| | News

Voici le programme complet de la semaine de vaccination dans les cantons romands

Heidi.news / YP

Face au constat que la vaccination ne fait plus recette, le Conseil fédéral a lancé une grande semaine nationale de vaccination, du lundi 8 au dimanche 14 novembre 2021. Cette opération de communication, initiée par Berne début octobre, doit permettre de donner une impulsion avant d’affronter l’hiver et ses rigueurs épidémiques. Heidi.news a fait le tour des cantons romands pour savoir ce qu’ils avaient prévu.

Pourquoi ça va être intéressant. Les décisions de Berne sont parfois regardées avec fatalité depuis les cantons, a fortiori lorsqu’elles touchent à la communication de masse. En l’occurrence, le temps de préparation de quelques semaines, l’interruption des vacances d’automne, et la réorganisation en cours des campagnes vaccinales pour toucher d’autres publics n’ont laissé que peu de temps aux cantons pour imprimer la cadence. Une touche d’improvisation flotte donc dans l’air.

Vu de Berne. En décidant de lancer une grande campagne nationale de vaccination, sous le slogan «sortir ensemble de la pandémie», le Conseil fédéral joue son va-tout pour essayer de remonter le taux de couverture vaccinale de la Suisse, plutôt mal placée dans le peloton des pays riches. Et ce, alors que la dynamique épidémique est de nouveau clairement en hausse en Europe – Suisse comprise.

Lire aussi: Les quatre mesures du Conseil fédéral pour relancer la vaccination

A cette fin, la Confédération a débloqué une enveloppe de 96 millions de francs, lancé une vaste campagne de communication nationale et initié une tournée de concerts intitulée Back on tour, réunissant des artistes comme Stefanie Heinzmann, Danitsa ou Stress. Deux dates sont prévues en Suisse romande: Lausanne le mardi 9 novembre, et Sion le lendemain.

Lire aussi: La Confédération investit 96 millions pour l'offensive vaccinale sans objectif précis

S’y ajoutent plusieurs unités mobiles de conseil et de vaccination, destinées à porter l’information et l’aiguille au plus près de la population. Aucun objectif particulier n’a été édicté par le Conseil fédéral, qui s’en tient à celui affiché pour la fin des mesures sanitaires: 80% des adultes vaccinés, et 93% des séniors. Avec 73% et 89%, et un rythme de vaccination en berne, la Suisse en est encore loin.

Les cantons devaient faire parvenir à Berne leur programme pour la semaine nationale de vaccination avant vendredi – la demande précise ayant été envoyée en début de semaine. Nous avons fait le tour des services de santé publique des cantons romands pour savoir où ils en étaient. Beaucoup étaient encore en train de peaufiner le programme et s’apprêtaient à y passer le week-end.

A Genève, c’est tombola touristique

A Genève, et d’après les mots du conseiller d’Etat Mauro Poggia, on essaie de miser sur «l’entrain et la bonne humeur» – ce qui tranche quelque peu avec la situation épidémiologique. Le canton a beaucoup misé sur des évènements vitrines.

Une unité de vaccination sera ainsi mise en place au Palais Eynard, dans le parc des bastions, qui abrite le conseil administratif de Genève (12-13 novembre), avec apéritif en extérieur.

Mais la grande trouvaille consiste en la mise en place d’une tombola pour les vaccinés du Palais Eynard, afin de gagner des «moments uniques genevois» (MUG). En jeu: une visite de l’abri-anti-atomique du Conseil d’Etat, la conduite d’un char Piranha sur le tarmac de l’aéroport de Genève, une descente en rappel avec la brigade de sécurité publique, ou l’allumage du fameux jet d’eau…

«Tout le monde se demande: "mais que faire de plus pour amener les hésitants à sauter le pas de la vaccination?" A Genève on a considéré qu’avec un peu d’humour et d’intérêt culturel on arriverait à donner cette impulsion», explique en conférence de presse un Mauro Poggia rayonnant. Le programme est encore en cours de finalisation.

Une émission-débat sur la vaccination à la TV locale Léman Bleu, avec Mauro Poggia et trois experts (Samia Hurst, vice-présidente de la task force scientifique, Alessandro Diana, vaccinologue, Jérôme Pugin, chef du service de soins intensifs des HUG), à quoi s’ajoutera une campagne dans la presse.

Genève profitera aussi de l’occasion pour inaugurer son centre de vaccination transfrontalier (9 novembre), mis en place au Cern à destination des employés du centre de recherche. Un projet en discussion «depuis février-mars», précise la pharmacienne Nathalie Vernaz, mais qui a été ralenti par la difficulté à opérer sur deux pays à la fois. Il s’agira du premier centre de ce type en Suisse.

