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Hackathon #VersusVirus (3/4): une vie en ligne (presque) normale

Thomas Maillart

Thomas Maillart, président de l'association Open Geneva, raconte au fil de l'eau son vécu du Hackathon #VersusVirus.

Pour les organisateurs du hackathon #VersusVirus, le confinement a du bon: plus de 5000 personnes sont restées scotchées devant leur ordinateur durant un très beau weekend de printemps. Le Covid-19 est-il seul responsable, ou a-t-on découvert de réels moyens de co-produire, d’innover et de vivre en ligne sans jamais se croiser physiquement?

Pourquoi c’est important. Avec le confinement, presque toutes les organisations doivent réinventer leur activité dans un contexte de grande incertitude. Et ne pas pouvoir se rencontrer physiquement est un défi supplémentaire de management dans un environnement opérationnel dégradé.

Le hackathon #VersusVirus nous enseigne comment établir en 24 heures une organisation en ligne de la taille d’une multinationale, capable de produire des résultats en 48h. Une leçon de management à décortiquer.

Comment ça a fonctionné. Il faut tout d’abord souligner le travail tout à fait remarquable de la petite équipe d’une dizaine de personnes, au coeur de l’organisation (l’auteur de ces lignes ne faisait pas partie de cette équipe resserrée). En dix jours, cette équipe a fait des choix technologiques en général avisés, tels que l’utilisation d’un outil de collaboration très robuste. L’application maison développée en 5 jours n’a en revanche pas résisté au choc du démarrage du hackathon (voir épisode #1).

L’équipe a ensuite conçu des processus de déroulement très clairs, mais sans expérience préalable ni possibilité de les tester. Enfin, l’équipe a associé environ quarante personnes qui avaient une expérience préalable des hackathons. Ces personnes ont joué un rôle clé pour absorber les imprévus, ainsi que pour certaines tâches ne pouvant pas être automatisées.

Et du côté des participants? Plus de 100’000 messages dans environ 800 groupes ont été échangés en 3 jours sur la plateforme de collaboration en ligne. L’approche de hackathon en ligne permet de communiquer sans friction. Un participant témoigne:

“Le statut social disparaît. N’importe qui peut contacter n’importe quel autre participant ou mentor, sans avoir peur de déranger au milieu d’une autre conversation. L’ambiance d’entraide aide grandement: les gens répondent dès qu’ils ont le temps, qu’ils soient simples participants, fonctionnaires de l’OFSP, ou Présidente du Conseil National.”

Le même participant met en avant qu’il lui semble que le format en ligne rend plus difficile la participation par les personnes qui ont l’habitude de se faire accompagner. En effet, dans l’environnement proposé d’un grand hackathon en ligne, chacun doit apprendre à se débrouiller pour trouver du soutien. Alors qu’un moment de co-création dans l’espace physique donne plus d’opportunités de soutien informel. Pour ce participant c’est une bonne chose de devoir se débrouiller, car après tout, être entrepreneur nécessite d’avoir un esprit de survie développé.

Si chacun se prend en charge de manière autonome, l’organisation des groupes et du hackathon tendent aussi à fonctionner de manière très autonome, à partir du moment où les buts et les processus sont clairs.

Néanmoins, un autre participant relève qu’il est quand même plus difficile de communiquer des émotions rapidement.

“Il manque clairement la communication non verbale qui joue un rôle important, surtout quand l’équipe fait face à des choix compliqués et souvent ambigus.”

Cette même personne trouve aussi qu’une bonne discussion autour de la machine à café est essentielle. En effet, une équipe de chercheurs du MIT a modélisé la circulation de l’information dans les organisations et trouvé que la machine à café est un centre névralgique de transmission de l’information.

Une organisation Suisse et globale. L’analyse des données de la plateforme de collaboration a permis de constater que les participants basés en Suisse ont reçu le soutien d’innovateurs présents dans vingt autres fuseaux horaires. Cette information illustre que si les routes, les chemins de fer, et lignes aériennes sont à l’arrêt à cause du confinement, les autoroutes de l’information remplissent pleinement leur fonction de maintien de la globalisation. Durant la présentation finale, Christoph Birkholz, un des organisateurs clés, a déclaré:

“Grâce au confinement, j’ai autant de chance de rencontrer un gérant du capital risque californien que tout autre entrepreneur de la Silicon Valley. Et en plus, je n’ai pas besoin de quitter mon salon.”

Réinventer une vie en ligne. L’horizontalité des relations et l’absence de friction en ligne permettent en outre de lier l’utile à l’agréable. Un participant mentionne au passage:

“C’est particulièrement efficace d’autant plus qu’il y a des opportunités de tisser des liens sociaux durables. Même en ligne, il y un peu ce frisson quelque peu romantique d’interagir avec des nouvelles personnes.”

Il faut dire que les organisateurs de #VersusVirus ont trouvé le temps d’organiser tous les soirs, des concerts live d’excellents artistes zurichois. On a même inventé la disco sans odeur de sueur et hautement productive en termes d’innovations!

Résultats du hackathon. Les 42 projets mis en avant par les mentors et le jury peuvent être consultés sur le site de #VersusVirus

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