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Avec le coronavirus, le même schéma de l'ignorance se répète

Martin Leschhorn Strebel

Martin Leschhorn Strebel est directeur du Réseau Medicus Mundi Suisse, qui regroupe plusieurs organisations actives dans la coopération internationale en matière de santé. Nous reproduisons, avec son accord, sa tribune écrite pour la newsletter du Réseau MMS.

Avec le coronavirus, c’est non seulement un agent pathogène qui se répand mais également un schéma récurrent de nos rapports avec les autres qui resurgit. Ce schéma influence le grand public, l’action politique et donne lieu à des mécanismes de refoulement dans le traitement des défis de santé.

Pourquoi le schéma se répète. Le SARS, la grippe porcine et maintenant le coronavirus. Avec une grande régularité, des virus pathogènes agitent le débat public, y compris dans notre pays. La plupart du temps, le schéma est le même. D’abord une contamination apparaît dans un endroit de ce monde qui nous semble obscur, que ce soit dans une forêt tropicale (Ebola) ou sur un marché à viande en Chine où la population locale manifeste des habitudes de consommation que nous ne comprenons pas.

Ce lieu est décrit comme hostile de notre côté de la civilisation, simplement parce qu’il ne fait pas partie de nos habitudes. Alors que Wuhan, où la première contamination de l’animal à l’homme a eu lieu, est une ville chinoise de 11 millions d’habitants qui pourrait compter à elle seule parmi les 50 premières économies mondiales.

Du marché à viande de Wuhan à la pharmacie locale

Ce qui a commencé là-bas avec un nombre de cas restreint, passe désormais de la rubrique des faits divers aux gros titres dans les médias. En l’espace de tout juste deux semaines, elle a provoqué jusqu’à l’achat de masques dans la luxueuse Bahnhofstrasse à Zurich. L’ignorance des médias à l’égard des sujets de santé mondiaux a donné lieu à un reportage en direct devant un hôpital de Zurich, parce que deux personnes y étaient admises car elles ne se sentaient pas bien.

Un autre élément de ce schéma se retrouve invariablement: les expert(e)s expliquent par la mondialisation le danger de propagation rapide du virus, et argumentent qu’il est absolument logique que le trafic aérien soit limité dans la région concernée. L’argument de la mondialisation peut certes être pertinent, mais il est intéressant de noter que le nombre de cas dans les médias est toujours exprimé par pays. Ce qui a alors pour conséquence qu’en Suisse nous soufflons de soulagement en pensant que nous n’avons pas encore le virus, contrairement aux Allemands et aux Français. Et ainsi, nous nous sentons protégés au sein de nos frontières, comme si elles pouvaient faire quoi que ce soit contre le virus.

Enfermement dans une sécurité supposée

Cette perception, selon laquelle une maladie mondiale se répand mais que nous sommes en sécurité dans nos murs, est sous doute un schéma profondément ancré, issu entre autres de la culture de la cité médiévale. Quoi qu’il en soit, elle façonne également l’action politique: la santé mondiale est alors traitée comme un problème de sécurité nationale et non de solidarité internationale. À chaque épidémie, on exige plus de protection des frontières et de cloisonnement, même si cela n’a aucun sens en termes de politique de santé.

Ce schéma de réaction aux virus tels que le coronavirus révèle surtout une chose: l’ignorance ordinaire dans le traitement des sujets de santé mondiaux. Les défis de santé se trouvent pourtant, au niveau mondial, à un tout autre niveau: tous les jours, 800 mères décèdent à l’accouchement à cause de complications qui pourraient être évitées. En Suisse, 9500 personnes meurent chaque année du tabac, et une femme décède des suites de violence domestique toutes les deux semaines.

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