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La Suisse vient de changer de stratégie face au coronavirus: qu'est-ce que cela signifie?

Au cœur du dispositif de l'OFSP: préserver les séniors et les personnes à risque pour éviter une hospitalisation (l'entrée des HUG ici). | Keystone / Salvatore Di Nolfi

La Confédération a décidé lundi 9 mars d’adapter sa réponse à l’épidémie de Covid-19. Conséquence attendue de l’annonce faite par Daniel Koch vendredi 6 mars: l’état d’épidémie est déclaré dans le pays. La stratégie des autorités sanitaires passe ainsi de l’endiguement à l’atténuation, afin de limiter l’impact de la crise sanitaire sur la société, en privilégiant des mesures plus ciblées. La priorité affichée par les pouvoirs publics est désormais la suivante: protéger les personnes âgées et les plus vulnérables.

Pourquoi c’est déroutant. Seules les personnes à risque ou présentant des signes d’infection grave seront désormais testées et prises en charge à l’hôpital. Les autres personnes sont invitées à rester chez elles, même en cas de symptômes évocateurs de Covid-19. Après avoir beaucoup insisté sur le suivi et l’identification des personnes infectées, la priorité a changé: elle consiste à éviter la saturation du système de santé. Une transition qui nécessite quelques explications.

De quoi on parle. Depuis le début de la semaine (à compter du lundi 9 mars), la stratégie de réponse sanitaire de la Confédération repose sur trois piliers:

  • ralentir l’épidémie par la distanciation sociale (interdiction des grands rassemblements, auto-mise en quarantaine des personnes contact, télétravail…);

  • seuls les cas sévères sont désormais pris en charge à l’hôpital;

  • les cas bénins sont traités à domicile et en ville, et ne sont plus forcément dépistés.

Ce changement de cap résulte du passage au stade épidémique, qui voit le virus circuler activement dans le pays. D’après le Conseil fédéral:

«La protection des personnes particulièrement vulnérables figure au cœur du dispositif. Il s'agit d'éviter les cas graves et les décès, ainsi qu'une surcharge des établissements de soins.»

Les contraintes. Les nouvelles consignes relèvent d’un compromis entre:

  • la nécessité d’endiguer la propagation du virus,

  • les ressources limitées à disposition, notamment en personnel soignant et en lits aigus,

  • la volonté de la Confédération de ne pas trop impacter l’économie.

Pour le détail des mesures, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), bras armé de la Confédération en matière sanitaire, tend notamment à s’inspirer de l’Allemagne. La Dre Virginie Masserey, responsable des maladies infectieuses à l’OFSP:

«L’Allemagne a été parmi les premiers pays d’Europe à avoir des cas, donc ils servent un peu de référence.»

Selon sa vulnérabilité. Deux cas de figure principaux:

  • Je suis à risque et je tombe malade (fièvre, toux, mal à respirer)

Pour les personnes à risque (plus de 65 ans, maladie chronique), le médecin généraliste valide la nécessité d’un test. En cas de signes de gravité, la prise en charge se fait à l’hôpital. Dans le cas contraire, la prise en charge se fait à domicile.

Si elle ne relève pas du circuit hospitalier, la personne infectée doit rester à domicile jusqu’à au moins 10 jours après le début des symptômes, et 48 heures sans symptômes. C’est le médecin qui garde la main sur la levée de l’isolement.

Les personnes ayant été en contact avec le malade sont invitées à se placer en auto-quarantaine pendant cinq jours. Virginie Masserey:

«Ce délai de cinq jours permet de capturer environ 70% des personnes qui risquent de contracter la maladie. C’est aussi le résultat d’une négociation avec les milieux professionnels, qui acceptent de ne pas demander un certificat pendant 5 jours, au lieu de 3 normalement.»

  • Je ne suis pas à risque et je tombe malade (fièvre, toux, mal à respirer)

Tant que les symptômes demeurent bénins, le patient ne va pas à l’hôpital. Il s’agit d’économiser les ressources en lits – notamment dans les unités de soins intensifs, qui sont le grand point faible du système de santé.

Contrairement à l’ancienne réponse, ce cas de figure n’appelle désormais plus de test de dépistage de Covid-19. Ce choix a vocation à d’éviter de mobiliser (et exposer) les personnels de santé pour le prélèvement des échantillons.

La prise en charge se fait donc en ambulatoire aussi longtemps que possible, le patient étant invité à rester isolé à domicile jusqu’à 24 heures après la fin des symptômes.

Virginie Masserey:

«On veut que les institutions et entreprises restent fonctionnelles. Au bout de 24 heures, il est possible de retourner au travail, mais toujours en respectant les mesures d’hygiène, parce qu’il n’est pas certain qu’elles ne soient pas contagieuses.»

Pour s’y retrouver dans cette jungle de recommandations, une visite sur le site Coronacheck est tout indiquée.

Les questions ouvertes. Face aux mesures drastiques prises par l’Italie, la réponse de la Confédération peut sembler tiède, voire timide. Maintenant que la propension des enfants à être infectés est mieux assurée, des voix se font entendre pour demander la fermeture des écoles. Le Tessin a d’ailleurs décidé de fermer toutes les écoles post-obligatoires du canton à compter du jeudi 12 mars.

L’abandon du dépistage systématique de Covid-19 risque d’aboutir à un tableau incomplet de l’épidémie. Pour résoudre ce problème, les autorités ont décidé d’adapter Sentinella, un système de surveillance en population générale utilisé pour la grippe, la coqueluche et les oreillons par les médecins en ambulatoire.

Les médecins de famille participants (environ 200 en Suisse) auront à charge de déclarer leurs patients suspects à l’OFSP, et ceux-ci devraient faire l’objet de tests de dépistage. Ce système vient compléter la déclaration en hôpital (stationnaire).

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