| | news

Remises de diplôme: dire adieu à sa scolarité depuis son salon

Pixabay / Wokanpadix

Cet article est extrait de notre newsletter quotidienne «Le Point Coronavirus: Sortir de la crise».

Mi-juin, Maya a vécu une cérémonie de remise de maturité insolite. Elle a écouté le discours du directeur devant son écran, sur Google Meet, en compagnie de 200 convives virtuels. Pas de petits fours, de bière ni d’aula pleine à craquer, rien que son salon, sa famille, une amie et son chat. Un étrange adieu à son collège genevois. «En mars, j’étais heureuse d’arrêter. Mais avec le recul, je regrette de ne pas avoir vécu ma dernière semaine de collège comme les volées précédentes, en ayant conscience que c’était la fin de cette époque et en fêtant.»

Afin de mener à bien ces adieux numériques, le collège de Saussure a organisé une répétition générale la semaine précédant la remise. Le but était qu’un maximum d’élèves se connectent en même temps pour tester la capacité du programme. «Finalement, le jour J, seules les personnes qui s’exprimaient avaient leur caméra et leur micro ouverts. Il n’y a pas eu de bug. Le seul bémol était le son catastrophique des compositions de maturité des élèves de musique.»

La cérémonie n’a du reste pas été dénuée d’un certain comique de situation, relève Maya. «Un discours de directeur reste assez rébarbatif même à distance. Sur le chat de la plateforme, les élèves et certains enseignants ont commenté les discours et les morceaux de musique ajoutant de l’intérêt à cette situation assez absurde. Le fait d’écrire et de commenter en live a donné une tournure sympa à l’évènement. Par exemple, lors de la diffusion d’une des compositions où un élève jouait avec des super longs cheveux blonds, un de nos profs a écrit: bravo à mon idéal capillaire.»

Face à l’écran, Maya a pris la parole pour prononcer le traditionnel discours du collégien. «Je me suis amusée à parler du collège comme d’une relation amoureuse. J’en ai conclu que c’était une relation assez toxique, car il voit plusieurs milliers de personnes en même temps que toi, alors que toi, tu n’as pas le droit d’aller voir ailleurs sinon il s’énerve. Il est très possessif le collège. Je stressais un petit peu, du coup j’ai parlé vite, mais les gens ont l’air d’avoir compris. J’étais contente, même si j’aurais préféré le dire directement face au public. J’ai reçu ensuite beaucoup de messages qui m’ont beaucoup touchée.»

«À la fin, le collège a diffusé une vidéo tournée par les professeurs qui nous disaient au revoir à leur manière, les uns après les autres. C’était vraiment chouette. Lorsque la cérémonie s’est terminée, tout le monde a allumé son micro pour applaudir. Le lendemain, nous avons pu aller chercher nos matus par classe au collège. J’avais l’impression qu’en ayant le papier dans mes mains, je réaliserais que c’était vraiment fini, mais toujours pas. Cette année est définitivement bizarre.»

Sur le diplôme, les colonnes réservées aux examens de maturité oraux et écrits sont vides. Et sur la photo de groupe officielle de la volée, réalisée cette même journée, les élèves sont placés en quadrillage à deux mètres de distance. Ils resteront affichés ainsi dans le collège ces prochaines décennies, témoins silencieux de cette année scolaire pas comme les autres.

Cet article est réservé aux abonnés.

Accédez à tous nos contenus, soutenez une rédaction indépendante.

S'abonner

Recevez chaque jour des actualités thématiques en vous inscrivant à nos newsletters gratuites.

Sortir de la crise, la newsletter qui aborde les enjeux de la sortie de crise selon une thématique différente

Lire aussi