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REPORTAGE – Comment les soins à domicile s’organisent face au coronavirus à Payerne

Sonia Machado, infirmière mobile d’urgences à domicile, et Mathieu Martin, astreint PCi du Jura Nord-vaudois, en intervention à Payerne, le 20 mars 2020. | Keystone / POOL / Denis Balibouse

Exceptionnellement, nous avons décidé de mettre cet article à disposition gratuitement tant ces données sont importantes pour bien réagir face à l'épidémie en cours et mieux la comprendre.

Confiner les personnes âgées à leur domicile pour les protéger de l’épidémie de coronavirus génère un isolement important: plus de visites du coiffeur, plus de femmes de ménage, plus de visites de la famille, plus de livraisons de repas jusque dans la cuisine. Les centres médico-sociaux (CMS) et les équipes des infirmières mobile urgences à domicile (Imud) jouent un rôle important pour rassurer et prodiguer des soins. Reportage ce vendredi 20 mars à Payerne (Vaud) avec trois infirmières, un médecin de famille et un soldat de la Protection civile.

Pourquoi c’est important. Le réseau de soins décentralisés existant dans le canton de Vaud permet de conserver les plus vulnérables, prioritairement les personnes âgées, à domicile. Pour éviter un engorgement du système hospitalier, la structure médicale a été renforcée et réorganisée. La Protection civile vient en aide depuis ce 20 mars et des troupes militaires seront également engagées dans le canton de Vaud, dès lundi 23 mars.

Le but du dispositif. Jean-Christophe Sauterel, chef communication de l’Etat major cantonal de conduite (EMCC) de l’Etat de Vaud le résume en une phrase:

«Que les soins aillent aux patients.»

L’exemple broyard. L’Association broyarde pour la promotion de la santé et le maintien à domicile (Absmad) s’est réorganisé ces dernières semaines pour protéger les personnes à risque. Mireille Pidoux, sa directrice:

«Nous allons continuer à maintenir toutes les prestations vitales et sociales. Les équipes rassurent et informent les bénéficiaires depuis plusieurs semaines déjà. Nous allons continuer ce travail tout en renforçant nos équipes d’urgences à domicile.»

Carmen Gutierrez, chargée de projet pour la réponse urgence dans le district de la Broye:

«Les équipes répondent à deux besoins: soins aigus et soins à domicile. Une dizaine de personnes sont formées et équipées pour intervenir à domicile. Et elles se préparent à faire face à une surcharge de travail importante.»

Les inquiétudes. Chez les bénéficiaires, l’inquiétude augmente au fil des jours et de l’évolution de l’épidémie dans le pays. Sonia Machado, infirmière mobile d’urgences à domicile:

«Les aînés souffrent de ne plus pouvoir voir leurs proches, leur femmes de ménage, leur coiffeur. Ils souffrent de l’isolement. Pour l’instant, je n’ai été en contact qu’avec une personne infectée, mais avec des symptômes légers et atypiques. Mes habitudes n’ont pas changé: je porte toujours un masque et des gants. Ce qui change, c’est que je suis beaucoup plus attentive à tous les gestes d’hygiène et je désinfecte stéthoscope et thermomètre en permanence. Ca rassure les personnes âgées. Moi, un peu moins: j’ai peur d’être porteur sain et de ramener le virus à la maison.»

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Sonia Machado, infirmière mobile d’urgences à domicile. | Keystone / POOL / Denis Balibouse

L’équipement. En plus du matériel de soins habituel, le personnel soignant peut effectuer des prises de sang et administrer des médicaments (avec la supervision d’un médecin). Il dispose également d’un saturomètre permettant de mesurer le taux d’oxygène dans le sang. Des électrocardiogrammes ont été commandés et pourront être utilisés pour éviter un passage aux urgences hospitalières.

Le soutien des médecins. Certains actes médicaux sous la responsabilité des médecins seront ainsi délégués et supervisés. Olivier Bettens, médecin de famille à Cossonay-Ville et responsable de la réponse communautaire dans la région Broye-Nord vaudois:

«Les hôpitaux sont des joyaux à protéger. Actuellement, ils sont vidés pour pouvoir faire face à la vague de cas Covid-19. Quand c’est possible, les patients rentrent à domicile ou sont placés en EMS. Le rôle des médecins de premiers recours est de permettre ces transferts dans les meilleurs conditions possibles. Nous avons aussi adapté nos pratiques pour pouvoir traiter le plus longtemps possible à domicile.»

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Olivier Bettens, médecin de famille à Cossonay-Ville et responsable de la réponse communautaire dans la région Broye-Nord vaudois. | Keystone / POOL / Denis Balibouse

L’aide de l’armée. Avec l’augmentation des besoins sociaux – courses alimentaires, soins, ménage – et la prise en charge médicale, l’aide de la Protection civile (PCi) et de l’armée est nécessaire. La mobilisation de la PCi vaudoise vient de débuter et l’armée sera engagée dès la semaine prochaine dans le canton de Vaud. Dans les deux cas, il s’agit de missions d’appui. Mathieu Martin, astreint PCi du Jura nord-vaudois:

«Nos missions seront variées. Cela va de l’aide pour contrôler l’entrée des hôpitaux et des EMS au soutien logistique en passant par la livraison de repas à domicile. Il est également possible qu’on nous demande d’accomplir des actes simples pour soulager les infirmières. Notre but est de les aider sous leur supervision. Cette mission me rend fier. Etre utile à la population actuellement est important.»

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Mathieu Martin, astreint PCi du Jura Nord-vaudois. | Keystone / POOL / Denis Balibouse

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Cet article a été produit dans le cadre du pool mis en place par les autorités vaudoises pour couvrir l'actualité du coronavirus et dont fait partie Heidi.news, avec Keystone/ATS et les journaux membres de l'Association Vaud Presse.

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