Folles enfances: une série pour dire l’isolement des jeunes avec un parent atteint d'un trouble psy

Image d'illustration. Composition IX, 1936, Vassily Kandinsky. | wassilykandinsky.net / Courtoisie

Grandir avec un parent atteint d’un trouble psychique est le lot de milliers d’enfants en Suisse. A n’en pas douter, c’est probablement le cas d’enfants au sein de votre propre entourage. Peut-être ne le savez-vous même pas, car on n’en parle pas. Après avoir grandi à l’ombre d’un trouble psychique, eux ont décidé de sauter le pas. Cinq adultes, âgés de 23 à 45 ans, sortent du silence pour raconter une maladie qui n’est pas la leur, mais qui a façonné leur quotidien. Des histoires magnifiques de résilience et d’amour chahuté, mais qui signent aussi, parfois, d’inquiétants échecs de société.

Pourquoi leur voix est nécessaire. Comment sortir de l’isolement quand la honte et la loyauté vous paralysent? A qui faire appel quand son père ou sa mère refuse de se faire soigner? Comment prendre son indépendance quand la santé de son parent est conditionnée à un équilibre familial précaire? Ces questions, souvent restées sans réponses, se sont dressées sur la route des jeunes adultes et adultes qui témoignent aujourd’hui. Leurs récits qui seront publiés tout au long de la semaine – du 13 au 17 juin – interrogent les dispositifs de soutien mis en place et notre rapport, collectif, à la maladie mentale.

(1/5) Sasha*, 23 ans: «Je voulais mettre ma famille dans une boîte et la jeter dans le lac»

Quand Sasha* a pris la parole jeudi 26 mai sur la terrasse d’un café genevois, iel ne l’a plus lâchée durant une heure et demie. Les mots, gardés secrets trop longtemps, ont jailli, comme une libération. A part sa famille et sa psychologue, personne ou presque de son entourage n’est au courant du trouble psychique de son père, diagnostiqué bipolaire avant sa naissance.

«J’ai essayé d’expliquer à quelques amis, mais ils n’ont rien compris, alors j’ai renoncé», regrette Sasha, qui a enduré des mois de souffrance et d’anxiété, avec la série Friends comme seul refuge. Aujourd’hui, iel pose un regard sévère sur la façon dont les enfants et les jeunes sont impliqués dans la prise en charge de leur parent.

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(2/5) Emilie*, 39 ans: «Enfant, on ne se rend pas compte qu’on devient proche aidant»

«Mes parents étaient très investis dans mon éducation, même s’il y avait des bizarreries.» Quand Emilie* raconte son enfance, c’est avec beaucoup de tendresse. La Vaudoise de 39 ans, devenue enseignante, a grandi avec un père diagnostiqué tour à tour maniaco-dépressif, bipolaire et avec des troubles du comportement, et une mère diagnostiquée schizophrène lorsqu’elle était jeune adulte.

Aujourd’hui, elle s’engage au niveau d’une association de proches aidants et d’un collectif, notamment pour faire reconnaître le vécu des enfants qui, comme elle, ont grandi dans un environnement inconstant.

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(3/5) Sarah, 35 ans: «J’ai grandi sans amour»

Sarah est pharmacienne. A 35 ans, elle habite à Genève où elle a grandi et élève aujourd’hui ses deux enfants de 4 ans et 21 mois. La jeune femme, d’origine iranienne, revient de loin. «Je n’ai jamais manqué de rien au niveau matériel, mais j’ai grandi sans amour», résume-t-elle, d’entrée de jeu, devant sa webcam.

Il y a deux ans encore, elle évitait soigneusement de parler de la maladie de sa mère, schizophrène, devant ses collègues et ses amis. Depuis, elle a pris la parole dans un podcast et les mots sont devenus moins difficiles à dire, même s’ils sont encore lourds à porter. Sa mère n’ayant jamais voulu se faire soigner, laissant ses enfants dans une impasse.

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(4/5) Agathe*, 45 ans, «Le médecin ne s’est jamais inquiété de ce qui se passait à la maison»

«L’isolement, la singularité, la honte, des comportement agressifs et toujours beaucoup d’émotions, imprévisibles.» C’est avec ces mots qu’Agathe décrit son enfance, à Vevey, auprès de sa mère atteinte de troubles bipolaires, d’un léger retard mental ainsi que des problèmes d’addiction à l’alcool et aux médicaments.

A 45 ans, elle travaille désormais dans le milieu de la psychiatrie et a intégré un collectif qui vise, notamment, à sensibiliser les soignants aux vécus des enfants qui grandissent à l’ombre d’un trouble psychique. Pour éviter que d’autres aient à grandir dans les mêmes conditions qu’elle, qui est complètement passée entre les mailles du filet d’aide psychosocial.

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(5/5) Florian, 38 ans: «Je ne voulais pas que ma mère avale de la javel»

«Le jour de mes huit ans, fiasco. Ma mère a mis le feu à la cuisine, les pompiers ont dû intervenir. Aux fêtes de Noël, elle demandait aux invités de se peser avant d’entrer. Et je ne compte pas les fois où, à 12 ans, j’ai pris mon vélo et arpenté la ville, la peur au ventre, sans savoir dans quel état j’allais la retrouver.»

Les dégâts causés par la maladie mentale, Florian les connaît par cœur. Ils ont déchiré sa famille et l’ont propulsé dans le milieu complexe de la psychiatrie très jeune. Une année et demie après avoir témoigné pour Heidi.news, le jeune homme a réussi à monter le collectif dont il parlait. A l’occasion de cette série, nous republions son témoignage vendredi 17 juin.

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* Prénoms d’emprunt, identités connues de la rédaction