Lire aussi: Tout ce qu'il faut savoir sur la vaccination Covid-19 en Suisse

Dans le Jura, on reste sobre

Le Jura reste surtout concentré sur l’adaptation de son dispositif de vaccination, après avoir constaté que la vaccination sans rendez-vous au plus près des petites communes fonctionne bien. «A la rentrée après les vaccinations de l’été on a rendu la vaccination possible sans rendez-vous dans le centre (le Cevac, unique centre de vaccination du canton, à l’Hôpital du Jura, ndlr.) et on a vu que ça a rencontré un succès certain», explique Jacques Chapatte, porte-parole du Gouvernement jurassien.

Le canton a ainsi décidé – indépendamment de la semaine nationale de vaccination – de délocaliser son centre de vaccination, qui alternera entre trois districts: Courtételle (Delémont) les lundi, mardi et jeudi, Saignelégier (Franches-Montagnes), le mercredi, et Porrentruy, les mardi et vendredi. La vaccination sans rendez-vous est possible sur les trois sites.

L’unité mobile de vaccination du canton sera renforcée par une deuxième équipe pendant «au moins quatre semaines», et tournera dans les localités.

Pour le reste, le canton montagnard reste sur la sobriété. Pas d’événement culturel ni de campagne incitative directe – la dernière, avec des personnalités, datant de juin.

Du point de vue des campagnes d’information, une émission de 23 minutes est prévue sur Canal Alpha, la chaîne de télévision régionale. Des capsules vidéo sont aussi prévues pour diffusion, afin de répondre aux principales questions. «On en revient un peu aux fondamentaux», commente Jacques Chappate.

L’information sur la vaccination sera aussi délivrée par téléphone aux personnes concernées par une quarantaine ou de retour de voyage, déjà dans les radars de la santé publique. Mais aucun démarchage proactif n’est prévu. «Le Jura était défavorable à la proposition de démarchage direct (téléphone, interpellation directe, ndlr.), le gouvernement ne voulait pas être trop intrusif auprès des gens», précise Jacques Chapatte.

A Fribourg, on mobilise les troupes

Dans le canton de Fribourg, la fête sera réduite. La tournée Back on tour ne s’y arrêtera, et les festivités s’annoncent modestes: distribution de vin chaud, croissants pour les cent premiers vaccinés, quelques initiatives locales mais pas de «Moments uniques fribourgeois».

«On axe vraiment sur les équipes mobiles de vaccination», explique Claudia Lauper, porte-parole de la santé publique fribourgeoise. Celles-ci voient leurs effectifs doublés (de 2 à 4 équipes), pour multiplier les visites aux quatre coins du canton: centres commerciaux, communes, au moins un centre culturel, une école… «On veut vraiment aller vers les gens, dans le plus d’endroits possibles.»

Les équipes seront renforcées par des conseillers, chargés d’entrer au contact de la population et répondre aux questions qui reviennent souvent sur la vaccination: risque pour la fertilité, allergies, femmes enceintes, ARN et génome. Le médecin cantonal et son adjoint mettront la main à la pâte, ainsi que des cadres de la santé publique du canton et des personnes de la task force cantonale.

«On a de bons chiffres de vaccination mais on aimerait atteindre plus de personnes en-dessous de 50 ans, qui sont 73% à être vaccinées pour l’instant», précise Claudia Lauper. Autre nouveauté: les équipes mobiles pourront désormais vacciner les adolescents, pour peu qu’ils viennent avec un parent ou soient munis d’un justificatif signé.

A Neuchâtel, on lance la «vaccination volante»

A Neuchâtel, plusieurs dispositifs ont été mis en place afin d’étendre la vaccination, et ce jusqu’au 17 septembre. Du point de vue de la communication, des événements locaux seront organisés chaque jour. Le ton de la campagne doit aussi être infléchi, pour Claude-François Robert, médecin cantonal, joint par Heidi.news:

«On a beaucoup été dans une posture de santé publique assez dramatique – si vous êtes vulnérable vous risquez de mourir, la dernière chance avant l’hiver, etc.  Maintenant on aimerait se détendre un peu, dédramatiser la vaccination, d’autant qu’il s’agit de progresser au sein d’un public jeune ou adolescent.»

Une ligne d’information téléphonique spécialisée (032 889 25 2) viendra s’ajouter à la Hotline déjà existante. Les répondants ont été spécifiquement formés, avec des jeux de rôle, pour répondre aux hésitants. Claude-François Robert:

«On a beaucoup travaillé, notamment avec Valérie Bezençon qui est prof de marketing à l’Unine, en se fondant sur le modèle des stades du changement pour arrêter de fumer. Un des aspects importants c’est comment amener la personne rétive à envisager de se faire vacciner, sans pour autant qu’elle perde la face.»

