| | Interview

Avec le vieillissement de la population, la délicate mission du soin à domicile

Catherine Busnel, responsable de l'unité recherche et développement à l’imad. | Imad

Isolement social, problèmes psychiatriques ou multimorbidité: depuis une dizaine d’années, les infirmières à domicile ont vu leur métier devenir de plus en plus complexe face au vieillissement de la population et à une politique de santé axée sur l’ambulatoire. Dans l’idéal, accompagner la population malade ou en fin de vie à domicile permet d’alléger le système de santé en évitant des hospitalisations inappropriées et de préserver l’autonomie des personnes lorsque la situation le permet.

Pourquoi c’est un défi. Le virage ambulatoire nécessite une collaboration étroite entre les différents acteurs – patients, proches aidants, professionnels de la santé et du social – sans quoi la fragmentation des interventions peut conduire à des situations désastreuses. C’est ce qu’explique Catherine Busnel, responsable de l'unité recherche et développement à l’imad, l’institution genevoise de maintien à domicile. L’infirmière de formation vient de publier un guide baptisé «La complexité des soins à domicile». Destiné à tous les professionnels de l’aide et des soins à domicile, il vise à leur permettre de se fixer des objectifs communs et d’agir de concert.

Heidi.news — Comment la profession des infirmières à domicile a évolué ces dernières années?

Catherine Busnel — Ces dix dernières années, la nécessité de sortir de la logique d’un soin hospitalo-centré s’est accélérée. Avant, le domicile était totalement déconnecté du milieu hospitalier, alors qu’aujourd’hui on essaie de trouver un continuum au sein duquel l’hospitalisation n’est qu’un épisode dans le parcours du patient. Actuellement, on se trouve face à une population qui veut vivre, vieillir et se faire soigner à domicile. Et les évolutions médicales de ces dernières années le permettent souvent. Cela ne veut pas dire que le suivi est moins pointu, mais il demande beaucoup d’adaptations.

La conséquence de ce changement est que l’infirmière à domicile se retrouve au cœur du système, à un poste de coordinatrice, de cheffe d’orchestre. Elle a la responsabilité de créer le lien entre le médecin traitant, les spécialistes, le proche aidant et l’ensemble des professionnels de la santé et du social. Malheureusement, on voit que l’organisation qui subsiste est faite de silos. Et la prise en charge à domicile ne le permet pas. Puisque l’environnement domiciliaire est à la fois un lieu de vie et de soins, il faut avoir une approche extrêmement holistique, interdisciplinaire et à multi-niveaux. On ne peut pas se focaliser sur la pathologie sans l’inscrire dans son contexte. Les infirmières sont confrontées à des situations qui vont au-delà du simple aspect du soin.

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