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Epidémie d’Ebola: le vaccin est impuissant face à la violence en RDC

Enterrement de victimes d'Ebola, Butembo, RDC | Keystone

L’épidémie d’Ebola qui sévit depuis dix mois en République démocratique du Congo ne faiblit pas. Le cap des 2000 personnes infectées a été passé le 4 juin. Plus de 1350 sont décédées. L’Organisation mondiale de la santé qui pilote la réplique à cette épidémie a organisé une conférence de presse ce jeudi à Genève pour faire le point de la situation. Les spécialistes pointent un manque de moyens mais surtout une insécurité qui annihile les efforts déployés sur le terrain.

Pourquoi c’est inquiétant. Les attaques et les menaces contre les soignants sont fréquentes et mettent en péril la prise en charge des personnes contaminées, et des contacts.

En avril dernier, un épidémiologiste camerounais, le Dr RichardMouzoko Kibung a été abattu lors d’une attaque contre les centres de soins de la ville de Butembo, dans la province du Nord-Kivu. Dans la foulée Médecins Sans Frontières (MSF), une des ONG très actives en RDC avait suspendues ses activités et évacué son personnel de la ville. Fin mai, c’est un agent sanitaire qui a été victime d’un soulèvement de la population dans un village de la région de Mabalako.

Ce que l’on a appris de l’épidémie précédente. L’épidémie d’Ebola la plus meurtrière, qui a sévit en Afrique de l’Ouest en 2014 et 2015, a coûté la vie à plus de 11 000 personnes. L’OMS avait été, dès l’été 2014, particulièrement critiquée pour son manque de réactivité. L’agence onusienne avait par la suite développé un plan d’action afin de permettre une meilleure réponse face à une future autre épidémie.

Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève, rappelle cependant qu’il est difficile d’appliquer une même «recette» à des épidémies différentes.

«Il faut bien entendu apprendre de ses erreurs, et en tirer les conclusions qui s’imposent. Mais si le virus est commun, chaque épidémie a ses propres caractéristiques, qu’il faut tenter de comprendre pour agir au mieux. Celle que subit en ce moment la RDC est particulièrement complexe».

Pourquoi cette épidémie est différente. Comme l’a rappelé le Dr Michael Ryan, directeur du programme pour les urgences de l’OMS, lors de la conférence de presse, la réplique à l’épidémie doit tenir compte d’une «dynamique complexe», avec des mouvements de population importants qui favorisent la dissémination du virus. Ces déplacements sont en grande partie dus aux violences qui sévissent dans le Nord-Kivu. Antoine Flahault confirme:

«En 2014-2015, les soignants ne voulaient plus aller sur le terrain parce qu’ils avaient peur d’être contaminé. Or aujourd’hui, la grande différence c’est que l’on dispose d’un vaccin! C’est une avancée extraordinaire! Mais ne sert pas à grand-chose car les soignants ont maintenant peur d’être abattus!»

Pourquoi le vaccin semble inutile. Interrogé le vaccin rVSV-ZEBOV, Michael Ryan a confirmé qu’il présentait une excellente efficacité. «Mais pour qu’un vaccin soit efficace en cas d’épidémie, il faut que la couverture vaccinale soit bonne. Or les personnes qui ont besoin de ce vaccin n’y ont pas suffisamment accès, ou n’en veulent pas.»

Ce qu’il faudrait pour enrayer l’épidémie. «La situation reste très difficile», a résumé Michael Ryan, insistant à plusieurs reprises sur la nécessité de rester particulièrement prudent. Si la transmission semble commencer à stagner dans certaines zones, les contaminations restent élevées dans d’autres régions comme celle de Mabalako.

  • Pour l’expert de l’OMS, les points cruciaux à améliorer sont :

  • La sécurité pour les personnels soignants et les populations

  • La détection précoce des personnes infectées

  • La mise en isolement des cas confirmés

  • L’identification et le suivi des contact

  • La couverture vaccinale

«Mais c’est facile pour vous ou pour moi de dire tout cela, ici depuis cette salle de conférence. Alors que sur place, avancer sur un seul de ces points est tellement difficile.»

Michael Ryan a également insisté sur la nécessité d’une mobilisation encore plus importante des différents bailleurs et acteurs externes afin d’augmenter les fonds disponibles.

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