Armes explosives en zone peuplée: trois jours pour faire la différence

Daniel Suda-Lang

Presque deux ans que nous attendions. Après avoir été repoussé pendant des mois à cause du Covid-19, le dernier round de négociations politiques pour l’élaboration d’un accord international contre les bombardements en zones peuplées a enfin commencé. Des représentants de quelque 70 pays, dont la Suisse, arpentent les couloirs du Palais des Nations à Genève jusqu’à vendredi.

La partie s’annonce serrée. L’Irlande fait office de locomotive dans le débat. Elle a adopté une position forte, alors que la France plante les freins. Sans surprise, les Etats-Unis, l’Inde, la Russie et la Chine ne rentrent pas en matière. Nos collègues sont sur place. Ils représentent la société civile et témoignent des dégâts causés par les armes explosives en zone urbaine. On le sait, les civils sont les premières victimes des guerres du 21e siècle. L’invasion de l’Ukraine le montre… une fois de plus.

Hier, nous avons installé un tank composé de ballons sur la Place des Nations.

Pourquoi un tank? Pour faire écho à notre campagne «Arrêtons de jouer avec la vie des civils» et montrer notre engagement pour protéger les civils. Il y a 25 ans, Handicap International fêtait l’adoption du traité d’Ottawa, la Convention pour l’interdiction des mines antipersonnel qui lie plus de 160 pays. Le texte a du poids, nous l’avons vu avec l’administration Obama qui a suivi la convention même si les Etats-Unis ne l’ont pas ratifiée. Reste qu’aujourd’hui, le constat est amer. En Ukraine, les mines antipersonnel sont utilisées par l’armée russe. Et l’imagination des belligérants n’a pas de limite. Les ONG ont rapporté, notamment, l’utilisation des mines POM-3 qui, équipées d’un capteur sismique, se déclenchent quand une personne ou un véhicule approche, montent en l’air et explosent en causant de lourdes blessures au niveau des yeux et des membres supérieurs.

Les négociations en cours visent à instaurer une plus grande pression sur les Etats en matière, cette fois, d’utilisation des explosifs lourds. Certains affirment effectuer des «frappes chirurgicales» mais nous savons qu’en réalité l’imprécision et la puissance des armes explosives provoquent inévitablement des dégâts sur les civils. Une frappe visant une cible militaire, comme un aéroport, par exemple, peut endommager une zone résidentielle située à 300 mètres de distance.

Quand on connait les dégâts causés, on pourrait imaginer la Suisse aux avant-postes des négociations, forte de sa tradition humanitaire. Mais si notre pays est bel et bien présent, il n’est pas suffisamment engagé à notre goût. Si la Suisse est neutre, elle commercialise du matériel de guerre…

L’Ukraine aura au moins rendu ce service de devenir un catalyseur politique. Désormais 39 parlementaires fédéraux, de tous bords politiques (mais quand même principalement de gauche), soutiennent notre combat contre les bombardements des civils!

Verdict vendredi pour un texte définitif. On croise les doigts pour une signature des Etats cet été!