«Chers amis, nous avons fait un tabac aujourd'hui!»

Hans Stöckli, conseiller aux Etats (PS/BE) et président d'«Enfants sans tabac», le jour du dépôt de l'initiative «Oui à la protection des enfants et des adolescents contre la publicité pour le tabac», le jeudi 12 septembre 2019 à Berne. | Keystone / Peter Schneider

C’est avec ses mots qu’Hans Stöckli, conseiller aux Etats (PS/BE) et président d’«Enfants sans tabac» a remercié les partisans de l’initiative plébiscitée à 56,6% ce 13 février: «Chers amis, nous avons fait un tabac aujourd'hui! Nous les associations de santé, nous sommes battus contre Goliath. Mais Goliath a oublié que nous sommes beaucoup plus nombreux». Les mineurs seront donc protégés de la publicité pour le tabac.

Pourquoi ce n’était pas gagné. L’importance de la prévention pour les mineurs a convaincu les citoyens suisses, mais l’initiative devait obtenir la majorité du peuple et des cantons pour passer la rampe. S’il était assez clair dès 12h30 que le peuple était pour l’interdiction, la majorité des cantons s’est fait attendre jusqu’à 14h30. Les cantons où de grands groupes de l’industrie du tabac ont leur siège n’ont pas réussi à faire s’envoler en fumée cet objet. Il reste maintenant à savoir quand et comment cette loi entrera en vigueur.

De quoi on parle. Interdire la publicité pour le tabac ciblant les enfants et les jeunes relève du casse-tête: de nombreux lieux étant fréquentés par l’ensemble de la population, sans distinction d’âge. Ainsi, dans de nombreux secteurs, la nouvelle loi

«représente plus ou moins une interdiction générale, relève Grégoire Vittoz, directeur d'Addiction suisse et membre du comité d’initiative. On tue de facto tout publicité pour le tabac.»

La droite sera donc tentée d’affaiblir la loi d’application qui sera élaborée au Parlement. Sur ce point, Grégoire Vittoz est très clair:

«Nous allons veiller à ce que sa mise en application ne traîne pas. Nous serons également très attentifs au contenu de la loi d’application.»

Secteurs concernés. La décision du jour modifiera le paysage publicitaire du pays. Si la publicité pour le tabac s’adressant aux mineurs est déjà interdite à la radio et à la télévision, elle le sera dorénavant aussi dans les espaces suivants:

  • échantillons gratuits si des mineurs sont atteints

  • lieux publics (cinémas, affiches, transports publics, bâtiments, terrains de sport) si des mineurs sont atteints

  • sponsoring d’événements internationaux (festivals) si des mineurs sont atteints

  • dans la presse et sur internet si la publicité est accessible aux mineurs

  • dans les points de vente (kiosques) si la publicité est accessible aux mineurs

La publicité pour le tabac par e-mail et prospectus demeure autorisée lorsqu’elle ne s’adresse qu’aux adultes.

Vers un mouvement vertueux? La votation du jour permet de mettre en cohérence l’interdiction de la vente de tabac aux moins de 18 ans et la publicité qui les cible. Malgré cela, la Suisse conserve une législation peu contraignante. «On n’est pas à la pointe en effet», confirme Grégoire Vittoz.

Lire aussi: Protéger les jeunes contre la pub pour le tabac est une question de santé publique avant tout

La décision du jour ne modifiera pas cet aspect. Grégoire Vittoz:

«Aujourd’hui, nous ne mettons pas en place une batterie de mesures contraignantes. Mais j’espère que le vote du jour permettra d’initier un mouvement vertueux. Je souhaite vraiment que la Suisse devienne plus exemplaire. On a peut-être fait le premier pas.

Je suis en tout cas heureux de pouvoir offrir à mes enfants d’être mieux protégés contre le tabagisme. C’est la victoire de la liberté pour les enfants.»

Pour Virginie Bréhier, responsable promotion de la santé à la Ligue pulmonaire vaudoise:

«Que les jeunes ne soient plus confrontés à des publicités pour le tabac au milieu des bonbons et chocolats dans les kiosques, notamment, est vraiment une bonne chose. De nombreux dispositifs doivent encore être élaborés au Parlement pour que l’initiative soit pleinement appliquée.

J’ai bien conscience que cela n’empêchera pas certains jeunes à fumer, mais au moins ils ne seront plus encouragé à la faire.»

La suite. Les initiants aimeraient que la loi d’application soit sous toit le plus rapidement possible. Mais Alain Berset, conseiller fédéral en charge de la santé, a douché l’espoir d’une entrée en vigueur encore en 2022:

«La solution retenue interdit toute publicité là où les jeunes peuvent la voir. On va devoir réfléchir à la manière de mettre en oeuvre cette loi.

Cela nécessite un travail parlementaire et de la part du Conseil fédéral qui va durer plusieurs mois. Une entrée en vigueur cette année ne me paraît donc pas envisageable.»