutions au prix des médicaments, on nous le répète à l’envie: la place pharmaceutique suisse offre des perspectives d’innovations, d’emplois et de prospérité d’une telle valeur que cela justifie de payer les médicaments hors de prix.

Cet argument n’est pas pertinent. Le rôle de la LAMal est de payer nos traitements, pas d’assurer les recettes des fournisseurs de prestations. Pas de financer la recherche et la place économique suisse. Si la recherche veut de l’argent public, elle doit le demander à ce titre, pas par le biais détourné de nos primes d’assurance-maladie. A ce tarif-là, on pourrait bien abolir les marchés publics et forcer l’Etat à conclure les plus mauvaises affaires pour soutenir de manière détournée les entreprises privées.

Mon action concrète. C’est dans cet esprit que j’ai déposé deux motions pour libéraliser le marché des médicaments.

  1. La première requiert d’autoriser les importations parallèles des produits brevetés en provenance de l’UE. Cette pratique est autorisée pour tous les produits à l’exception notable et invraisemblable des médicaments. Une évidence me direz-vous…

  2. La deuxième motion est beaucoup plus amusante. Elle concerne les médicaments génériques dont les importations parallèles sont théoriquement déjà permises. Seulement, au nom de la protection du patient, celui qui voudrait importer une boîte d’aspirine française devrait la faire recertifier par Swissmedic, la sortir de son emballage et la réemballer dans une nouvelle boîte en carton, avec une notice en trois langues. Face à cette montagne de bureaucratie essentielle pour nous sauver la vie, on ne trouve pas beaucoup de combattants motivés à importer des médicaments moins chers.

Nous vivons une époque formidable. Alors que l’on peut lire librement sur www.compendium.ch davantage d’informations que sur n’importe quelle boîte de médicament, alors que nous pratiquons avec l’UE la reconnaissance des décisions dans bientôt tous les domaines techniques et scientifiques, nous parvenons encore à prendre pour prétexte la défense du consommateur pour justifier des mesures technocratiques tellement absurdes qu’elles en deviennent comiques. Et, comme moi, les patients achètent leurs médicaments en France, au péril de leur vie…

Une plus grande concurrence dans le domaine de la santé est certainement une réponse aux problèmes de coût et de qualité dans le secteur. Mais assumons entièrement cet esprit libéral plutôt que de nous cacher derrière de vulgaires prétextes pour pratiquer un corporatisme éculé que l’on n’ose même plus affirmer publiquement.

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