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Est-ce une bonne idée de s'inspirer des Etats-Unis pour «révolutionner» le système de santé suisse?

Bureau de Kaiser Permanente à Irvine, Californie, USA, le 9 juillet 2022. | Shutterstock / JHVEPhoto

C'est dans le Jura bernois qu'un entrepreneur valaisan a décidé de disrupter le système de santé suisse en s'inspirant d'un modèle américain. Ça se passe entre Moutier et Saint-Imier, et c’est Antoine Hubert, de Swiss Medical Network, qui est à la manœuvre.

Il rêve de disrupter le système de santé suisse depuis de nombreuses années. Et Antoine Hubert, administrateur délégué du Swiss Medical Network, est sur le point d’y arriver. En présentant le Réseau de l’Arc le 28 octobre à Moutier, l’entrepreneur s’est associé au canton de Berne et à l’assurance-maladie Visana pour créer le premier réseau de soins intégrés du pays directement inspiré du système américain Kaiser Permanente. Ce mariage à trois doit prendre corps dans le Jura bernois dès le 1er janvier 2024. Mais l’OFSP n’a pas encore validé le projet et s’inspirer du système de santé américain, le plus cher au monde, peut paraître paradoxal.

Pourquoi ça pourrait marcher. Le Réseau de l’Arc s’inspire directement d’un des systèmes de santé implantés en Californie depuis 1945. Le modèle de Kaiser Permanente a la particularité d’être moins cher que les autres offres de santé américaines grâce à un système de financement en «full capitation», ou financement forfaitaire par membre. Le but: garder les membres en bonne santé et ainsi faire diminuer les coûts de la santé. Un système qui comporte tout de même quelques risques. Explications.

De quoi on parle. Le 28 octobre, le canton de Berne, l’assurance Visana et Swiss Medical Network ont présenté le Réseau de l’Arc. Ce mariage permet de transformer l’Hôpital du Jura bernois en «organisation de soins entièrement intégrés pour la région de l’arc jurassien», a relevé Antoine Hubert lors de la conférence de presse.

Il s’agit d’un nouveau modèle où prestataires de soins, hôpital et assurance-maladie font cause commune pour proposer un «plan de santé» à leurs membres. Les personnes intéressées rejoindront donc un système qui va tout faire pour les garder en bonne santé. Selon les trois initiateurs de ce modèle:

«Le financement forfaitaire par membre (full capitation) plutôt que par acte médical et l’alignement des intérêts des partenaires du Réseau de l’Arc permettront de corriger les biais du système de santé actuel qui engendrent des augmentations perpétuelles de coûts et donc de primes.»

Le Réseau de l’Arc s’appuie sur deux hôpitaux – Moutier et Saint-Imier – plusieurs médicentres, un pôle santé mentale, et il entend étendre son offre à des services de soins à domicile et d’autres prestataires de soins. L’ensemble est assorti d’un produit d’assurance-maladie, dont doit s’occuper Visana.

Mais au moment de présenter le Réseau de l’Arc, l’assureur bernois n’avais pas encore soumis son produit alternatif d’assurance-maladie de base à l’OFSP. En somme, le réseau de soins intégrés existe, mais personne ne peut pour l’heure en devenir membre.

Lire aussi: Antoine Hubert: «Le but premier du Réseau de l'Arc est de maintenir ses membres en bonne santé»

L’offre devrait être disponible à partir de janvier 2024, mais seulement si l’OFSP valide le projet. Felix Schneuwly, expert assurance-maladie chez Comparis:

«[il n’y a aucun] risque que l'OFSP rejette ce nouveau modèle d'assurance-maladie. Surtout que les modèles alternatifs avec capitation sont conformes à la LAMal.»

Du côté de l’OFSP, on est plus prudent. Grégoire Gogniat, porte-parole:

«A ce stade, je peux juste vous informer que l’OFSP examinera le modèle dès que la Visana le lui soumettra. Les nouvelles approches de maîtrise des coûts sont en principe les bienvenues.»

En l’absence d’analyse approfondie, il est impossible de savoir si les promesses d’économies sont réelles. Surtout que ce modèle de soins intégrés s’insère dans un marché qui ne lui fera pas forcément de la place avec plaisir. Selon plusieurs experts contactés, le Réseau de l’Arc pourrait tout de même tirer les coûts vers le bas dans une proportion allant jusqu’à 10%.

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