Réservé aux abonnés

Covid-19: Peut-on se faire vacciner sans risque quand on est enceinte?

Alice Panchaud est pharmacienne clinicienne spécialisée dans les médicaments de la grosse au CHUV et professeur de pharmacie communautaire à l'Université de Berne. | Courtoisie

Depuis le début de la pandémie, les vaccins font peur. Mais s’il y a bien une catégorie de la population qui fuit l’aiguille, c’est bien les femmes enceintes. L’équipe d’obstétrique du CHUV vient de publier dans le Lancet une vaste étude destinée à évaluer la sécurité des vaccins ARN sur 1025 Suissesses vaccinées. L’occasion de faire le point avec la Pre Alice Panchaud, pharmacienne spécialiste des traitements pendant la grossesse, qui a co-dirigé ces travaux.

Heidi.news – Cette étude a été lancée au printemps 2021, il y a plus d’un an. A quel problème s’agissait-il de répondre?

Alice Panchaud – Quand les vaccins Covid sont arrivés, on s’est vite rendu compte qu’on faisait face à une grande hésitation vaccinale. Et que cette hésitation allait être immense chez les femmes enceintes, souvent très inquiètes des expositions pour leur bébé. Le but de l’étude a été de collecter très rapidement des informations sur la sécurité de ces vaccins pour elles et leur bébé. C’est important, car les femmes enceintes sont une population plus à risque de faire une forme sévère de Covid-19 et des complications de grossesse, comme un accouchement prématuré.

Rappelons qu’il n’y avait pas de femmes enceintes dans les grands essais cliniques ayant permis de valider les vaccins pandémiques, de Pfizer et Moderna par exemple. Pourquoi?

Les femmes enceintes ou allaitantes sont exclues de toutes les études effectuées avant la mise sur le marché d’un nouveau traitement, sauf s’il est destiné à une pathologie propre à la grossesse, comme la menace d’accouchement prématuré. Les fabricants ont très peur d’avoir des éventuel effets secondaires sérieux comme l’effet tératogène (malformations du bébé, ndlr.), héritage de la tragédie de la thalidomide. C’est discutable sur le plan éthique. Il y a toujours le réflexe de protéger l’enfant à naître mais pour cela il ne faut pas oublier de protéger aussi la maman.

Les vaccins anti-Covid-19 ont hélas mis cette situation en lumière puisqu’il était connu que les femmes enceintes sont une population à risque et que de manière générale les vaccins non vivants (comme les vaccins ARN ou à virus inactivé, ndlr.) ne sont pas particulièrement inquiétants pour la grossesse. Cette situation aurait été propice à une inclusion précoce des femmes enceintes dans les essais cliniques avant la commercialisation des vaccins Covid mais cela ne s’est pas fait.

La Suisse a graduellement évolué jusqu’à recommander la vaccination pour toutes les femmes enceintes dès le 2e trimestre. Sur quelle base?

La Suisse a longtemps hésité à recommander la vaccination chez les femmes enceintes alors que de nombreux pays autour de nous, les Etats-Unis en premier lieu, les ont tout de suite mises sur la liste des personnes à risque et à vacciner en priorité. Il a fallu les données de sécurité des autres pays pour qu’en mars 2021, la Suisse commence à proposer la vaccination aux femmes enceintes avec facteur de risque Covid-19, avant d’élargir à toutes les femmes enceintes pendant l’été. On a mis en place un registre de suivi des femmes enceintes vaccinées dès le début, ce qui nous permet aujourd’hui d’offrir ces données de sécurité au niveau suisse.

Comment procédez-vous pour évaluer la sécurité des vaccins, sans essai clinique?

On court après les informations une fois que les traitements sont disponibles. Démontrer la sécurité se fait le plus souvent par des méthodes observationnelles. On ne peut pas randomiser les femmes pour tester le risque tératogène d’un nouveau médicament, ce serait éthiquement inacceptable. Pour le vaccin Covid, on a suivi les femmes qui se sont fait vacciner parce qu’elles étaient convaincues que le bénéfice était supérieur au risque éventuel non décrit. Cela a permis de constituer une cohorte et d’observer la présence d’éventuels effets indésirables.

Venons-en aux résultats de votre étude. Quels sont les effets indésirables les plus souvent observés?

Cela ressemble totalement à ce qu’on observe dans la population générale. La douleur au point d’injection est très fréquente, presque 80% des patientes. Puis on a la fatigue, les maux de tête, la fièvre, des frissons, et rarement (2 à 3%) des vomissements et des diarrhées. Ce sont des effets désagréables mais pas graves, ça montre surtout que le système immunitaire se met en marche.

Réservé aux abonnés

Cet article est réservé aux abonnés.

Déjà abonné(e) ? Se connecter