Une unité de vaccination itinérante existe déjà dans le canton, qui a tourné notamment dans les centres commerciaux et les villages, et ciblera plutôt les écoles post-obligatoires pour atteindre les jeunes. Des médecins ont aussi été dépêchés pour offrir des consultations personnalisées sur le terrain à qui en fera la demande.

Surtout, le canton étrenne un dispositif de «vaccination volante», plus léger qu’une équipe mobile, pour aller vacciner rapidement de petits groupes (de l’ordre d’une dizaine de personnes) sur le terrain, à leur propre demande. Pizzas ou croissants offerts, selon l’heure de la journée. «Ce peut être le club de basket ou le groupe de bridge local», imagine Claude-François Robert.

Enfin, le canton met en œuvre une mesure incitative inspirée de la stratégie tessinoise: offrir le remboursement d’un test sérologique (50 francs), pour les personnes qui se feraient vacciner dans la foulée. Avec une ou deux doses, en fonction du résultat — une seule dose est nécessaire si des anticorps Covid-19, témoins d‘une infections passée, sont détectés.

Coût du plan total, validé et payé par la Confédération: environ 500’000 francs. Le canton aimerait passer de 70 à 80% de vaccinés en population générale grâce à ce dispositif, tout en prévenant d’ores et déjà qu’il s’agit d’un objectif ambitieux, et pas nécessairement très réaliste.

En Valais, on prend le bus

Le Valais mise notamment sur un système de stand d’information itinérant qui se déplacera dans les principales villes du canton, du lundi au samedi: Viège, Brigue, Sion, Martigny, Monthey et enfin Sierre. Là, des professionnels de santé seront à disposition pour répondre aux questions, tandis qu’une vaccination sera offerte sur place – dans quatre villes sur les six.

«On aura un bus avec des tentes, et systématiquement un médecin sur place. On vise les lieux de forte influence, à Viège c’est la rue piétonne à côté de la gare, à Brigue aussi, à Sion ce sera la place de la Planta. Il y aura aussi quelques artistes de rue et des choses comme ça», commente Victor Fournier, responsable de la santé publique du canton.

Le canton a aussi l’insigne honneur d’accueillir, mercredi 10 novembre, les cinq artistes de la tournée Back on tour de la Confédération.

Pour le reste, le Valais se contente d’une «renforcement du dispositif», indique Victor Fournier, notant que la décision de Berne a demandé «un énorme engagement dans un délai très court». Les équipes mobiles de vaccination passent de trois à quatre équipes, et poursuivent leur office pour aller vacciner dans les petites localités éloignées de la plaine.

Dans le canton de Vaud, on danse

Le canton de Vaud mise sur la musique, en capitalisant sur la tournée Back on Tour de la Confédération. Le concert en plein air prévu mardi 9 novembre à Lausanne, sur l’esplanade de Montbenon, accueillera 400 personnes (pas besoin de certificat Covid-19), en présence des conseillères d’Etat Béatrice Métraux et Rebecca Ruiz.

Un bus de vaccination sera présent sur place, de 17h30 à 22 heures, pour vacciner tous ceux qui le souhaitent – qu’ils assistent ou non au concert. Ils pourront passer sous l’aiguille au son, notamment, de Stress et Danitsa.

Un live Facebook sera également organisé lundi 8 novembre, qui rassemblera plusieurs spécialistes du CHUV autour de cinq thèmes liés à la vaccination: les femmes, la reproduction, les enfants, qui a vraiment besoin d’être vacciné, et l’efficacité de la vaccination.

En parallèle, chaque jour de la semaine, sera organisée une séance d’information à la population dans une commune différente, de Lavez-Morcles (district d’Aigle) à Bretonnières (Jura-Nord vaudois). «Des experts, médecins ou pharmaciens, répondent à toutes les questions que les indécis se posent – ils ne font pas d’exposé ni de cours, mais sont à disposition pour échanger autour des doutes des participantes et participants», précise le canton dans son communiqué.

Dans le canton de Berne, le camion jaune est de sortie

Le canton de Berne s’est également investi dans le semaine de vaccination. C’est Thoune qui accueille la première étape de la tournée musicale Back on tour de la Fédération, lundi 8 novembre (au Port du Lachen à 19h). Le fameux camion de vaccination bernois continue à sillonner le canton et sera à Bienne le mercredi 10 (Place du Marché-Neuf, de 10 à 16h). L’offre des équipes mobiles de vaccinations a été renforcée, notamment dans quatre centres commerciaux (tous en zone germanophone).

«[Les équipes mobiles] continueront de tourner et étendront leurs tournées jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de personnes à vacciner», indique en conférence de presse le conseiller d’Etat Pierre-Alain Schnegg, en charge de la santé et des affaires sociales, qui confirme la présence de telles équipes dans le district de Bienne et dans le Jura bernois — où le dispositif avait été étrenné mi-septembre.


Le site semainevaccination.ch compile les différents points d’entrée pour chaque canton.

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.