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Genève interdit les rassemblements de plus de 15 personnes dans l'espace public

Le président du Conseil d'Etat, Antonion Hodgers en conférence de presse. | Keystone / Martial Trezzini

Le Conseil d’Etat genevois a annoncé de nouvelles mesures de lutte contre Covid-19, lors d’un point presse, ce mercredi 14 octobre. Dans l’espace public, les rassemblements sont désormais limités à 15 personnes et le port du masque rendu obligatoire en intérieur. Le cadre privé n’est pas épargné: les organisateurs d’événements privés entre 15 et 100 personnes (maximum autorisé) devront dresser une liste des invités à l’intention des autorités.

Pourquoi ces décisions. La médecin cantonale Aglaé Tardin tirait la sonnette d’alarme jeudi dernier déjà: avec 1851 cas de Covid-19 enregistrés et une incidence de 371 cas pour 100’000 habitants ces 14 derniers jours, ainsi que 76 hospitalisations à l’heure actuelle, la situation sanitaire du canton de Genève est inquiétante. Deux tiers des lits dédiés aux patients Covid-19 aux HUG sont actuellement occupés et les équipes de traçage de contacts sont débordées.

Les digues se fissurent. Les équipes genevoises de traçage de contacts, qui comptent une centaine de collaborateurs, souffrent. Elles ont largement atteint leur point de saturation et cela commence à influencer la qualité des enquêtes d’entourage.

Initialement, il était prévu que ces équipes prennent en charge une cinquantaine de nouveaux cas par jour. Cette limite est dépassée depuis plus d’une quinzaine de jours. Depuis une semaine, les équipes de traçage doivent couvrir plus de cent nouveaux cas quotidiens, ce qui se traduit plusieurs centaines d’appels téléphoniques par jour.

Depuis vendredi dernier, les enquêteurs n’ont plus le temps d’investiguer au téléphone afin de trouver l’origine de la contamination. La priorité est désormais de continuer à placer en isolement les cas positifs et en quarantaine les contacts étroits sans devoir resserrer les critères de mise en quarantaine.

La Dre Aglaé Tardin, médecin cantonale genevoise:

«Les enquêteurs sont soumis à un immense stress et une immense surcharge de travail. Nous allons parvenir à tenir ce rythme uniquement si la durée de cette intensité est courte, au maximum deux semaines.

Au-delà, il faudra qu’on renonce à cette digue. Et c’est l’unique digue qui permet de ralentir la courbe de la propagation et des nouveaux cas. Nous devons tout mettre en œuvre maintenant pour aplatir la courbe.»

Le travail des enquêteurs s’avèrent d’autant plus difficile que les gens contaminés sont de plus en plus réticents à fournir l’identité de leurs contacts étroits, précise la médecin.

Pour assurer le rythme effréné des enquêtes d’entourage, les mises en quarantaine commencent désormais à être semi-automatisées dans le canton. Les gens priés de rester à domicile sont parfois notifiés par SMS, au lieu d’être avertis par téléphone.

Les nouvelles mesures. Ce sont des dispositions qui viennent s’ajouter à l’arrêté du Conseil d’Etat du 14 août. Ces mesures entrent en vigueur dès aujourd’hui et seront réévaluées régulièrement.

Des dérogations peuvent néanmoins être accordées pour les manifestations privées de plus de 100 personnes prévues jusqu’à lundi prochain.

Antonio Hodgers, qui quittera la présidence du Conseil d’Etat le 17 octobre au profit d’Anne Emery-Torracinta, ministre de l’éducation, précise:

«Les chiffres sont clairs, l’évolution est forte —à la fois du nombre de cas et du taux de positivité des tests (plus de 15% en début de semaine, ndlr)—, ce qui nous place dans une diffusion de l’épidémie très élevée. Cette évolution est difficile à réguler dans la mesure où les décisions auront deux à trois semaines de délai avant d’avoir des effets. Nous savons que si la courbe continue à augmenter, nous pourrions nous retrouver d’ici quelques semaines dans des situations hospitalières extrêmement difficiles.

