Comment je me suis pris la tête avec les statistiques de la grippe

Annick Chevillot

La saison de la grippe bat son plein en Suisse. Mais en quoi la situation actuelle est-elle exceptionnelle? Je vous explique ici pourquoi c’est si difficile d’obtenir des données fiables. Et dans un second article, je détaille la situation avec les rares chiffres disponibles.

Chez Heidi.news, les sujets les plus complexes commencent parfois par des questions simples, en apparence: «Vu les statistiques actuelles, peut-on dire que la vague de grippe de cet hiver 2022-2023 est deux fois plus violente que le précédent pic important, quatre ans plus tôt?» Le dernier rapport de situation sur la grippe saisonnière de l’OFSP le suggère: il montre une augmentation de 77% des cas de grippe entre l’hiver 2018-2019 et l’hiver 2022-2023 .

Titillée par la question de mon chef, j’ai donc plongé dans les chiffres de ces cinq dernières années. Un constat simple s’impose, c’est le foutoir. J’ai tout de même réussi à arracher quelques données, fiables, qui montrent que l’épidémie saisonnière actuelle a bien quelque chose d’exceptionnel par son ampleur (pour les découvrir, cliquez sur l’article en lien ci-dessous).

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S’il reste difficile d’obtenir des statistiques (taux de positivité, chiffres comparables d’une année sur l’autre) solides, une lueur d’espoir existe pour les années à venir grâce à la détection des virus influenza dans les eaux usées. De quoi améliorer le suivi épidémiologique.

Pourquoi c’est le foutoir. A l’OFSP, on ne comptabilise que les résultats de laboratoire positifs, déclarés notamment par le Centre national de référence de l’influenza, et pas l’ensemble des tests réalisés. Première déception: il n’est pas possible de connaître le taux de positivité, c’est-à-dire le nombre d’échantillons positifs rapporté au nombre d’échantillons testés.

Pourquoi c’est important? Parce que ce n’est pas la même chose d’avoir 100 positifs sur 10’000 dépistages que 100 positifs sur 100 dépistages. Et qu’en général, plus on teste plus on trouve de cas, surtout lorsqu’un virus circule dans la population. Le taux de positivité donne une idée de l’efficacité du dépistage - et donc de la fiabilité des données épidémiologiques.

Par ailleurs, l’ampleur du dépistage de la grippe en Suisse varie d’une année à l’autre. De quoi rendre les comparaisons annuelles impossibles. Enfin, ce n’est qu’à partir de la saison grippale 2020-2021 que «les déclarations de laboratoire ont été numérisées et donc entièrement saisies», souligne Daniel Dauwalder, porte-parole à l’OFSP.

Comment faisaient-ils avant? «Pour des raisons de capacité», explique-t-on du côté de l’OFSP, une partie seulement des déclarations obligatoires a été saisi du 25 décembre 2017 à la saison 2019-2020. C’est sur cette seule base que les données représentées dans le rapport hebdomadaire de l’OFSP pour ces années-là ont été «extrapolées en conséquence».

On se retrouve donc grosso modo avec des courbes qui ne veulent pas dire grand-chose, si ce n’est qu’on voit plus ou moins le moment où la grippe a commencé sa course saisonnière et quand elle a atteint son pic.

Mon chef sera forcément déçu, puisque je ne peux pas affirmer que la vague de grippe actuelle est deux fois plus forte que celle de 2018-2019.