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En attendant le coronavirus, on reste zen

Marie-Christine Petit-Pierre

Alors que la Chine fait une démonstration de force inouïe pour faire face à l’épidémie de coronavirus, la Suisse reste des plus cool. Papier d'humeur de Marie-Christine Petit-Pierre, journaliste qui avait suivi les épidémies de Sras et du H1N1.

Ce sont peut-être les infos de dimanche qui illustrent le mieux la décontraction nationale face au coronavirus qui fait trembler le monde. Ce cher Darius ne peut bien sûr pas éviter d’en parler. Il interroge le Pr Didier Pittet, médecin-chef du service de prévention et contrôle des infections aux HUG. Le spécialiste est plutôt rassurant. Certes, on parle d’une mortalité de 2%, contre 0,1% pour la grippe saisonnière. Mais ces chiffres devraient être largement revus à la baisse lorsque l’on connaîtra le nombre total des personnes infectées, explique-t-il, car pour l’instant on n’en a aucune idée. Les cas bénins ne consultant pas forcément.

Peu après, dans Mise au point, on voit les rues désertes de Pékin – et ça, pour qui connaît la ville, c’est vraiment impressionnant. Une famille suisse calfeutrée dans son appartement pékinois, faisant malgré tout preuve d’humour. Puis retour en Suisse avec les images d’une Chinoise arrivée de Pékin par avion, son masque sur le visage. A peine la frontière franchie, elle l’enlève et tombe dans les bras de l’amie qui l’accueille. Embrassades. Et le coronavirus dans tout ça? Les deux femmes disent ne pas le craindre. Comme s’il était resté en Chine, voire dans l’avion.

Pendant ce temps, cinq ressortissants suisses ont été «rapatriés» de Wuhan, dans un vol commun affrété par la France. Ils sont en quarantaine, près de Marseille.

De l’autre côté de l’Eurasie. En Chine c’est toute la province du Hubei qui a été mise en quarantaine, soit 60 millions de personnes. C’est là que se trouve, à Wuhan, l’épicentre de l’épidémie. Trois autres villes, côtières celles-ci, viennent de prendre des mesures de restriction des déplacements. Douze millions de citoyens en plus.

Il y a des contrôles de température dans les gares, les aéroports, sur les grandes routes, à l’entrée de certains immeubles, décrit Jérémy André, correspondant du Point à Hong Kong. Des mesures qui portent leur fruit, commente-t-il, la progression de l’épidémie ralentirait en dehors de la province.

Hong Kong prévoit par ailleurs de munir les personnes mises en quarantaine de bracelets électroniques afin de s’assurer qu’elles respectent les mesures de confinement. C’est les avantages d’un système totalitaire, il n’y pas de place pour la désobéissance civique.

Et nous et nous. Pas de mesures de température corporelle dans les aéroports. C’est peut-être, comme le sous-entend encore Jérémy André, parce que ces machines sont rares en Europe. Pour Daniel Koch, responsable de division maladies transmissibles à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), la méthode est difficilement applicable tant le flux aérien des passagers est complexe.

Au téléphone, Daniel Koch précise qu’un système de prise de température des passagers est prêt à être mis en place dans les aéroports, avec le soutien de l’armée. Mais pour faire sens, la mesure devrait être prise en collaboration avec les autre pays. Daniel Koch:

«Pour l’instant nous ne sommes pas en situation d’épidémie, contrairement à la Chine. Il n’y a pas de cas en Suisse. Et le contrôle des températures dans les aéroports ne ferait que nous donner une fausse impression de sécurité, car des personnes en phase d’incubation peuvent passer inaperçues.»

Et si un cas se présentait au cabinet. Les instructions pour les médecins sont assez simples. Il faut faire un prélèvement sur les personnes suspectées d’être infectées par le coronavirus et les renvoyer chez elles, AVEC DES MASQUES A CHANGER AU MOINS TOUTES LES TROIS HEURES, dans l’attente des résultats. Au mieux, la famille devrait aussi porter des masques. Et si la personne est infectée? En l’absence de symptômes respiratoires graves, elle doit rester confinée chez elle, en gardant un mètre de distance avec tout autre personne et en continuant à porter un masque.

Justement, il n’y a pas de masques, ceux-ci proviennent de Chine. La pénurie est réelle. Elle l’est aussi en Chine.

À l’OFSP, Daniel Koch se veut rassurant: «Il y a des masques antiviraux pour les médecins». Mais ceux-ci ne sont pas appropriés pour les patients car ils ne peuvent être portés en permanence.

En réalité les masques simples étaient en rupture de stock chez les pharmaciens. Il semble qu’ils soient de nouveau disponibles. Mais ce n’est pas le cas des masques antiviraux (FFP2). Or, lorsqu’un patient «suspect» vient dans un cabinet, le médecin doit lui mettre un masque antiviral et en porter lui-même un pour faire le prélèvement.

Le Pr Laurent Kaiser, virologue, directeur du Centre national de référence pour les infections virales émergentes aux HUG, s’exprimant dans Mise au point, se montrait lui aussi serein. «Les hôpitaux sont prêts, a-t-il dit en substance. Et si nous sommes prêts à affronter le virus, c’est aussi parce que notre système de santé est un des meilleurs du monde.»

Espérons que le vilain 2019-nCoV ne profitera pas de la pénurie de masques, un moyen si simple et bon marché, pour mettre à mal un des meilleurs systèmes de santé du monde.

Alors? Alors on attend de voir comment la situation se développe, en restant zen.

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