Dans ce contexte, le Conseil d’Etat a pris des décisions fortes, mais proportionnées à l’égard des libertés individuelles qui se basent sur le principe de responsabilité individuelle. (…) Évidemment, une surveillance est nécessaire, mais globalement nous ne réussirons qu’avec la participation de la population et le respect de la sphère privée.»

Dans l’enseignement.

  • Au cycle d’orientation et dans le secondaire II (ECG, centres de formation professionnelle, et collèges), les camps scolaires sont annulés sur l’ensemble de l’année scolaire, à partir du moment où ils nécessitent une ou plusieurs nuitées.

Dans le cadre public.

  • Les rassemblements de plus de 15 personnes sont désormais interdits dans l’espace public, comme les places publiques, les promenades et les parcs.

  • Les manifestations sont néanmoins autorisées sous réserve d’un plan de protection solide et d’un organisateur désigné.

  • Le port du masque devient obligatoire dans tous les établissements accessibles au public. Le masque doit couvrir le nez et la bouche. L’obligation ne s’applique pas aux enfants de moins de 12 ans, ainsi qu’aux personnes ne pouvant pas porter le masque pour des raisons médicales, ni à celles qui communiquent avec des personnes sourdes.

Dans le cadre privé.

  • Les événements qui réunissent plus de 100 personnes sont interdits.

  • Entre 15 et 100 personnes, l’organisateur doit garantir le port du masque durant toute la manifestation et n’autoriser la consommations qu’à des places assises non-interchangeables.

  • Une liste des invités devra être établie et maintenue à disposition des autorités pendant 14 jours au cas où un cas se déclarerait.

Interrogé à propos de l’écart entre les mesures mises en œuvre aujourd’hui et les annonces du ministre de la santé, Mauro Poggia la semaine dernière, Antonio Hodgers se montre souriant et évasif:

«Comme ministre de la santé, Mauro Poggia suit de près les affaires sanitaires et entretient un rapport constant avec l’équipe du médecin cantonal, alors que le Conseil d’Etat tient uniquement une réunion hebdomadaire. Ce qu’il faut retenir ce sont les chiffres objectifs. Nous ne sommes pas en Corée du Nord, nous n’allons pas placer un policier derrière chaque citoyen.»

Lire aussi : «Le Conseil d'Etat peut-il légalement s'immiscer dans la sphère privée des Genevois?»

Le nombre 15. Le Conseil d’Etat a fixé la limite à partir de laquelle une liste des invités doit être disponible pour les autorités dans un souci de proportionnalité, explique Antonio Hodgers:

«Aujourd’hui, le seuil est fixé à 15, nous espérons ne pas devoir le réduire. Il permet de ne pas engendrer une pression administrative et de ne pas entraver les libertés individuelles des réunions familiales ou avec les amis proches dans le cadre du domicile.

Monter ce seuil au-dessus de 15 personnes est un risque que nous ne pouvons pas prendre au niveau sanitaire.»

Si seule la situation sanitaire était évaluée, en dépit du respect des libertés fondamentales, chacun devrait réduire ses contacts au seul noyau familial, précise-t-il.

Un virus toujours dangereux. «Non, le virus n’est pas moins dangereux!», a martelé Mauro Poggia lors de la conférence. Les autorités genevoises estiment en effet que la proportion d’hospitalisation chez les personnes infectées n’est pas fondamentalement changé depuis le printemps.

Aglaé Tardin:

«Nous n’avons pas assez de recul et les chiffres sont trop faibles pour avoir une puissance statistique, mais nous voyons que les proportions semblent grosso modo équivalentes. Environ 10% des personnes atteintes du Covid-19 nécessitent une hospitalisation et environ 10% des patients Covid-19 hospitalisés font un séjour aux soins intensifs.

Actuellement, les deux-tiers des lits dédiés spécifiquement aux patients Covid-19 sont occupés. Il faut agir maintenant pour ne pas répéter l’expérience de mars, sinon des défis éthiques vont se poser. Il faudra définir quelles pathologies soigner en priorité.»

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